Nous sommes tous
endommagés. La vie passe sur nous et laisse des traces, des sillons, des
brèches… Dans mon travail, on entend cette question plusieurs fois par jour :
« SUIS-JE NORMAL(E)? ». Criante préoccupation des jeunes qui appellent,
écrivent ou textent. Au premier conflit, à la première déprime, la première
rupture amoureuse, le premier moment d’anxiété, on voit ces jeunes vouloir
éradiquer l’ennemi et projeter hors d’eux ces états, ces émotions. Comme si
nous étions des parfaites petites créations que la vie venait pourrir. Il est peut-être
là, le problème. Peut-être. Dans cette perception de soi comme d’une machine
endommagée, à réparer. Et malheureusement, pour certains, il arrive que les
dommages soient là, bien réels, bien difficiles, voire impossibles à surmonter.
Dan Bigras l’avait écrit, dans son film « La rage de l’ange » : « des
fois, il y a juste trop de dégâts ».
Je pense à cet homme
dont le père a été assassiné par fusillade alors qu’il avait 2 ans et dont la
mère s’est ensuite remariée avec un homme violent. Je pense à son enfance
marquée par la faim et la maltraitance. Cet homme, c’est mon père. Je me suis
souvent demandé qui il aurait été si ces événements n’avaient pas marqué son
identité d’un fer rouge.
Nous n’arrivons
pas tous égaux dans cette vie. Non.
Les épreuves
arrivent, laissent des traces et nous nous réorganisons autour de celles-ci,
parfois avec une défensive efficace pour-ne-pas-ressentir, parfois avec un art
de faire porter nos fardeaux par les autres, parfois avec abandon, parfois avec
l’espoir que quelqu’un, quelque part, viendra effacer tout ça et nous réparer,
parfois en faisant du sens par l’art, la spiritualité ou les sports… Autant de
façons de s’approprier les épreuves qu’il y a de personnes qui perçoivent…
Je partage cette
réflexion suite à une conversation avec un ami. Nous parlions d’une expérience
récente, dans laquelle je me suis sentie comme une personne endommagée à réparer
et j’ai détesté l’expérience. Je me suis sentie habitée par une forte pulsion
de destruction. Je n’ai pas aimé cette sensation de prise en charge. Ce qui
paraissait être un souci bien altruiste, je le percevais comme une invasion de
mon intimité.
Ça a été concluant :
je ne suis pas encore prête à m’investir dans une relation engagée, tout
simplement. J’ai peut-être juste envie de m’amuser.
Savourer mon
imperfection.
Et c’est très bien
comme ça.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire