mardi 25 mars 2014

Endommagés

Nous sommes tous endommagés. La vie passe sur nous et laisse des traces, des sillons, des brèches… Dans mon travail, on entend cette question plusieurs fois par jour : « SUIS-JE NORMAL(E)? ». Criante préoccupation des jeunes qui appellent, écrivent ou textent. Au premier conflit, à la première déprime, la première rupture amoureuse, le premier moment d’anxiété, on voit ces jeunes vouloir éradiquer l’ennemi et projeter hors d’eux ces états, ces émotions. Comme si nous étions des parfaites petites créations que la vie venait pourrir. Il est peut-être là, le problème. Peut-être. Dans cette perception de soi comme d’une machine endommagée, à réparer. Et malheureusement, pour certains, il arrive que les dommages soient là, bien réels, bien difficiles, voire impossibles à surmonter. Dan Bigras l’avait écrit, dans son film « La rage de l’ange » : « des fois, il y a juste trop de dégâts ».

Je pense à cet homme dont le père a été assassiné par fusillade alors qu’il avait 2 ans et dont la mère s’est ensuite remariée avec un homme violent. Je pense à son enfance marquée par la faim et la maltraitance. Cet homme, c’est mon père. Je me suis souvent demandé qui il aurait été si ces événements n’avaient pas marqué son identité d’un fer rouge.

Nous n’arrivons pas tous égaux dans cette vie. Non.

Les épreuves arrivent, laissent des traces et nous nous réorganisons autour de celles-ci, parfois avec une défensive efficace pour-ne-pas-ressentir, parfois avec un art de faire porter nos fardeaux par les autres, parfois avec abandon, parfois avec l’espoir que quelqu’un, quelque part, viendra effacer tout ça et nous réparer, parfois en faisant du sens par l’art, la spiritualité ou les sports… Autant de façons de s’approprier les épreuves qu’il y a de personnes qui perçoivent…

Je partage cette réflexion suite à une conversation avec un ami. Nous parlions d’une expérience récente, dans laquelle je me suis sentie comme une personne endommagée à réparer et j’ai détesté l’expérience. Je me suis sentie habitée par une forte pulsion de destruction. Je n’ai pas aimé cette sensation de prise en charge. Ce qui paraissait être un souci bien altruiste, je le percevais comme une invasion de mon intimité.

Ça a été concluant : je ne suis pas encore prête à m’investir dans une relation engagée, tout simplement. J’ai peut-être juste envie de m’amuser.

Savourer mon imperfection.

Et c’est très bien comme ça.

mercredi 19 mars 2014

Journée de marde

Tu te réveilles et déjà, tu es en beau tabarnak. Tu sens une vague pression en dedans qui crie JE VEUX JUSTE RIEN FAIRE, bon. Rien. Pas de responsabilités. Pas d’obligations. Mais bon, tu as des enfants. Faque tu te lèves. Ça avance au ralenti ce matin, tu choisis de laisser les enfants déjeuner devant un truc « éducatif » sur youtube et tu te prends ton café en jouant à Candy Crush Saga, espérant que cette humeur poche sacre son camp… Ben non. Pis tu te sens poche de te sentir poche.

Comme tu es au ralenti, les enfants le sont aussi. Faut courir après le plus jeune pour lui changer sa couche, il est 7h46. Faut être dehors à 7h56 pour arriver à l’heure à l’école. Tu as demandé au plus vieux d’aller mettre son habit de neige (hiver = wtf no comments) et tu le trouves bien zen en train d’assembler ses Lego. Tu pètes ta coche, parce que tu es de mauvaise humeur. Ça sort tout croche, genre « on va être en retard à l’école et ce sera parce que tu ne m’as pas écoutée quand c’était le temps de m’écouter ». Ouais ok, ça aurait pu être pire, mais ça pourrait être mieux aussi. Pfff.

J’ai pas fini de déjeuner, pas pris de douche, j’ai envie de hurler, mais je me contiens, on part et on marche vite. On arrive tout juste à l’heure. Je présente des excuses à mon aîné de m’être énervée, lui souhaite une belle journée…

Dans l’auto vers le cpe, bébé a une routine : il hurle en enlevant mitaines, chapeau et cache-cou, le temps que ces damnés objets lui résistent. Dès qu’il a réussi, il dit « Voilà » sur un ton de triomphe et devient d’une humeur charmante. D’habitude, je trouve ça cute. D’habitude.

Il y a un trafic inhabituel ce matin. Je réalise que c’est à cause d’une personne qui conduit à 20 km/h, 8-10 autos plus loin. Juste pour faire exprès, une autre personne roule à 35 km/h sur la voie de gauche, 4 autos devant. À droite, il y a un autobus. Bon ok, c’est un de ces matins où il semble que l’univers conspire pour te faire chier, déjà que c’est pas la joie, ta colère semble tout trouver sur son chemin pour gronder et grandir…

En rentrant de la garderie, tu as une tonne de choses à faire. Tout le monde pense que tu es en congé, parce que tu ne travailles pas aujourd'hui. Ce n’est pas un congé, ce n’est jamais un congé. Tu appelles pour prendre rendez-vous pour les enfants avec leur pédiatre parce que tu as oublié de le faire et que les deux sont plus que dus pour un check-up. Le plus vieux n’aura plus de pompes bientôt, il faut s’en occuper. On te dit que l’horaire de la pédiatre pour NOVEMBRE n’a pas encore été donné par la pédiatre, rappelez la semaine prochaine. Je bouille en dedans. Je vais faire quoi, moi, si le grand fait une crise d’asthme? Grrrr.

Il y a des travaux en cours dans la maison. L’homme à tout faire prépare son stock pour finaliser la pièce en bas / ancien bureau de ton ex (là où il a passé des heures à chatter avec elle, pendant que je dormais en haut, enceinte jusqu’aux oreilles pfff). Je veux que cette pièce ait une nouvelle vocation, en finir avec les mémoires sombres et les regrets. L’employé m’appelle, il y a de l’eau qui coule le long du mur et une petite flaque par terre, juste en dessous de là où se situe l’évier de la cuisine. Grrrrr.

Ça fait 2 semaines que tu prévois aller porter ton vélo pour le tune-up annuel. Tu as regardé sur le site web, tu as téléphoné pour savoir l’heure d’ouverture : 11h. Tu te pointes à 11h15, c’est fermé.

Ben tsé tu quoi? Fuck off. Je m’en vais chez le coiffeur! 

mardi 11 mars 2014

Passer à autre chose

C’est fou comme il peut y avoir du poids dans certaines expressions. Ou comme on peut parfois les entendre mille fois avant de les poser sur une balance et saisir tout le relief caché dans ces simples locutions. Tsé là, comme le fameux « lâcher-prise ». Eh bien moi aujourd’hui, ce que j’entends dans ma tête, avec mille papillons, petite vallée printanière et soleil aveuglant, c’est ça : PASSER À AUTRE CHOSE.

Avoir fait son deuil. Retrouver la vie. Retrouver l’espoir.

Avoir entendu le cocon craquer et pouvoir déployer ses ailes pour de nouvelles découvertes. Chérir ce nouveau regard plus riche d’expérience qui saisit la beauté et la fugacité des moments. Prendre des risques. Savoir reconnaître certains patterns et les refuser quand on les sait destructeurs. Ne plus accepter de contenir les éléments toxiques des autres, pour les autres. Assumer cette décision.

Ça parle de tempête de neige encore pour demain et pourtant, je sens la sève monter dans mon âme et je me sens comme une jeune fleur, renouvelée, vivante, prête pour du nouveau.

Prête à passer à autre chose J