Est-ce que, dans
les relations humaines, tout ce qu’on vit ne se résume qu'à une question d’investissement?
Pas l’investissement bancaire, on s’entend. L’investissement émotionnel. On se
retrouve déçus à la hauteur de nos attentes et dans notre folle solitude
désireuse d’une connexion, on se choisit une personne et on investit sur elle nos
attentes, nos blessures, nos fragilités, nos insécurités pour se retrouver
parfois gratifiés, parfois déçus, peut-être rejetés? Vous avez deviné, bien
sûr, que je parle d’intimité amoureuse. Personne ne peut réussir à effacer la
solitude qui est inhérente à chaque humain, sauf dans de brèves périodes d’illusion-fusion.
Je l’ai lu, je l’ai toujours cru et je le dis : on naît seul, on meurt
seul. La mémoire de ma mémé agonisante vient me confirmer cet énoncé. Au salon funéraire, chaque personne qui parlait d’elle semblait
parler plus de sa construction personnelle du personnage que de son essence à
elle. D’ailleurs, qui aurait pu la sentir, cette essence, sinon elle? Et elle
morte, qu’en reste-t-il?
Dois-je vous dire
que l’année dernière, je me suis séparée du père de mes enfants? Que cette
séparation a marqué le début d’un chemin entièrement nouveau et inconnu? Le
chagrin d’amour, je connaissais. J’avais même mes automatismes et connaissais
toutes les étapes de la guérison : le chocolat, la boîte de kleenex, les copines, le film de filles... Mais là, avec deux enfants, on ne peut pas
effacer la personne. On doit vivre avec. Dans mon cas, vivre avec l’odieux : ma deuxième
grossesse, son infidélité, ses aveux, sa cruelle indécision et l’impression de n’être
rien à ses yeux, de ne pas valoir une bataille.
Maintenant, je vis avec des enfants en
garde partagée. Je vis avec un ex qui a refait sa vie sans pause entre une
relation et une autre et j’écoute mon fils me raconter des bouts de leur vie.
Même si j’ai bien vécu mon deuil, même si j’ai bien compris que cette personne
n’était pas pour moi (ceux qui ne te cherchent pas, ne les cherche pas), ça
bouge encore en-dessous de la cuirasse. La blessure, l’injustice, mais surtout,
par-dessus tout, une plaie béante, purulente, sanglante sur ma valeur en tant
que partenaire intime. Écorchée vive.
J’ai compris
beaucoup de choses depuis un an. J’avais rencontré cet homme, l’avais choisi, me suis
stationnée là et j’avais décidé d’y aller à-la-vie-et-à-la-mort. La première
grossesse est survenue très tôt, par surprise. Je pense qu’il a coupé le
contact durant cette grossesse. Il ne la souhaitait pas, mais il l'a assumée. Moi je m’en
réjouissais, j’étais prête. Il n’était pas mauvais, il a fait de
son mieux. Moi non plus, moi aussi. Il a coupé le contact du fil précieux de l'intimité et du dévoilement au 4ème mois de
grossesse et j’ai eu très peur de le perdre, alors je me suis appliquée à
devenir parfaite. La parfaite conjointe, la parfaite mère. Ce que je ne savais
pas à l’époque, c’était qu’à s’appliquer à autant de perfection, on en oublie d’être
vraie. J’ai ravalé mes frustrations, mes colères, mes chagrins pour ne lui
offrir que de la bonne humeur, croyant bien faire.
J’ai tout fait
pour ne pas le perdre et je n’ai pas compris qu’il n’y avait rien à faire. Nous
voguions déjà dans des bateaux différents. Je vis dans un monde de choix, de
responsabilités. Il vivait dans un monde où les choses « arrivent »
et il s’adapte. Il ne m’a pas choisie comme moi je l’avais choisi. Pas investie
comme moi je l’avais investi.
Faut-il s’étonner
que lorsque j’ai commencé à exprimer mon malaise dans ce couple,
sa réponse maladroite fut : « faisons un deuxième enfant » et qu’une
fois la grossesse enclenchée, il ait succombé aux avances d’une employée aussi
mal que lui dans son âme, son propre couple et sa vie de famille?
Je vous raconte
mon histoire, en sachant que tous, nous avons nos propres perceptions et que
rien n’est tout noir, ou tout blanc. J’ai besoin d’en parler, pour me sentir
moins seule, moins fâchée. Je me demande s’il y a une fin à la colère, à l’injustice,
à la rancune? Il m’arrive de passer plusieurs semaines sans y penser, à me lier
à des êtres qui me font sentir bien. Puis mon fils me raconte une anecdote
incluant son père et elle (je suis incapable de la nommer, c’est la façon que j’ai
trouvée de diminuer la blessure d’amour-propre) et je vacille.
Je déteste l’idée
que je devrai vivre avec cette réalité toute ma vie. Il m’arrive que cela s’obscurcisse
tellement que l’idée du suicide devient presque une porte de sortie, un havre de
paix. C'est bref, intense. Puis je pense à mes enfants, mes adorables petits cocos, et je me
ressaisis. Ça passe. Ils méritent que je me batte pour aller de l’avant.
Une grosse
réflexion sur l’amour et l’intimité a fait suite à cette rupture. Je n’aime pas
qui je suis lorsque j’aime. Je ne sais pas aimer sans m’oublier et si j’ai
compris quelque chose, c’est que c’est une très mauvaise idée de renoncer à des
parties de soi pour plaire à l’autre. Très mauvaise, vraiment.
Avant lui, j’étais
bien toute seule. J’avais été célibataire plusieurs années, par choix, pour me
dédier à l’art, à la danse. Je n’avais pas d’espace à offrir, trop occupée
par ma relation avec moi-même à travers la création. Lui parti, j’ai retrouvé cet espace
avec joie, et il était intact. J’avais presque mauvaise conscience de l’avoir
ignoré durant autant d’années.
5 ans. C’est le
nombre d’années où je n’ai plus été moi-même, croyant de bonne foi que c’était ce
qu’il fallait faire pour faire marcher une relation amoureuse.
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