mardi 24 juin 2014

L'attachement

Quand on a étudié en psychologie, on a appris la théorie de l’attachement. En bref, c’est le type d’attachement qu’un enfant développe avec son parent. Cet attachement peut être sain, c’est-à-dire sécure, ou plus problématique (évitant, ambivalent, désorganisé). Je ne suis pas ici pour parler psychologie, mais c’est le mot « attachement » qui me vient en tête quand je pense à ce qui me préoccupe ces temps-ci. La garde partagée. Ruptures dans le lien. Éloignement. Perte de la continuité. Détachement. Attachement.

On peut bien dire youpi-j’ai-du-temps-pour-moi et en tirer tous les avantages possibles, il reste que mon fils vient de terminer sa première année scolaire et aujourd’hui, en regardant son porte-folio, j’ai réalisé que je n’avais pas du tout été attentive au processus. J’ai vu les progrès à petites doses, chaque 2 semaines, mais ce matin, j’avais l’impression de voir pour la première fois les talents et réussites, défis et obstacles vécus par mon fils.

Je ne suis pas là comme je voudrais. De semaines en semaines, je les accueille et leur dis au revoir.

L’enfant que je retrouve n’est pas le même que celui que j’ai quitté et chaque fois, c’est comme si nous devions refaire la trajectoire de l’attachement pour nous retrouver au moment présent. Je sens de façon presque physique le moment où nos regards se croisent et le courant passe, nous nous reconnaissons enfin, nous repérons dans cette relation si importante...

Les petits ne retrouvent pas non plus la même mère lorsqu'ils reviennent. Je suis souvent stressée, pressée, préoccupée, dépassée, débordée par une culpabilité viscérale de ne pas être suffisamment présente. Je rêve de leur retour et quand ils sont là, souvent j’aimerais pouvoir profiter du beau de la maternité sans toute la discipline et l’encadrement. Je voudrais juste les aimer et que ça suffise. Utopie. Je sais.

Maintenant que j’ai deux enfants et que je suis seule avec eux quand ils sont là, je n’ai plus la patience que j’avais avec un seul enfant. Ce soir, j’ai dû asseoir mon petit dernier qui prend un malin plaisir à détruire les constructions de Lego de son grand frère. Comme il n’obtempérait pas, je l’ai obligé à rester assis en lui tenant le bassin fermement et j’ai parlé trop fort. C’était limite violent et j’ai pleuré ma vie après qu’il soit allé au lit. Il a 2 ans. Il apprend. Je me sens souvent trop fatiguée, dépassée, écoeurée, désinvestie pour me souvenir qu’il est tout petit et qu’il apprend. J’ai oublié qu’à 2 ans, on détruit pour comprendre comment c’est fait. Pour avoir du pouvoir. Pour jouir de provoquer une réaction. ET on teste sa figure principale d’attachement, pour se confirmer qu'elle est solide.

Je sais que les parents pas séparés font face à des enjeux similaires. Mais ça me préoccupe quand même. Pas tant le fait que mes enfants vivent cette réalité, puisqu’on s’adapte à tout. C’est plutôt le fait que moi je m’adapte et qu’en retrouvant un espace à moi, parfois je ressens la présence des enfants comme une intrusion et je ne suis plus la mère que j'étais. Je me demande même ce qui est arrivé à ma motivation.

Quand ça fait plusieurs jours qu’ils sont avec moi, ils font à nouveau partie de toutes les équations, je retrouve l'espace mère, je recommence à me sentir adéquate. Puis leur départ. Encore. Déjà? Même surmenée. Même fatiguée. Aouch. Chaque fois.

J'aime pas ça. Bon.

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