mercredi 22 août 2018

Idées jetées en désordre sur ma lignée maternelle


Maman est pas là.
Oh. Son corps est là, oui. Bien sûr.
Mais son regard, quand il se pose sur moi, il passe au travers. Je suis invisible.
Quand une conscience de mon existence se pointe dans son regard, le message que j'y lis : "Tu me déranges."
13 ans...
- Maman?
- Fous-moi la paix!
Exaspérée la mère.

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Ma mère. Mère-Narcisse qui capte son reflet dans l'eau de sa part d'ADN. Mère-brèche. Le fantôme effacé du père psychotique. Mère aimante pour les enfants qui lui renvoient son reflet. Elle évalue, étudie et décortique et lance d'une voix vibrante "Ah ça elle/il tient ça de moi!" "Il/elle a mes yeux!". "Moi", l'élément principal qui décide de l'espace qu'elle éclaire de son regard. Mère étrangère. Mère qui ne reconnaît aucun reflet en moi, sauf celui de ses vulnérabilités et de ses blessures. J'ose les exposer à sa vue, sans pudeur. Je suis une enfant sensible, avec des questions et des tourments. Ça-Mère veut briser ce miroir. Laisse place à une cruauté passive : l'absence du regard, le blâme, l'abandon, le rejet.

"C'est de ta faute si je n'ai plus de cheveux" - elle me dit ça en coupant ma tignasse. J'ai 8 ans. À peu près l'époque où elle m'arrache le cuir chevelu en me séchant les cheveux. Je pleure, elle brosse encore plus fort.

Je me souviens de son appartement, lorsqu'elle vivait avec la mère des enfants de mon frère en 2014. Aucune présence autre que la sienne et celle du chat. Des photos d'elle et des livres. On n'aurait jamais pu deviner qu'elle avait eu 3 enfants et 5 petits-enfants. Elle raffolait de son dernier petit-fils. Avait sorti une photo d'elle à 9 mois et triomphante, claironnait à tout le monde avec une fière fascination : "Il me ressemble".

À quelques jours de sa mort, alors qu'elle était très malade, je suis allée la voir. J'étais bien déterminée à régler quelques comptes avant qu'elle parte. J'avais une phrase très précise en tête : "Je ne te demande pas de regretter les choix que tu as faits, je te demande de reconnaître l'impact qu'ils ont eu sur nous". Elle était très mal, m'a demandé mon bras pour la guider aux toilettes. Elle a fait caca. N'avait pas d'autre choix que d'accepter que je l'aide à s'essuyer, il n'y avait personne. Elle a dit "mets des gants". Humiliée la mère, fâchée : "Pfff torcher sa propre mère!" - "J'ai des enfants, maman. C'est correct, j'en ai vu d'autres". La guider vers son lit. L'infirmière arrive pour lui dire qu'il vaut mieux arrêter la chimio. Ma mère se pend à son bras et dit "c'est la fin hein?". Je demande à l'infirmière s'il y a un psy ou TS pour ma mère si elle veut parler. L'infirmière dit que oui, si la patiente le demande. Ma mère explose "Toi pis tes psy!".

Parce que vous savez, les psy, c'est pour les malades. Elle n'est pas malade, elle. On remonte une génération. Années 1950. Ma grand-mère épouse un interne en médecine (du moins est-ce ce qu'elle raconte). Ça dérape rapidement. Le secret de famille du mari se dévoile, se découpe sur une toile sombre. Un cauchemar. Un silence. Il est atteint de schizophrénie. Surveille son calendrier menstruel, car il croit que Dieu lui demande de lui donner des enfants. 10 mois de différence entre le premier (ma mère) et le deuxième enfant (ma tante). À peine plus entre le 2ème et le 3ème, qui naîtra prématuré et qui aura besoin de soins. Suivront 4 autres enfants, la pauvreté, les hospitalisations du père, le secret, la honte. Il ne sera jamais médecin.

Il s'est passé quelque chose. Personne n'en parle de façon claire. Ma mère dit que sa mère a essayé de se pendre. Elle avait 5 ans et l'a trouvée, en train de tirer sur une corde attachée à la structure du lit, le noeud autour du cou. Elle raconte avoir pensé "Si tu veux vraiment mourir, il faut accrocher la corde plus haut". Les enfants ont été placés, ma grand-mère était en dépression et mon grand-père hospitalisé pour psychose.

Je ne peux que remplir cet espace de mon imaginaire ou faire confiance à mon ressenti, parce que de cette période n'émerge qu'un silence gêné. Une tante ose en parler. Elle était placée dans une famille aimante et n'a jamais accepté de réintégrer la maison familiale, avec cette mère dure et autoritaire.

Difficile de savoir avec certitude ce qui s'est passé, car ma grand-mère faisait subir à ses récits un passage dans la fabrique de restauration de son image. Ma mère aussi était très bonne à ce jeu.

Ce qui est frappant quand je descends dans mon ventre et que je me branche sur la lignée maternelle, c'est la haine. Ma grand-mère a adoré sa mère, mais détesté son père avec passion. Le peu qu'elle en a dit, c'est qu'il était mauvais. Un violent. Un dangereux. Ma mère sur son lit de mort disait ne pas craindre la mort, mais espérait très fort ne pas revoir sa mère s'il y avait autre chose, un autre côté. Lorsque ma grand-mère était mourante, ma mère est allée la visiter. Elle voulait faire dire à ma grand-mère que son récit était vrai. Elle voulait lui faire admettre qu'elle avait bel et bien tenté de se tuer et que ma mère l'avait trouvée. Son refus de confirmer a déchaîné la haine de ma mère comme un courant puissant qui ne s'est plus jamais apaisé, même dans le chemin vers la mort.

Hôpital Jean-Talon. Mère en chaise roulante veut fumer une cigarette. Je l'amène dehors. C'est là que l'enfer se déchaîne, là sur le trottoir - elle m'abreuve de mots, des mots de rage et de haine envers sa mère. Il faut que ça sorte, je la laisse parler.

Moi, la grand-mère que j'ai connue, ce n'était pas sa mère intériorisée. Oui, il y avait du toxique en elle mais je savais d'où ça venait et je voyais ses efforts pour me protéger de son propre poison. Elle m'aimait sincèrement et me le démontrait.

Je ne me battrai pas contre la perception de ma mère, cette journée-là. Elle est à 3 semaines de la mort. Je vais pleurer dans ma voiture en contemplant cette noirceur qui est mon héritage. Je vais me battre encore plus fort pour ne pas transmettre cet héritage psychique à mes enfants. C'est la direction que je choisis. Je ne la lâcherai pas.

Je ne hais pas ma mère. Comment haïr une enfant? Mère infantile. Mère qui voulait jouer. Elle a passé les 25 dernières années de sa vie convaincue qu'elle allait "se refaire". Je ne comptais plus ses évictions par la Régie du Logement. Je n'ose même pas imaginer combien elle a donné au Casino. Mère qui disparaît quelques jours, revient les yeux fous et sentant mauvais. Peut passer plusieurs heures sur une table de Black jack. Elle compte les cartes, dit-elle. J'ai abandonné. Je ne compte plus les amis qu'elle a perdus et trahis, les vols commis, les arnaques... La honte, le deuil, la tristesse. J'ai mis un mur - maman, le jour où tu voudras de l'aide, je connais toutes les ressources et je peux t'y amener - en attendant, si tu veux une relation avec moi, tu ne dois jamais me demander de l'argent ou un logis, c'est ma condition.

Ma mère aux relations utilitaires. Au fil des ans, j'ai appris. Elle me joue la carte du rapprochement maternel lorsqu'elle veut quelque chose. Sinon, eh bien, je l'embête. Je ne sais pas ce qu'il y a en moi qui provoque ça, mais je l'exaspère avec ma sensibilité, mon amour à donner à mes enfants, ma facilité à nommer les émotions. Elle se tient loin, sauf si elle veut quelque chose.

1985. La drogue. La blessure. 13 ans "Fais ce que tu veux maintenant. Tant que tes notes à l'école sont bonnes, tu n'as qu'à m'aviser de ce que tu fais, mais plus de permission à demander". Maman j'ai juste 13 ans, j'ai encore besoin que tu me guides! Évidemment, à 13 ans, je n'ai pas les mots pour le dire, alors c'est l'acting out : la drogue, les mauvaises fréquentations, les nuits dehors, la vie dans la rue... Elle, tant que je ne suis pas dans ses pattes alors qu'elle vit sa vie sexuelle de nouvelle divorcée, elle est contente. Je veux qu'elle s'inquiète. Je veux qu'elle me cherche. Elle ne le fera jamais. Elle est déjà partie.

1987. Elle part : "Les enfants, j'ai décidé de prendre une année sabbatique. Vous allez vivre avec votre père pendant un an. Je pars au soleil."

Vous dire l'année que j'ai passée à vivre à demi, en attendant que ma mère revienne nous servir de pillier. Une année à moitié absente, à espérer son retour, vouloir retourner vivre au condo avec elle, retrouver mes repères. Une année à voyager de Boucherville jusqu'à Ahuntsic, chaque matin, pour ne pas avoir à changer d'école secondaire. Une année à croire que si je deviens suffisamment parfaite, elle reviendra. Exit le mohawk, les pantalons déchirés et les bottes d'armée. Je trouve un emploi. Je deviens une adolescente modèle. Mes notes à l'école remontent.

1988. Elle revient. Enfin! Nous, ses enfants, nous l'entourons, si heureux! Elle est seulement venue nous annoncer qu'elle nous abandonne à nouveau, pour de bon cette fois : "Je vends tout. Je repars et je ne reviens pas".

Coeur brisé. Ma mère, ma plus grande peine d'amour. Le deuil d'une vie.

1992. Elle revient. À ce moment-là, les raisons du retour sont osbcures. Plus tard, j'arrive à reconstituer les faits. La crise immobilière lui a fait perdre son investissement. Elle est sans-le-sou. Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'elle a commencé à jouer au Casino là-bas. Elle a le coeur brisé. L'homme qu'elle aime est rentré en Italie. Il est gay. Il l'aimait, mais ça ne peut pas marcher.

Comme ils sont étranges, les scénarios de l'inconscient!

Le second mari de ma grand-mère, l'amour de sa vie, sa réparation, l'a quittée pour un homme.

Ils sont puissants les héritages inconscients, dans ma lignée maternelle.

Ma mère a eu une histoire d'amour avec un espagnol lorsque j'avais 9 ans. Elle a débattu très fort entre son coeur et sa tête, car c'est à ce moment-là que son désir de partir s'est frayé un chemin dans le réel. S'il le lui avait demandé, elle aurait tout quitté pour partir vivre en Espagne avec lui. Mais il était marié. Ils se sont contenus.

Moi, à 24 ans, j'ai choisir de partir en Espagne avec mon sac à dos, 300$ et un billet ouvert. Sans penser une seconde que j'avais peut-être capté le désir inconscient de ma mère et que je l'agissais. Mon amour de l'Espagne n'a pas bougé, mais lorsque j'ai fait une thérapie, j'ai pu voir s'éteindre les désirs inconscients qui n'étaient pas les miens. J'ai pu cesser d'agir l'histoire familiale. Plus j'avançais en thérapie, moins j'avais besoin de danser...

Danser... Un autre désir inassouvi de ma mère adolescente. Mère qui a dû renoncer au ballet parce que sa poitrine était trop forte.

Alors j'ai dansé, recueillant dans cet espace un peu de son attention et de sa fierté.



Mile-End. 1992. Charmaine. Coupure d'électricité. Ma mère vole une amie à moi.

Mile-End. 1997. Chiqui. Clés. Logement. Ma mère vole (encore) une amie venue d'Espagne pour donner un stage de danse à Montréal. Elle a préparé son coup, m'a invitée à souper, m'a servi du discours de mère chaleureuse et ça ne lui ressemble pas du tout. M'a dit que comme Jean-Philippe, mon amoureux, est parti vivre en France, qu'elle voudrait ma clé pour aller jouer sur mon ordinateur quand je suis absente. Je ne me méfie pas, tant j'ai besoin de son occasionnelle chaleur. Boum, tombée dans le panneau. Elle entre et vole plus de 2000$. Mes amis espagnols m'accusent. L'enfer. L'horreur.

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Ce qui est fou dans le fait d'être élevée par une mère narcissique avec des traits antisociaux, c'est qu'on passe son temps à ne pas se sentir à la hauteur, mais qu'on se fait répéter constamment combien de potentiel on a. On croit aussi que la vie nous fera cadeau de la magnificence extraordinaire au-dessus-des-autres, seul oxygène digne d'être respiré, dans des sphères de l'exceptionnel et dans la différence.

La lignée maternelle veut se détacher de ce qui est jugé comme indigne de sa royauté. Dans une foule de contradictions. Ma mémé aurait dit, peut-être, "s'élever au-dessus de sa condition". Ce que mes yeux d'enfant voyaient, hélas, c'était de l'insatisfaction dans l'ordinaire. Comme si cette chienne de vie n'avait pas livré la marchandise, sans comprendre qu'un changement au niveau de leur perception aurait ramené plus de joie et d'équilibre.

Je n'ai pas appris à aimer l'ordinaire. Chez moi, le mot ordinaire sonnait comme une insulte. Ma mère et ma grand-mère glorifiaient le mot "spécial" qu'elles faisaient sonner comme "supérieur". Elles décortiquaient leurs observations pour encenser à la fois ce qu'elles reconnaissaient d'elles-mêmes et ce qui isolait des autres, de la "masse". Chez ma grand-mère, je crois que c'était un élan désespéré pour sortir de son enfance ouvrière. Pour ma mère, un miroir défensif.

Aujourd'hui, je cherche l'ordinaire. Il est synonyme pour moi de vivre incarnée, centrée, connectée sur ce qui rend la vie si riche dans sa fragilité. C'est ça le plus terrible, le plus inavouable dans ma lignée maternelle : en sortant du moule, du legs narcissique, de la répétition du même, je me sens paradoxalement meilleure qu'elles. Juste à l'écrire, c'est la honte. C'est que, voyez-vous, je tire ma fierté d'être moi dans l'empathie, la chaleur et l'ouverture aux autres dans ce qu'ils sont, pas dans ce que je cherche pour finir de me réparer. Je suis sincèrement convaincue que mes brèches m'humanisent et je les aime pour ça.

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Je ne suis pas la seule de ma génération et ceci inclut les cousins et cousines, à avoir utilisé l'art et la créativité pour amorcer, timidement, une intégration du soi. Créer ses morceaux pour les observer de l'extérieur sans forcément s'y identifier, dans un élan de survie. Dessin, poésie, musique, danse, couture, artisanat, etc. Autant de façons d'exprimer le malaise de ne pas se sentir complet. Morcelés.

Anecdote. J'ai 20 ans. Je suis des cours de flamenco depuis un an et j'éprouve des difficultés, avec la taille de mes membres supérieurs surtout, qui me paraissent interminables. Il y a un malaise entre qui je vois dans le miroir et une absence ressentie du centre, d'un point d'ancrage dans mon ventre. J'ai espoir que le flamenco saura construire ce point d'ancrage. Je suis perdue, mais je tiens le coup, je fais ce qu'on attend de moi : j'étudie à l'université et je m'en sors brillamment, j'ai un amoureux, je travaille... Un jour, en dansant, je prends un risque : j'allonge mes bras plus loin, plus haut. Je sens un mur m'en empêcher. Je frappe ce mur. Au-delà d'un certain point, je ne peux plus exister, avec ces longs bras, ces longs doigts, ce corps dont je ne sais que faire. Si je ferme les yeux, je sens mes bras très longs et très hauts en dansant. En les rouvrant, je constate que mes bras sont à peine déployés et je n'arrive pas à les allonger. Le contraste entre ce que je constate et ce que je sens me confronte à une phrase lourde de sens : prendre sa place.

Malheureusement, je vais passer les 8-10 années suivantes à prendre ma place de façon gourmande, sans aucune considération pour qui que ce soit, pour quoi que ce soit, tant est grande ma faim d'occuper ce monde en récoltant de l'attention, que je confonds avec de l'amour. Exit l'amoureux. Exit les études. Exit le boulot. Je pars. D'abord en Espagne. Ensuite en tournée pour une compagnie de danse aux États-Unis. Je flotte, libérée. C'est une époque à la fois heureuse de déploiement et de découvertes, mais aussi de comportements opportunistes, d'arrogance et de paroles méchantes envers les autres. Je veux grandir, je me sens petite, alors je dévalorise l'extérieur pour me rassurer sur ma valeur.

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Salut à toi, lectrice, lecteur.

Tu as choisi d'ouvrir ce récit. Je ne connais pas ta motivation, ni si tu trouveras ce que tu y cherches. Je peux te dire, déjà, que tu entres dans une dense danse. Tu sais, quand j'étais plus jeune, on m'a dit que j'étais "tourmentée". En espagnol, "tormenta", c'est une tempête. J'aime bien les métaphores saisonnières, car je pense que nous avons tous des rythmes psychiques et émotionnels aussi inattendus et incontrôlables que le temps qu'il fait dehors. C'est là-dedans que j'aime plonger. C'est ici que je t'invite.

J'ai écrit en désordre des réflexions sur ma lignée maternelle. Ce ne sont pas des données historiques. On parle ici d'un historique psychique, dans un espace où les blessures passent d'une génération à l'autre, pour se transformer en symptômes. J'ai un peu remonté le fil du temps pour habiter à nouveau mes 9 ans, mes 15 ans, mes 21 ans et ainsi de suite. Comme les perceptions changent à mesure qu'on avance, les contradictions et les ambivalences m'apparaissent normales et même, à prévoir.

Je crois que si ma mère et ma grand-mère avaient pu lire ceci, il n'y aurait eu que rage et reproches. Chagrin aussi. Mon but n'est pas de les brûler sur un bûcher, mais plutôt de dévoiler l'impact des violences sur les générations suivantes. Dans violence, j'inclus la négligence, l'indifférence, le contrôle et la manipulation. Je vais oser le dire, dans cette ère où on s'applique à enlever le genre lorsqu'on parle d'humain : c'est la violence que j'ai connue et qui se vivait au féminin. Ma mère n'a jamais levé la main sur moi (sauf une fois), mais j'ai ressenti sa rage et sa violence plus fort et plus clairement que les baffes et les cris de mon père.

Tu accèdes ici à ma perception, ma construction de la réalité. Ce que j'affirme comme étant des certitudes ne le sont que parce qu'elles sont ressenties ainsi. La nuance est de mise. Je ne prétends pas avoir tout compris, mais j'ai passé des années à donner du sens à cette violence. J'ai envie de t'en parler. Peut-être que tu vas reconnaître des choses que tu connais toi aussi. Peut-être que tu vas surfer sur les mots et que ce sera divertissant pour toi. J'espère juste ne pas trop t'embêter avec mes histoires.

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Paroles de mère

"Fais ce que tu veux, ne te fais pas pogner"
"C'est la jungle là-bas, chacun pour soi"
"Ne pense pas aux autres, sauve ta peau"
"Pfff, l'amour, l'amour, qu'est-ce que j'en ai à foutre?"

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6 ans. Elle nous a acheté, à chacune, un ballon, une corde à danser et une petite bouteille de savon à bulles. Mon coeur est plein. Ma maman nous fait des cadeaux et ce n'est même pas ma fête! Contente, contente! Vision de liberté, jouer dans la ruelle avec ma soeur, dans le quartier Rosemont. Nous traquons les pierres précieuses. Ce sont des bouts de vitre brisée, mais nous visons les tessons verts, violets ou rouges. Les rouges sont les plus précieux et nous les recueillons avec délicatesse.

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13 ans. J'ai atteint ma taille définitive mais je suis encore une enfant. Maman nous a offert des douillettes sac de couchage pour qu'on s'emmitoufle devant la télé, les matins d'hiver. Elle tente de nous rapprocher, ma soeur et moi, en nous faisant partager une même chambre et un même lit. C'est le chaos du divorce de mes parents. Nouveau condo, adieu la maison où j'avais ma chambre. Adieu mes chères amies d'école et de quartier. C'est mon septième déménagement en 13 ans de vie. Maman nous a envoyés à la campagne, nous quittons la maison et au retour découvrons un nouveau logis, dans un nouveau quartier. Papa est parti, mais il vient nous voir.

Il s'est passé beaucoup de choses cette année-là. Ma grand-mère a divorcé à peu près en même temps et elle est venue s'installer tout près du nouveau condo. Elle s'occupait de nous durant l'année scolaire, maman travaillait beaucoup, partait tôt, rentrait tard. Le contact avec elle était rare, elle était à bout de souffle. Les week-ends, elle nous voulait ailleurs, voulait vivre sa vie. Elle disait "pas dans mes pattes". Je ne veux pas aller chez mon père, il vit dans un 1 1/2 dans le centre-ville, infesté de coquerelles et de vermine. Ça sent mauvais chez lui. Il ne va pas bien. Il se saoûle et se drogue. Il n'est pas là. Une année ou deux sous le thème de l'indifférence maternelle et de la dépression paternelle. Première visite des pensées de mort. Je me dis que je pourrais libérer mes parents en disparaissant, je leur rendrais service.

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à suivre...

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