mardi 13 mai 2014

Disposable human beings

Ben oui, ça sort en anglais. Des fois, je trouve que certains mots ont plus de poids dans une autre langue. Le mot « trash », par exemple.

Je vais bien, mais je constate une transformation et je suis surprise par l’intensité de certaines de mes réactions. Il fallait peut-être s’y attendre quand on sait additionner action avec réaction. Voilà, j’ai une colère au fond de moi. Cette colère englobe plein de choses : la survalorisation de l’enveloppe au détriment du dedans, l’utilisation d’autres êtres humains pour grandir et les jeter après usage, notre manie culturelle d’être des femmes complexées quand nous sommes merveilleuses, l’élan de fuir nos émotions négatives, la compétition malsaine, l’égoïsme et autres froideurs qui déshumanisent…

Il m’arrive d’être profondément découragée et de chercher le cœur. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai rencontré des hommes qui m’imposaient leur femme idéale. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai quitté des hommes parce qu’ils ne correspondaient pas à mon homme idéal. Puis j’ai grandi. La thérapie aidant, j’ai rencontré le monstre calculateur en moi-même et j’ai réalisé que ça m'est arrivé d'utiliser des gens pour combler mes carences, puis de les jeter lâchement après usage. C’est un peu plus complexe que ça, il y avait une sainte terreur de l’intimité mêlée à tout ça, mais en gros c’est ça.

Il suffit d’un rien, je l’ai déjà dit... Dimanche, jour de la fête des mères, mon fils appelle son père de mon cellulaire, alors que nous roulions vers la maison. Son père passe le téléphone aux enfants de l’autre femme, fiston jase avec eux. Du coup, j’apprends qu’ils ont des beaux plans pour la journée. J’entends presque le bruit du grincement dans ma cuirasse et ça part dans ma tête : « Ben voyons, il va manger au putain de marché Jean-Talon avec ELLE et SES ENFANTS, lui qui m’a contemplée avec un regard sans âme durant toute notre foutue vie de couple chaque fois que je lui proposais d’y aller? »

C’est là que tu vois que même si tu fais des efforts pour ne pas nourrir la haine, c’est bien difficile d’être séparée et de partager la responsabilité parentale. Je voudrais ne pas savoir, ne pas le voir, ne pas être obligée de lui parler. Ça me fait juste mal.

C’est terrible quand on reste avec la blessure, sans aucun espoir de réparation. Il reste une dette en suspens, qui ne sera jamais remboursée. Il a brisé notre relation, n’a jamais cherché à réparer quoi que ce soit et s’est lancé dans sa nouvelle aventure sans un regard en arrière. C’est à moi de ramasser mes pots cassés, d’essayer de ne pas devenir une femme amère et acariâtre. Une danse, deux pas en avant, un pas en arrière, on essaie de garder le tempo...

Disposable human being. That’s me. Is it?

Ouais ouais, je sais je sais...

Je sais ce que je vaux, mais je ne le sens pas tout le temps…

vendredi 2 mai 2014

Les 3 chapeaux

Piétonne, cycliste et automobiliste. C’est dans les deux derniers chapeaux que je vis le plus de peur. À vélo, peur de me prendre une portière en plein corps, peur de me faire accrocher par une voiture ou un camion. Sidérée par le non-sens de certains passages, comme celui sous la voie ferrée sur Clark qui devient St-Urbain de l’autre côté. Il y a une rampe à gauche spécifiquement pour les vélos, mais ça nous oblige à rouler sur la gauche de la rue à partir de Beaubien pour aller la chercher et je me sens beaucoup moins en sécurité à gauche qu’à droite. Mais si on reste à droite, alors on bloque la voie de droite sous le viaduc et on se met à risque d’être happé, comme la victime de cette semaine, sur St-Denis. De l’autre côté du viaduc, la voie cyclable (à droite) débute à Bernard, donc on roule à gauche si on a emprunté la voie cyclable, bloquant la voie de gauche pour les automobilistes. N’importe quoi! La rue Saint-Denis, c'est encore pire, les médias en ont parlé beaucoup cette semaine. Personnellement, j'ai banni cette option depuis belle lurette, même si ça me fait faire des détours.

Lorsque je suis au volant, j’ai peur. Peur d’accrocher un cycliste ou une autre voiture, en me tassant pour faire de la place aux cyclistes. Ceux qui remontent Saint-Laurent du sud au nord en voiture savent de quoi je parle! Il n’y a plus qu’une voie pour rouler, au « milieu », car certains cyclistes, se trouvant ralentis par la quantité importante d’autres cyclistes à droite, décident de prendre la gauche pour aller plus vite. Ça coince les voitures au centre, et moi j’avance à 30km/h, le cœur battant et la peur au ventre… Puis je me dis : « de la marde, je prends mon vélo pour aller travailler demain, ce sera moins compliqué » et c’est vrai que ça l’est, sauf qu'on sent qu'on exaspère les gens au volant... On essaie de s'en foutre et de ne pas se faire frapper.

Ça fait un bout de temps que j’ai ce texte en tête. Je constate que nous avons un problème de cohabitation et d’infrastructure. Par exemple, il manque une piste cyclable dans l’axe sud-nord à l’ouest de Saint-Laurent ou même sur Saint-Laurent. Et non, je n’irai pas sur Avenue du Parc. Mon ancienne élève de danse y est morte l’année dernière. Une mort brutale, injuste. Une portière ouverte au mauvais moment, un autobus et elle au milieu. Ça fait mal, cette mort. Depuis la naissance de mes enfants, je suis passée de la cycliste arrogante qui faisait du slalom entre les voitures sur Saint-Laurent à la maman au casque qui emprunte les pistes cyclables et fait tous ses stops, feux rouges et angles morts. La piste cyclable sur Boyer me fait vivre des frustrations innommables, à cause de l’achalandage (les véhicules motorisés des personnes âgées, qu’est-ce qu’ils foutent là??? Les ados en skate-board qui roulent en tas, bloquant les deux voies, wtf???) + autres anecdotes d’impolitesse entre cyclistes (j’ai mon fils sur un banc de vélo, mais ça ne veut pas dire que je roule pépère, en fait j’ai un très bon rythme, mais les ceuzes qui portent le « kit » avec le sifflet dans la bouche, prennent pour acquis que je vais lentement et ils essaient de me doubler, puis m’engueulent pcq je ne les laisse pas passer WTF on roule à la même vitesse????).

Euh…

Ben c’est ça.

On a un problème. Un vrai problème.

Possible que chacun sous son chapeau croit que la route lui appartient et a du mal à partager. Possible que nous soyons tous, par moments, des enfants de 3 ans qui veulent le même jouet et qui se croient le centre de l’univers. Tassez-vous, je passe. Problème d'attitude aussi? Heureusement, il reste du civisme et de la cordialité entre usagers de la route, des regards s'échangent et s'entendent pour veiller à la sécurité de tous.

Pis tsé, tant qu'à changer les sens uniques sur le Plateau, pourquoi ne pas prendre une rue complète pour en faire une rue cyclable qui traverserait la ville? La rue Saint-Hubert, tsé genre, depuis les changements sur le Plateau, elle pourrait très bien servir à ça, elle est pratiquement désertée maintenant ;)