mardi 28 janvier 2014

La peur

Hier en voiture, j’ai senti la peur en restant prise dans la neige, à donner du gaz en vain dans une côte sans que ma voiture bouge. En fait, elle glissait sur le côté et j’ai craint un accrochage. Heureusement pour moi, un homme est venu s’offrir pour pousser la voiture et me dégager. Merci à cet inconnu, ouf.

J’ai senti la peur dans mon corps, le cœur qui bat dans les tempes, le stress qui mobilise mes sens pour réagir au danger, les mains et les pieds froids, le mal de ventre... Tout en ressentant cela, j’étais comme à l’extérieur de moi, observant avec un détachement amusé cette preuve que je suis en vie, puisque toutes sortes d’états et d’émotions traversent mon corps… Reconnaissante...

Ce qui m'a frappée à ce moment-là, c’est que lorsque je dis « j’ai peur » dans la vie de tous les jours, en fait, je n’ai pas peur du tout! J’ai réalisé que lorsque je dis « j’ai peur », c’est souvent une construction de mon esprit qui prend vie, mais mon corps, lui, ne dit pas la même chose. Il faut voir combien nous sommes à avoir peur, subjectivement peur. Peur de s’engager. Peur de se regarder en face. Peur de se rendre compte qu'on est l’artisan de son propre malheur. On dit « j’ai peur », mais peur de quoi au juste? Peur de vivre? Peur d’avoir mal?

Et si avoir mal était la preuve que nous sommes bien en vie?

Et si avoir mal était le début des plus belles et des plus grandes transformations, en faisant le choix de travailler activement sur ses perceptions?

En comparant la sensation bien réelle de peur que j’ai ressentie hier dans mon corps avec ma peur subjective, je réalise que quand je dis "j'ai peur", j’ai surtout envie d’essayer. Par exemple, j’ai peur que mes enfants se sentent abandonnés. Erreur. J’ai surtout envie d’avoir mon espace à moi, même quand je suis avec eux. J’ai peur de me mettre en colère quand je côtoie une certaine personne. Erreur. J’ai envie de lui dire ce que je vois et de la laisser cheminer avec ça.

Plus tôt dans ma vie, j’avais écrit sur un bout de papier : peur + désir = mensonge. Est-ce qu'on s'enfarge dans l'auto-mensonge quand on se fait croire que notre désir est une peur? La peur, le désir, la même chose? En tout cas, c’est ce que mon psy me disait il y a quelques années et je l’avais trouvé juste baveux et provocateur. Oups. Je comprends maintenant.

Et vous? Quand vous dites que vous avez peur, prenez-vous la peine de sonder votre corps? Le danger que vous craignez est-il réel? Vous arrive-t-il de passer à côté d’une opportunité parce que vous avez peur? Peur de quoi?

Peur de vivre?

mercredi 15 janvier 2014

Plaidoyer pour l'ennui

Suite à une discussion au sujet des activités parascolaires de mon aîné avec le père-de-mes-enfants, j’ai réalisé que je ressentais un vague malaise, difficile à identifier. Peut-être que j’étais surprise de l’initiative de monsieur et de son désir d’occuper notre fils, qui vient juste de commencer la maternelle! Monsieur-le-père voulait inscrire fils à deux activités du service de garde. J’ai argumenté pour une seule activité. Mon malaise s’est installé, vague, ouaté, devant le mot "dommage" utilisé par mon ex…

Il est possible que je me sois sentie subtilement jugée par cette « autre moitié parentale » (merci Geneviève L.) pour avoir récemment ré-enligné ma façon d’être mère. Est-ce la voix du doute en moi-même ou une perception fondée? Je ne sais pas. Je ne vérifierai pas.

Dans les derniers 24 mois, entre la peine d’amour et l’arrivée du deuxième enfant, j’ai dû me rendre à l’évidence que la mère que je voulais être répondait bien plus à mes propres besoins qu’à ceux de mes enfants. En fait, je suis heureuse de cet ajustement à la réalité, car mon aîné, avant la tempête, était un enfant gavé, occupé, regardé, aimé, (sur)protégé. Il avait peu d’espace pour désirer, pour s’exprimer, pour s’ennuyer. Il y a bien eu des moments où, exaspérée et vidée, je l’ai laissé tourner en rond un peu. Bien sûr, il exprimait sa frustration et sa déception de se retrouver seul. Parfois, la culpabilité me ramenait à lui. D’autres fois, je tenais mon bout, accrochée à mon café et mon écran tout en respirant pour rester centrée. J’étais toujours surprise du silence qui s’installait après les protestations. Une fois le café bu et à jour sur toutes les insignifiances des réseaux sociaux, j’allais chercher mon fils pour le trouver parmi ses petites voitures, en train de construire un monde tout en parlant seul. Je reculais à petits pas silencieux, le laissant dans son monde, soulagée de sa capacité à être seul tout en étant avec moi.

J’ai déjà parlé de la peur du vide. Il semble que ce soit une des grandes afflictions de notre temps. Nous avons peur du vide, alors nous le remplissons de projets. Nous courons, courons, courons, nous épuisons, nous rendons même malades, pour fuir le vide. Je dis « nous » de façon très générale, d’accord? On pourrait peut-être traduire « vide » par « solitude ». La capacité à être bien avec son silence, avec l’incertitude, avec le chaos des relations humaines, je crois que c’est quelque chose qui s’acquiert durant l’enfance, en étant un peu seul, en s’ennuyant, en désirant. Je crains que nos enfants ne s’ennuient pas assez, pris dans la névrose de nos « maternités-de-performance » (terme brillamment utilisé par Fanny Britt dans « Les tranchées » et quel beau livre, soit dit en passant!).

Il y a eu un moment où dans ma maternité, un aspect plus sauvage a pris le dessus. Les mots d’humains à qui j’attribuais de la sagesse, lus et entendus, se sont réunis dans mon esprit et ont fait vibrer quelque chose de très puissant à l’intérieur. S’ennuyer, c’est peut-être le malaise, la porte qui s’ouvre sur le désir (dans son aspect « vouloir »), la débrouillardise et la créativité. Être seul, c’est peut-être l’espace qu’on sent vide avant de le remplir par soi. Ne rien faire, c’est peut-être instaurer un rythme d’excursion-incursion entre les mondes extérieurs et le monde intérieur.

Je vote donc pour un ennui savamment prévu dans l’horaire. Un ennui qu’on donne à l’enfant comme un cadeau, avec compassion, pour qu’il le façonne à son goût et qu’il ait la chance de relever ce défi, même si ça le rend un peu anxieux, même si ça le met en colère, même s’il se sent subjectivement rejeté ou abandonné. Il survivra.

Est-ce que ce n’est pas rendre service à nos petits que de ménager un espace pour apprendre à surmonter la peur du vide?

dimanche 5 janvier 2014

Un bilan

Voici maintenant une année complète que mon ex m’a avoué qu’il « fréquentait » l’autre "officiellement". Nous nous étions séparés en septembre. L'entente était de réfléchir pendant 3 mois à l’évolution de cette relation, chacun pour soi. Entre temps, elle s’est pris un appartement début décembre et un mois plus tard, ils étaient « ensemble ». Définir "ensemble", c’est obscur et complexe (surtout que je ne veux pas le savoir), mais bon, ils ne se sont plus lâchés.

Une année pour m’extirper avec peine d’une peau devenue trop étroite dans laquelle j’étouffais. J’étais coincée dans la prison que j’avais moi-même construite, à répondre à des obligations auto-créées sur des modèles de mère-toujours-disponible-et-aimante, de blonde-toujours-disponible-et-aimante. J’ai mis une virgule comme s’il y avait une suite à cette énumération d’idéal, mais entre ces deux rôles-là, il ne restait plus d’énergie pour rien d’autre. Plus une goutte! :)

D’où tenons-nous cette idée absurde qu’une fois que les enfants naissent, la suite logique est d’accumuler des photos de bonheur et les beaux moments en famille? Combien d'entre vous postent des photos de famille parfaite sur Facebook mais gardent le silence sur les moments de doute et de crise? Nous rendons-nous compte qu'en faisant cela, on intensifie le malaise et la solitude, car ça donne l'impression qu'on est le seul à aller mal quand ça va mal? Quelle peur du chaos nous amène à faire ce que j’ai fait : me couper de mon instinct et couper le contact vrai avec celui que j’aimais pour lui imposer mon idéal et essayer de le modeler à cette image? Pas consciemment, bien sûr. Pas du tout, même. Je le vois bien, maintenant. Je n’étais pas vraie avec lui, j’étais trop occupée à nourrir à une illusion de stabilité, dans une peur panique du chaos et de la noirceur, la sienne et la mienne…

Dans mon jardin, j’ai tout délaissé sauf une fleur prénommée David et je l’ai gavée. J’ai tout misé sur cette unique floraison. Il n’avait jamais demandé autant d'engrais! Puis bien sûr, dans un élan de vengeance contre cet investissement qui n'a pas donné le retour escompté, j’ai passé une partie de l’année à arracher les racines et sarcler la terre pour effacer toute trace de sa présence. Je lui ai fait porter le chapeau du gros méchant. Ses choix me font encore mal, mais je ne le vois plus comme un monstre. Il était probablement perdu, pris au piège dans mes modèles imposés (en plus des siens!), tout autant que je l’étais…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de sauter en parachute et de plonger dans une mer chaude et houleuse. J’ai eu envie de nature, de précipices, d’air humide et chaud. Puis j’ai surtout ressenti de la joie, d’avoir vécu tout ça et de permettre à cette expérience de m’amener ailleurs, de briser mes moules et me permettre de redécouvrir une enivrante sensation de liberté.

Ma perception des relations humaines a changé. Je ne crois plus aux relations qui durent toujours. Juste le mot « toujours », ça me fait un peu sourire, considérant que nous allons tous mourir un jour. Je crois que la seule relation qui durera toujours, c’est celle qu’on a avec soi-même. Alors ça vaut peut-être la peine de se demander vers quoi nous pousse la haine de soi. UN seul « autre » ne pourra jamais, je souligne, gras et majuscules JAMAIS combler tous nos besoins. D’ailleurs, porter cet espoir, c’est peser sur cet autre.

Il y a des personnes significatives qui nous font sentir bien, qui nous bougent à l’intérieur, qui nous réconfortent ou nous confrontent de façon positive. Ces personnes arrivent, restent, partent, reviennent, repartent... Si la jeunesse m'amenait à m'accrocher à ces instants de vérité pour les appeler "toujours", je les accueille aujourd'hui comme de précieux cadeaux, insaisissables et merveilleux.

Si je peux me permettre un bilan de la période entre le 4 janvier 2013 et le 5 janvier 2014, il ressemblera à ça : prenons le temps de faire nos deuils, apprenons à nous pardonner d'être simplement humains, mais surtout, acceptons que tout comme nous menons notre bataille, l'autre mène la sienne aussi. Parfois, les chemins se séparent plus tôt qu'on l'aurait voulu. La stabilité, ce n'est pas la vie.

Bonne année tout le monde!

vendredi 3 janvier 2014

Une lecture inspirante

Je me laisse souvent inspirer et transporter par mes lectures. Il m’arrive de me laisser baigner dans l’ambiance d’une lecture pendant plusieurs mois, de me désorienter volontairement, histoire de faire de la place à de nouvelles façons de percevoir.

Je me suis fait un cadeau pour Noël : « Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Introduction à la Communication Non Violente », de Marshall B. Rosenberg. Depuis que j’avais entendu une collègue parler de la CNV, j’étais curieuse de m’instruire davantage, surtout que je sentais que ça pourrait devenir un outil précieux dans le cadre de mon travail.

C’est réussi. Je l’entame pour la deuxième fois et comme toujours, quand je cherche à m’améliorer comme intervenante, je grandis personnellement. En voici les grandes lignes pour partager ma réflexion.

Première « leçon » : observer sans juger.

Je prends deux secondes pour prononcer ces mots à voix haute et remarquer le calme que ça installe en moi.

Observer sans juger. Observer ce qui se passe à l’intérieur de soi, ce qui se passe entre l’autre et moi, ce qui se passe tout autour. Développer l’habitude de ne pas étiqueter tout de suite ce qui se passe. Se voir comme un aigle survolant la situation.

Deuxième leçon : comment je me sens? Aller voir quelles émotions se vivent en-dedans et les identifier.

Troisième leçon : quel est mon besoin?

C’est là que ça s’éclaircit… Des exemples : je me sens triste et frustrée parce que j’ai besoin de me sentir aimée et acceptée. Je me sens en colère parce que je ne me sens pas respectée ou prise au sérieux. Je me sens apaisée parce que la personne devant moi m’a spontanément donné un feedback positif et chaleureux, comblant ainsi mon besoin de reconnaissance.

Quatrième leçon : comment répondre à mon besoin?

On n’a pas de pouvoir sur les autres, mais on a le pouvoir de s’exprimer clairement. On a le pouvoir de nommer ce qu’on souhaite pour répondre à nos besoins. On a la capacité d'aller chercher dans la vie ce qui comblera nos besoins, plutôt que de rester fixés sur l'espoir de changer les autres.

Cela dit, ce livre part d’un point de vue théorique humaniste à inspiration "rogérienne" (Carl Rogers). Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un psychologue qui a apporté énormément à la psychologie contemporaine avec ses théories sur le pouvoir guérisseur de l’empathie, du non-jugement, de l’authenticité du thérapeute, ainsi que la qualité de la relation entre client et le thérapeute. Le fondement théorique de cette approche prend pour acquis que l’être humain est fondamentalement aimant et bienveillant.

C'est là que mon esprit critique s'invite au party...

J'avoue qu'en lisant, je me suis demandé ce qu’une personne avec un trouble de personnalité antisociale pourrait faire avec cela, je déménageais dans ma tête en imaginant le monologue suivant :

-      - J’observe que le gars devant moi m’a coupé dans une file d’attente
-      - Je me sens très fâché
-      - Mon besoin est un besoin de justice par rapport à la place que j'occupe dans le monde
-      - Pour répondre à mon besoin, je vais le jeter par terre et reprendre ma place

Bon ok. Moi, ça me fait rire.

J’ai parlé de trouble de personnalité, oups! Je vais tout de suite rectifier. Je crois que tous les ingrédients « humains » sont en chacun de nous et que nous pouvons tous dérailler à un moment ou un autre. Tous. C'est une question d’équilibre et de déséquilibre, subjectif ou objectif, souffrant pour soi et/ou pour les autres. J’haïs les diagnostics en santé mentale. J’haïs cette manie des milieux d’intervention de classer les gens en catégories, rassurantes pour eux mais pas vraiment utiles pour les clients.

Il reste que je ne suis pas sûre que tous les êtres humains soient fondamentalement bienveillants et aimants.

Et vous, vous en pensez quoi?

À suivre...