Ben oui, ça sort
en anglais. Des fois, je trouve que certains mots ont plus de poids dans une
autre langue. Le mot « trash », par exemple.
Je vais bien, mais je constate une transformation et je suis surprise par l’intensité
de certaines de mes réactions. Il fallait peut-être s’y attendre quand on sait
additionner action avec réaction. Voilà, j’ai une colère au fond de moi. Cette
colère englobe plein de choses : la survalorisation de l’enveloppe au
détriment du dedans, l’utilisation d’autres êtres humains pour grandir et les
jeter après usage, notre manie culturelle d’être des femmes complexées quand
nous sommes merveilleuses, l’élan de fuir nos émotions négatives, la
compétition malsaine, l’égoïsme et autres froideurs qui déshumanisent…
Il m’arrive d’être
profondément découragée et de chercher le cœur. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai
rencontré des hommes qui m’imposaient leur femme idéale. Plusieurs fois dans ma
vie, j’ai quitté des hommes parce qu’ils ne correspondaient pas à mon homme
idéal. Puis j’ai grandi. La thérapie aidant, j’ai rencontré le monstre
calculateur en moi-même et j’ai réalisé que ça m'est arrivé d'utiliser des gens pour
combler mes carences, puis de les jeter lâchement après usage. C’est un peu
plus complexe que ça, il y avait une sainte terreur de l’intimité mêlée à tout
ça, mais en gros c’est ça.
Il suffit d’un
rien, je l’ai déjà dit... Dimanche, jour de la fête des mères, mon fils appelle
son père de mon cellulaire, alors que nous roulions vers la maison. Son père
passe le téléphone aux enfants de l’autre femme, fiston jase avec eux. Du coup,
j’apprends qu’ils ont des beaux plans pour la journée. J’entends presque le
bruit du grincement dans ma cuirasse et ça part dans ma tête : « Ben
voyons, il va manger au putain de marché Jean-Talon avec ELLE et SES ENFANTS,
lui qui m’a contemplée avec un regard sans âme durant toute notre foutue vie de
couple chaque fois que je lui proposais d’y aller? »
C’est là que tu
vois que même si tu fais des efforts pour ne pas nourrir la haine, c’est bien
difficile d’être séparée et de partager la responsabilité parentale. Je
voudrais ne pas savoir, ne pas le voir, ne pas être obligée de lui parler. Ça
me fait juste mal.
C’est terrible
quand on reste avec la blessure, sans aucun espoir de réparation. Il reste une
dette en suspens, qui ne sera jamais remboursée. Il a brisé notre relation, n’a
jamais cherché à réparer quoi que ce soit et s’est lancé dans sa nouvelle
aventure sans un regard en arrière. C’est à moi de ramasser mes pots cassés, d’essayer
de ne pas devenir une femme amère et acariâtre. Une danse, deux pas en avant, un pas en arrière, on essaie de garder le tempo...
Disposable human being. That’s me. Is it?
Ouais ouais, je
sais je sais...
Je sais ce que je
vaux, mais je ne le sens pas tout le temps…