mercredi 9 avril 2014

L'allaitement

Maintenant que mon petit dernier a 2 ans et que la poussière post-séparation retombe, que je vois cette nouvelle vie montrer sa lumière et que j’arrive à sourire au renouveau, j’aimerais vous parler de mon expérience avec l’allaitement.

C’est un sujet sensible, avec lequel je bataille encore. Un espace où se mélangent colère, culpabilité et impuissance. Je vais ouvrir mon cœur et risquer d’aller à contre-courant, pour dire ma vérité. Mon espoir est de dénoncer un en-train-de-devenir TABOU.

Enceinte de mon premier enfant, j’avais ce fantasme de la mère aux seins débordant de lait, qui, par son nectar humain, allait faire grandir et grossir son poupon, le sourire aux lèvres et la joie au cœur. Tout de suite après la naissance de mon fils, j’ai dû apprendre qu’il y avait une façon de prendre le sein, que le bébé devait l'apprendre, mais j’ai surtout appris que dans mon cas, même si la prise était bonne, ça allait me faire mal pendant 8 semaines. C’est affreux d’entendre tout le monde te dire que « ce n’est pas supposé faire mal si la prise est bonne », de les inviter à vérifier, de les voir constater que bébé travaille bien et de rester perplexes. Une infirmière a même sous-entendu que j’étais peut-être « un peu douillette » (est-il utile ici de souligner que j'ai eu mes deux enfants sans péridurale ni aucune forme d'anesthésie?). Bébé pleurait, je le mettais au sein à la demande et c’est moi qui pleurais de douleur. Mais je persévérais. Entre le deuxième et troisième mois de vie de mon fils, j’ai goûté au bonheur, finie la douleur, bébé qui prend du poids. Entre le troisième et le quatrième mois, j’ai senti un changement. Je faisais tout comme on me disait, je me reposais en même temps que le bébé, je le portais beaucoup en écharpe (j’adorais ça!), je mangeais et buvais suffisamment, je mettais de la musique douce, restais détendue… Bébé était constamment au sein et ne semblait jamais rassasié. J’ai attendu, croyant (après plusieurs appels au CLSC, à Nourri-Source et la ligue La Leche, visites d'infirmières et de marraines d'allaitement, etc.) que c’était une poussée de croissance, mais je le voyais maigrir. J’ai essayé d’augmenter ma production de lait de plusieurs façons, mais ça ne semblait rien donner. Je commençais à m’inquiéter et ne recevais aucune autre information que celle-ci : « madame, continuez à allaiter! ».

Vous n’avez pas idée de la culpabilité, du silence et de la honte. Surtout quand ton entourage (aussi grano que toi) renforce tout ça, en supposant que tu dois être stressée, que tu as dû faire de quoi qui a diminué ta production, que ÇA SE PEUT PAS que ta production de lait cesse.

BEN OUI, SACRAMENT, ÇA SE PEUT!

Mais ça doit être de ma faute, hein? Du stress, oui, de voir mon fils pendu à mon sein jamais rassasié en train de maigrir à vue d’œil, ça stresse une maman, ça. Voilà, tout s’explique? Je ne pense pas.

Au rendez-vous de 4 mois avec la pédiatre, elle a regardé son poids, m’a dit qu’il était revenu à son poids de 10 jours de vie, s’est levée et est revenue avec une boîte de lait en formule. Très doucement, elle m’a dit que je pouvais continuer à allaiter, mais que je devais compléter avec ça. Elle m'a dit qu'il arrivait plus fréquemment qu'on pense que la production de lait des mamans chute ou cesse. Je me suis mise à pleurer. Jamais de toute ma vie je n’ai ressenti un aussi grand sentiment d’échec. Jamais. Mon fils avait eu faim pendant 3 grosses semaines et j’avais écouté la mafia de l’allaitement au lieu de le regarder, lui, et de m’écouter, moi.

Voyez-vous, j’y ai beaucoup pensé depuis. L’allaitement, c’est quelque chose de puissant. En ce moment, la pression est forte et la culpabilité très grande quand ça ne fonctionne pas. Je me suis beaucoup interrogée, ai soulevé des enjeux très profonds dans mes eaux intérieures, repensé à cet homme qui m’a touché les seins quand j’avais 9 ans en se frottant sur moi, revisité ma relation avec ma mère et ses couleurs d’attachement évitant face à son rejet et sa déception à ma naissance. Face au fait que ma mère m’a toujours dit sur un ton de reproche et de fascination à quel point j’étais un poupon insatiable et qu’elle avait commencé le « Pablum » à 8 semaines pour me faire taire.

Peut-être que ce n’était pas du lait que je voulais, maman? Ton odeur, ta chaleur, ton amour, peut-être? Mais ça, c’est une autre histoire…

Je m’exprime aujourd’hui pour essayer de faire quelque chose de créatif avec cette culpabilité innommable, cet échec rendu plus difficile par le regard des autres, le jugement silencieux, l’étonnement un peu méprisant…

J’ai allaité avec bonheur mon deuxième enfant jusqu’à 5 mois ¾, mais à partir de 4 mois, j’ai vu le même phénomène se répéter et je ne me suis pas posé de questions, je lui ai donné des bananes écrasées, de la courge et de la courgette en complément, je suis allée acheter de la formule quand j’ai vu que je n’avais plus de lait en après-midi et j’ai allaité jusqu’à ce qu’il ne reste plus une goutte. J'ai privilégié la nourriture avant la formule et il a bien grandi, bien grossi et très bien digéré ce que je lui donnais.

J’ai bien vu le regard un peu peiné de certaines. J’ai décidé de l’ignorer, pour me préserver. Je les ai laissées blâmer ma séparation, mon stress, ma peine. J’ai décidé de voir le beau côté des choses (plus de liberté, une maman souriante, possibilité de boire du vin, etc.) et surtout, de regarder mon bébé. Lui, qui s’attrapait les pieds pour se mâchouiller les orteils, le ventre plein, le sourire facile et les vocalises charmantes qui remplissaient la maison.

Voilà ce que j'avais à dire sur mon expérience de l'allaitement.

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