mercredi 30 octobre 2013

Les dures vérités...

Certaines vérités font mal. En tout cas, elles sont dures à admettre. Je suis obligée de m'avouer que l'absence du père de mes enfants, en voyage pour 11 jours, m'a permis de respirer mieux. Le voilà de retour, j'ai déjà la mâchoire serrée et la haine au coeur. Qui dit retour du père dit départ des enfants et je suis obligée d'admettre que je suis bien plus heureuse quand mes enfants sont là. À un niveau très archaïque et animal, c'est comme si un intrus venait m'arracher mes petits de leur tanière. Puis ça me fait mal d'admettre que sa présence à lui me pèse et me dérange, que ça ramène ce gros nuage noir et familier, cet espèce de stress post-traumatique de la rupture et de sa trahison.

J'avais vu passer une phrase sur internet et je la partage avec vous, elle peut toujours servir : 

"L'amour supporte mieux l'absence ou la mort que le doute ou la trahison" (André Maurois)

Ces temps-ci, je pense beaucoup au pouvoir, aux rapports de force entre amis, amants, parents-enfants… J’ai souvent dit en riant que dans le monde animal, je suis une biche, je fige quand on braque les phares sur moi, je fuis quand on m’attaque et je veux juste vivre une petite vie tranquille, sereine. Il y a eu une époque où j’étais habitée par toutes sortes de fantasmes de grandeur, dans la danse surtout. C’est en atteignant certains buts, comme la reconnaissance de mon travail par mes pairs, que j’ai réalisé que je ne me sentais pas mieux. Tous ces efforts pour surmonter les difficultés techniques, pour apprendre à être à l’aise sur scène, pour oser créer et commencer à danser de façon personnelle, tout ça ne m’a pas rendue heureuse. Dans mon cas, le fait de chercher à réparer des blessures infantiles par l’admiration et la reconnaissance des autres, ça n’a fait qu’intensifier le vide et la solitude. Curieusement, c'est en acceptant d'être pas mieux que personne que j'ai trouvé la voie de la guérison...

En amour, je ne suis pas vite, moi. Si je m'attache vite, je me détache très lentement. Mon cœur met des années à compléter ses cycles. Il m’arrive de regarder autour de moi et de me sentir très différente. Il semble que certains aient de la facilité à changer de poste. Je ne comprends pas comment des gens peuvent utiliser d’autres êtres humains. Personnellement, je suis incapable de démarrer une nouvelle relation amoureuse sans avoir complété celle d’avant. Je ne comprends pas que certaines personnes perçoivent uniquement ce qu’ils peuvent soutirer d’une relation, prendre, puis partir. L’homme est-il réellement un loup pour l’homme? Il semble qu’à un certain niveau du développement humain, le pouvoir ait plus d’importance que l’amour. Ce stade un peu primitif est en chacun de nous, mais si ta jouissance c’est le pouvoir, ton cœur restera sec et vide. C'est moi qui te le dis!

En tout cas, même une biche peut apprendre à se battre pour sa survie psychique. Elle peut même découvrir qu'en fait elle était une louve depuis le début, couverte d'une peau de biche pour ne pas avoir trop froid... Ou déguisée en biche pour avoir l'air gentille, puisque c'est pas beau une femme en colère, à ce qu'il paraît...

mercredi 23 octobre 2013

Les voix intérieures et la course folle

C’est à vous que je m’adresse aujourd'hui, femmes et hommes. Je nous parle de toi, je te parle de moi, je parle de vous. Toi, moi, nous toutes et tous qui courons après la perfection. Course folle vers cette minute où l’harmonie s’installe. Cette course avec quelque chose devant, à l’horizon, qui agite notre corps et lui donne une direction. Ça peut être la recherche d’un travail qui nous convient mieux, un grand amour, la minceur, des enfants mieux ajustés, plus de tonus musculaire, un projet artistique, un marathon, etc. 

Vous, c’est quoi?

Je vais tout de suite dire ce que je ne veux pas dire. Il est impossible de donner du sens à sa vie si on ne peut pas donner forme à certains de ses rêves. Anticiper n’est pas négatif. Projeter dans le temps, c’est le gaz dans nos véhicules, l’étincelle qui permet de ne pas sombrer dans les temps difficiles, la pilule qui permet de tolérer la frustration provoquée par certains sacrifices…

Ça m’inquiète quand on court au point de se déconnecter du présent. Quand on n’est plus capable de se poser pour juste goûter à ce qu’on mange ou savourer la présence de ceux qu’on aime. Ça m’inquiète quand nos projections d’avenir servent à masquer le vide. Quand ça sert à éviter ou même dénier la confrontation avec des parties souffrantes, l'autre bord de ce qu'on voit. Quand ça devient une fuite vers l’avant. Je ne vais pas bien? Pas grave! J’entame un nouveau projet, qui masquera le cri en dedans… Le projet est fini et je sens le vide monter? Pas grave! Je démarre une nouvelle relation amoureuse! Ça ne va pas mieux? Pas grave! Je vais au gym me construire un corps à aimer! Pas mieux? Je fais un enfant!

Vous vous reconnaissez? Moi oui. J’ai fonctionné comme ça pendant des années. Et ce n'est pas toujours gagné...

Je viens de passer une année complète à contempler des aspects bien sombres de ma personne et du chaos de la vie. Ce faisant, j’ai continué à vivre et à côtoyer des gens. J’ai remarqué que certains sont inconfortables avec la colère, la tristesse. J’ai remarqué que certaines personnes ne m’appelaient plus, tout à coup. Nous avons tous connus ça dans le chaos des relations humaines : se sentir invalidés, incompris, seuls… Dans ma grisaille, je me suis dit avec beaucoup de compassion que si mes colères réveillaient des eaux dormantes chez l’autre, alors je le/la comprends de ne pas vouloir se frotter à moi. Je me suis sentie malsaine et en même temps, j’avais l’impression de faire ce qu’il fallait pour passer au travers. Ne rien fuir. Accepter la haine. Accepter de boire un peu trop par moments. Accepter d’être jalouse de ceux qui allaient bien, surtout des couples qui jasaient de leur souper en regardant leurs enfants jouer au parc.

Les petites insignifiances du quotidien, moi je les aime, bon.

Tout ce que j’ai envie de dire à moi-même et à tous ceux qui se reconnaissent dans leur course folle vers l’avant, c’est : comment ça va? Pas un comment-ça-va mondain, là, neu non. Un vrai, du genre : comment-tu-te-sens-en-dedans-si-tu-arrêtes-de-courir? Si tu lâches ton fantasme d’un amour parfait, d’un corps parfait, d’une job parfaite? Qu’est-ce qui résonne dans tes oreilles si tu t’arrêtes pour accueillir le silence? C’est quand la dernière fois que tu as vraiment été là, TOUT(E) là, sans penser à rien d’autre que ici, maintenant?

Tu vois, pour écrire, j’ai dû me faire violence et tout rendre silence ce matin. J’ai dû lutter contre l’envie folle de ranger et avoir une maison parfaite avant de m’asseoir. J’ai dû me dire que le potage pouvait attendre. Que ce n’était pas grave si le linge propre n’était pas plié. Le bol de céréales de mon aîné est encore sur la table, j’écoute de la musique et je sens l’air entrer et sortir de mes poumons. Pas de vide, juste le plaisir d’être seule. Juste le plaisir de sentir le noyau qui dit moi et la joie de l’apprécier, au lieu de l’aimer au conditionnel.  Vous savez, j'ai un bourreau à l'intérieur et je peux être une championne de l’amour conditionnel avec moi-même : « sois plus mince et je te trouverai belle » « ne t’énerve pas avec tes enfants, une bonne mère ne fait pas ça » « en toutes circonstances, tu dois toujours réagir avec classe et dignité ». Pfff.

Et vous, repérez-vous ces voix qui vous dictent des standards invivables, qui vous aiment au conditionnel?

À 20 ans, je me soumettais sans protester à ces critères invivables. À 30 ans, je leur faisais la guerre. À 41 ans, je les traite avec une affection amusée. Un peu comme lorsqu’on écoute un enfant protester contre son habit de neige alors qu’il fait -30 dehors. Ces voix peuvent s’exprimer, mais j’ai la capacité de ne pas leur accorder de pouvoir. Pour + de bonheur, + de ici-maintenant, + de sérénité.

C’est peut-être ça, être bien? J

vendredi 18 octobre 2013

Peut-on dire "ex belle-famille"?

Personne ne te dit, alors que tu tisses des liens de plus en plus solides avec ton partenaire et sa famille, que lorsque tu te sépareras, tu seras aussi séparée de ces personnes que tu apprécies et avec qui tu aimais passer Noël, le jour de l'An, les fêtes des enfants et toutes les occasions spéciales.

Personne ne te dit que même s’ils restent ouverts et accueillants, en souhaitant partager une fête avec eux, tu les mets sans le vouloir dans une situation inconfortable, un conflit de loyauté entre toi, la mère des petits-enfants/neveux et leur fils/frère. Puisque tu n'iras pas si lui est là.

Personne ne te dit l’inconfort que tu ressentiras quand tu prévoiras les fêtes à venir et que c’est avec eux que tu voudrais les passer, étant donné qu’aucune tradition n’a la cote dans ta propre famille. Mais tu ne voudras pas créer de malaise et tu hésiteras entre demander à y aller en compagnie de tes enfants ou rester seule, pendant que le père ira festoyer avec tes enfants et sa famille.

Personne ne te dit que ça deviendra insupportable pour toi de les entendre parler de lui alors que tu fais tout pour l'oublier et meubler avec autre chose l'espace laissé libre par son départ. Personne ne t'avertit que tu auras envie de hurler en entendant les siens le prendre en pitié ou te critiquer parce que tu lui en veux. La fissure dans la cuirasse lorsque tu les verras l'accueillir avec ses choix tordus pendant que toi, tu restes seule. Ce n'est pas TA famille, après tout, même si tu les adoptés...

C’est ainsi que tu te résignes à les perdre tranquillement, eux aussi. Puisque le malaise est évident. Puisque tu ne peux pas leur demander de choisir. Puisque la vie continue.

mardi 15 octobre 2013

Il y a des jours de lumière et des jours sombres...

Les jours de lumière, je me dis que ce nouveau concept familial est à créer et qu’il y a plein de belles choses à faire avec ça. Effectivement, quel enfant se plaindra d’avoir 2 noëls, 2 anniversaires? Les jours sombres, je m’en fais pour le modèle relationnel que mes enfants intégreront… Mais je sais que je me bats contre des moulins à vent! Il n’y aucune façon de prévoir ce qu’ils feront avec ça et tout ce que je peux faire, c’est me concentrer sur ce que je peux contrôler, c’est-à-dire moi-même et comment j’accompagne mes enfants.

Ma réflexion sur l’intimité se poursuit…

Les patterns destructeurs pour soi, les héritages inconscients, on peut les briser, mais ça ne se fait pas sans efforts, sans angoisse, sans inconfort. Et ce ne sont jamais les autres qui feront le travail à notre place! J’avais vu passer sur le profil d’une amie FB des paroles de Rose-Marie Charest, psychologue : « On dit souvent que notre couple ne fonctionne pas parce qu'on n'a pas trouvé la bonne personne. Je pense plutôt que c'est soi-même que l'on n'arrive pas retrouver. » (merci Geneviève L.!)

Dans mon monde à moi, à moins de vivre des situations liées à un problème de santé mentale du partenaire, le problème, CE N’EST JAMAIS L’AUTRE. L’autre est un miroir qui nous renverra nos manques, nos brèches, nos besoins, nos blessures. J’adore être en relation pour cette raison. Si je me heurte à un obstacle et que je prends la peine de le regarder, j’apprends quelque chose de ma réalité intime, du cri de l’enfant en moi qui s’agite pour demander… Je pourrais presque affirmer que dans une relation intime, si le sexe et la communication fonctionnent bien, on peut faire durer et durer cette relation en se rencontrant constamment, l’un et l’autre, puis soi-même. Il suffit d’y mettre l’effort et la bonne volonté. Il suffit d’accepter qu’il y aura des morts et des renaissance et que le couple aura un rythme à lui, oscillant entre ce qu’on met de soi-même dans la relation et comment on s’arrange pour répondre à nos besoins de réalisation et de construction de soi.

C’est là que j’étais quand j’ai décidé de m’engager et de fonder une famille. J’ai oublié de bien vérifier si on était à la même place. Je n’ai pas écouté la voix en dedans qui me disait que j’avais devant moi une personne qui n’était pas bien et que rien, absolument rien de ce que je ferais, ne pourrait parvenir à le guérir. Ce n’était pas mon rôle, même si j’ai eu la prétention de croire que j’y arriverais. Cette position lui a plutôt envoyé le message que je me croyais supérieure à lui et il s’est soustrait au dialogue, par défense. Je comprends un peu mieux maintenant la dynamique et j’apprends quelque chose de cette expérience. Ne pas prendre l’autre en charge, ne pas chercher à aider à tout prix quand l’autre se barricade derrière une porte blindée. Ne pas forcer sa lucidité dans le regard d'un autre qui n’est pas rendu à voir ce qu’on voit. Ne pas parler de sujets délicats concernant sa famille quand on ne sait pas comment ça a été vécu et quelles émotions se cachent derrière tout ça, pas encore prêtes à être libérées. Mais surtout, comprendre que si l’autre n’est pas intéressé à s’ouvrir, il est possible qu’on nourrisse une intimité à sens unique. Ça parle, ça aussi. Ça parle de la décision de continuer ou de s’en aller. J’ai eu envie de partir si souvent! Vivre auprès du corps de quelqu’un sans avoir accès à son âme, c’est probablement une de mes pires expériences de solitude. Je nourrissais un espoir infini que cet accès allait se rouvrir alors je gardais un silence amoureux pour lui signifier que j’étais là quand il se sentirait prêt à se dévoiler. C’est arrivé, il l’a fait. Mais pas avec moi.

Ça fait plus d’un an que je me demande : pourquoi elle et pas moi?

Cette question fait des bonds comme un galet lancé sur la surface d’un lac tranquille. Au début, ça frappait la surface pour dessiner de grands rayons sur mes eaux psychiques. Maintenant, c’est de plus en plus lointain et de plus en plus difficile à détecter. En fait, il est possible que le galet soit déjà au fond du lac. J’arrive à trouver d’autres hommes intéressants et attirants, c’est pour moi le signe que le deuil amoureux est bien terminé.

C’est le deuil de la famille que je voulais offrir à mes enfants qui pince et saigne encore. Qui me rend amère, agressive et désagréable. Je ne me reconnais plus, mais il semble que c’est ce tournant que ma vie a pris. À chaque contact humain, je réalise la plaie en constatant tous ces mots qui sortent, tout ce besoin d’être consolée, comprise, validée, prise au sérieux… Moi qui aime écouter et être disponible pour ceux que j’aime, je me retrouve à parler sans arrêt. Je prends. Je suis souvent en état de besoin. Dur constat et je réagis avec de la mauvaise foi envers mon propre déversement. Il me coûte de constater que c’est moi maintenant, souvent, qui ne suis pas bien.

Mais bon, ça, c’est dans les périodes de rechute, comme maintenant. Le père de mes enfants continue à s’investir dans cette relation avec elle. Ça challenge beaucoup mon fantasme de destruction. Étrangement, je me suis consolée toute l’année en me disant qu’on parviendrait à être des parents-meilleurs-amis-du-monde-qui-visent-l’harmonie-pour-un-développement-sain-de-nos-enfants, mais seulement lorsque leur relation serait finie, détruite. Je ne peux pas envisager que cette relation dure et lorsque je pense à cette option, je ne vois qu’une brisure dans la vie des enfants. Je ne la côtoierai pas, par respect pour mon amour-propre. Je ne la côtoierai jamais. Trop inacceptable, ce qu’ils ont fait. Tromper deux partenaires investis (elle était mariée), briser deux familles (elle a 2 enfants), imposer à 4 enfants un déménagement hebdomadaire... Et pour quoi? Sont-ils vraiment plus heureux? Amère, la mère, très amère...

Il l’aurait connue après, je m’en serais fait une alliée pour favoriser un bon partage de l’autorité parentale, mais là, c’est juste impossible. Gros défaut qui est le mien : je ne connais pas le pardon.

Quand même, dans mon cœur, il y a définitivement un mouvement ascendant. J’ai retrouvé ma lumière dans cette fragilité. J’ai eu la chance de retoucher à la danse, de recommencer à écrire, d’éduquer mes enfants comme je l’entends durant mon temps de maman, de bouger quand j’en ai envie et de me dire que j’ai appris quelque chose de très important. J’ai appris à ne plus ramer seule dans une relation.

samedi 12 octobre 2013

Les inquiétudes

Ce qui me tue, c’est de penser aux futurs albums de photos de famille, aux fêtes diverses, à tout ce qui est censé réunir mais qui soulignera désormais la désunion. Je n’aurai pas accès à la moitié de leur enfance. Des photos seront prises que je ne verrai jamais. Ils auront des morceaux d’eux-mêmes dispersés entre deux maisons et je me demande souvent, plus vieux, quand ça ne va pas, quel sera leur port d’attache? J’ai tant voulu mettre des enfants au monde et leur donner un port d’attache, un endroit où se construire, apprendre, être soutenus et accompagnés, pouvoir prendre une pause du monde extérieur, pour se ressaisir, se reposer, se déposer.

Ils n’ont pas de chez-eux L

Ils ont « chez papa » ou « chez maman ». Ils sont petits, ils s’adaptent, d’accord. J’avoue que je suis une mère très protectrice. Mes connaissances en psychologie, mon enfance revisitée en thérapie, ça ne m’aide pas à prendre ces sujets à la légère. Je pourrais profiter du silence et de l’espace laissé vacant par l’absence des enfants, j’y arrive de mieux en mieux, mais c’est encore une déchirure chaque fois qu’ils quittent pour aller chez leur père. Au début, c’était comme me faire arracher une jambe ou un bras. Maintenant, ça me fait mal le jour de leur départ, mais rapidement, je profite de ce temps pour vivre. Pour faire toutes ces choses que les mamans n’ont pas le temps de faire, parce que j’ai la moitié de mon temps de maman qui est vacant. J’ai hâte que ce temps soit accueilli avec joie.

On s’adapte à tout. C’est ça qui est incroyable. On finit même par trouver des avantages à chaque situation. Je me dis que je suis en bonne santé et à partir de là, tout est possible. Sauf peut-être faire cesser la voix de maman dans ma tête qui me dit que les avantages d’une garde partagée sont peut-être plus profitables aux parents qu’aux enfants. Et rebelote l’inquiétude.

vendredi 11 octobre 2013

Questionnements au sujet de l'intimité

Est-ce que, dans les relations humaines, tout ce qu’on vit ne se résume qu'à une question d’investissement? Pas l’investissement bancaire, on s’entend. L’investissement émotionnel. On se retrouve déçus à la hauteur de nos attentes et dans notre folle solitude désireuse d’une connexion, on se choisit une personne et on investit sur elle nos attentes, nos blessures, nos fragilités, nos insécurités pour se retrouver parfois gratifiés, parfois déçus, peut-être rejetés? Vous avez deviné, bien sûr, que je parle d’intimité amoureuse. Personne ne peut réussir à effacer la solitude qui est inhérente à chaque humain, sauf dans de brèves périodes d’illusion-fusion. Je l’ai lu, je l’ai toujours cru et je le dis : on naît seul, on meurt seul. La mémoire de ma mémé agonisante vient me confirmer cet énoncé. Au salon funéraire, chaque personne qui parlait d’elle semblait parler plus de sa construction personnelle du personnage que de son essence à elle. D’ailleurs, qui aurait pu la sentir, cette essence, sinon elle? Et elle morte, qu’en reste-t-il?

Dois-je vous dire que l’année dernière, je me suis séparée du père de mes enfants? Que cette séparation a marqué le début d’un chemin entièrement nouveau et inconnu? Le chagrin d’amour, je connaissais. J’avais même mes automatismes et connaissais toutes les étapes de la guérison : le chocolat, la boîte de kleenex, les copines, le film de filles... Mais là, avec deux enfants, on ne peut pas effacer la personne. On doit vivre avec. Dans mon cas, vivre avec l’odieux : ma deuxième grossesse, son infidélité, ses aveux, sa cruelle indécision et l’impression de n’être rien à ses yeux, de ne pas valoir une bataille. 

Maintenant, je vis avec des enfants en garde partagée. Je vis avec un ex qui a refait sa vie sans pause entre une relation et une autre et j’écoute mon fils me raconter des bouts de leur vie. Même si j’ai bien vécu mon deuil, même si j’ai bien compris que cette personne n’était pas pour moi (ceux qui ne te cherchent pas, ne les cherche pas), ça bouge encore en-dessous de la cuirasse. La blessure, l’injustice, mais surtout, par-dessus tout, une plaie béante, purulente, sanglante sur ma valeur en tant que partenaire intime. Écorchée vive.

J’ai compris beaucoup de choses depuis un an. J’avais rencontré cet homme, l’avais choisi, me suis stationnée là et j’avais décidé d’y aller à-la-vie-et-à-la-mort. La première grossesse est survenue très tôt, par surprise. Je pense qu’il a coupé le contact durant cette grossesse. Il ne la souhaitait pas, mais il l'a assumée. Moi je m’en réjouissais, j’étais prête. Il n’était pas mauvais, il a fait de son mieux. Moi non plus, moi aussi. Il a coupé le contact du fil précieux de l'intimité et du dévoilement au 4ème mois de grossesse et j’ai eu très peur de le perdre, alors je me suis appliquée à devenir parfaite. La parfaite conjointe, la parfaite mère. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’était qu’à s’appliquer à autant de perfection, on en oublie d’être vraie. J’ai ravalé mes frustrations, mes colères, mes chagrins pour ne lui offrir que de la bonne humeur, croyant bien faire.

J’ai tout fait pour ne pas le perdre et je n’ai pas compris qu’il n’y avait rien à faire. Nous voguions déjà dans des bateaux différents. Je vis dans un monde de choix, de responsabilités. Il vivait dans un monde où les choses « arrivent » et il s’adapte. Il ne m’a pas choisie comme moi je l’avais choisi. Pas investie comme moi je l’avais investi.

Faut-il s’étonner que lorsque j’ai commencé à exprimer mon malaise dans ce couple, sa réponse maladroite fut : « faisons un deuxième enfant » et qu’une fois la grossesse enclenchée, il ait succombé aux avances d’une employée aussi mal que lui dans son âme, son propre couple et sa vie de famille?

Je vous raconte mon histoire, en sachant que tous, nous avons nos propres perceptions et que rien n’est tout noir, ou tout blanc. J’ai besoin d’en parler, pour me sentir moins seule, moins fâchée. Je me demande s’il y a une fin à la colère, à l’injustice, à la rancune? Il m’arrive de passer plusieurs semaines sans y penser, à me lier à des êtres qui me font sentir bien. Puis mon fils me raconte une anecdote incluant son père et elle (je suis incapable de la nommer, c’est la façon que j’ai trouvée de diminuer la blessure d’amour-propre) et je vacille.

Je déteste l’idée que je devrai vivre avec cette réalité toute ma vie. Il m’arrive que cela s’obscurcisse tellement que l’idée du suicide devient presque une porte de sortie, un havre de paix. C'est bref, intense. Puis je pense à mes enfants, mes adorables petits cocos, et je me ressaisis. Ça passe. Ils méritent que je me batte pour aller de l’avant.

Une grosse réflexion sur l’amour et l’intimité a fait suite à cette rupture. Je n’aime pas qui je suis lorsque j’aime. Je ne sais pas aimer sans m’oublier et si j’ai compris quelque chose, c’est que c’est une très mauvaise idée de renoncer à des parties de soi pour plaire à l’autre. Très mauvaise, vraiment.

Avant lui, j’étais bien toute seule. J’avais été célibataire plusieurs années, par choix, pour me dédier à l’art, à la danse. Je n’avais pas d’espace à offrir, trop occupée par ma relation avec moi-même à travers la création. Lui parti, j’ai retrouvé cet espace avec joie, et il était intact. J’avais presque mauvaise conscience de l’avoir ignoré durant autant d’années.

5 ans. C’est le nombre d’années où je n’ai plus été moi-même, croyant de bonne foi que c’était ce qu’il fallait faire pour faire marcher une relation amoureuse.

Qui suis-je?

Dire qui je suis ne voudrait pas dire grand-chose puisque chacun se définit comme il le peut, selon ses valeurs et sa conception du monde. Je pourrais dire que je suis humaine, ça oui. Avec tout le bataclan de bons coups et de mauvais coups que ça implique.
Aujourd'hui, j'ai eu l'idée de ce blog.
Je ne sais pas trop quelle forme ça prendra, mais j'ai envie d'écrire et j'ai aussi envie d'être lue.
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