Un rien. Vraiment.
Genre jeter un coup d’œil sur sa paperasse d’impôts, les reçus de physio, les
reçus de psy, réaliser qu’on a compté sur un remboursement qui ne viendra pas
suite à un malentendu avec l’ex, devoir renoncer à un projet de voyage pour
cette raison. Pas rien. Mais pas grand-chose non plus. Il y a pire.
Reste que ce petit
rien me remet la perte sous les yeux. Perte de la famille que j’avais envie de
créer, famille réparation, famille unie. Perte de l’amour. Perte du lien si
familier avec cet autre que je connaissais mieux qu’il se connaît lui-même.
Perte des rires partagés en regardant nos enfants grandir. Perte de mes enfants
en continu, au quotidien.
Ce petit rien m’a fait revivre en 20 minutes les 2 dernières années de ma vie, de façon
aussi intense, mais tout en condensé. Un deuil, ça ne va pas en ligne droite.
On peut y revenir et retrouver la même tristesse, la même rage, la même envie de blâmer l'autre et le damner, la même
amertume. On lève le couvercle. On se laisse traverser par les émotions. On
fait des liens. Tous mes âges intérieurs se confondent et se jasent. Contempler
les grandes failles, toujours les mêmes. Mettre des mots, ça panse… Puis
revenir au présent. Comprendre.
Tout un
cheminement et pas des plus simples. C’est un choix que je fais. Certains
surfent, moi je plonge, je cherche le fond qui me servira d’appui pour remonter
et je remonte tout le temps. Dans ce plongeon, de si grandes et belles découvertes, des failles et zones abyssales, des bêtes angoissantes.
Chaque fois, j'ai peur. Chaque fois, je suis contente de l'avoir fait.
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