Suite à une
discussion au sujet des activités parascolaires de mon aîné avec le père-de-mes-enfants, j’ai réalisé que je ressentais un vague malaise, difficile à identifier.
Peut-être que j’étais surprise de l’initiative de monsieur et de son désir d’occuper
notre fils, qui vient juste de commencer la maternelle! Monsieur-le-père voulait
inscrire fils à deux activités du service de garde. J’ai argumenté pour une seule activité. Mon malaise s’est installé, vague, ouaté, devant le mot "dommage" utilisé par mon ex…
Il est possible
que je me sois sentie subtilement jugée par cette « autre moitié parentale » (merci Geneviève L.) pour avoir récemment ré-enligné ma façon d’être mère. Est-ce la voix du doute
en moi-même ou une perception fondée? Je ne sais pas. Je ne vérifierai pas.
Dans les derniers
24 mois, entre la peine d’amour et l’arrivée du deuxième enfant, j’ai dû me
rendre à l’évidence que la mère que je voulais être répondait bien plus à mes
propres besoins qu’à ceux de mes enfants. En fait, je suis heureuse de cet
ajustement à la réalité, car mon aîné, avant la tempête, était un enfant gavé,
occupé, regardé, aimé, (sur)protégé. Il avait peu d’espace pour désirer, pour s’exprimer,
pour s’ennuyer. Il y a bien eu des moments où, exaspérée et vidée, je l’ai
laissé tourner en rond un peu. Bien sûr, il exprimait sa frustration et sa
déception de se retrouver seul. Parfois, la culpabilité me ramenait à lui. D’autres
fois, je tenais mon bout, accrochée à mon café et mon écran tout en respirant
pour rester centrée. J’étais toujours surprise du silence qui s’installait
après les protestations. Une fois le café bu et à jour sur toutes les insignifiances des
réseaux sociaux, j’allais chercher mon fils pour le trouver parmi
ses petites voitures, en train de construire un monde tout en parlant seul. Je
reculais à petits pas silencieux, le laissant dans son monde, soulagée de sa
capacité à être seul tout en étant avec moi.
J’ai déjà parlé de
la peur du vide. Il semble que ce soit une des grandes afflictions de notre
temps. Nous avons peur du vide, alors nous le remplissons de projets. Nous
courons, courons, courons, nous épuisons, nous rendons même malades, pour fuir
le vide. Je dis « nous » de façon très générale, d’accord? On
pourrait peut-être traduire « vide » par « solitude ». La
capacité à être bien avec son silence, avec l’incertitude, avec le chaos des
relations humaines, je crois que c’est quelque chose qui s’acquiert durant l’enfance,
en étant un peu seul, en s’ennuyant, en désirant. Je crains que nos enfants ne
s’ennuient pas assez, pris dans la névrose de nos « maternités-de-performance »
(terme brillamment utilisé par Fanny Britt dans « Les tranchées » et quel beau livre, soit dit en passant!).
Il y a eu un
moment où dans ma maternité, un aspect plus sauvage a pris le dessus. Les mots
d’humains à qui j’attribuais de la sagesse, lus et entendus, se sont réunis
dans mon esprit et ont fait vibrer quelque chose de très puissant à l’intérieur.
S’ennuyer, c’est peut-être le malaise, la porte qui s’ouvre sur le désir (dans
son aspect « vouloir »), la débrouillardise et la créativité. Être
seul, c’est peut-être l’espace qu’on sent vide avant de le remplir par soi. Ne
rien faire, c’est peut-être instaurer un rythme d’excursion-incursion entre les
mondes extérieurs et le monde intérieur.
Je vote donc pour
un ennui savamment prévu dans l’horaire. Un ennui qu’on donne à l’enfant comme
un cadeau, avec compassion, pour qu’il le façonne à son goût et qu’il ait la
chance de relever ce défi, même si ça le rend un peu anxieux, même si ça le met
en colère, même s’il se sent subjectivement rejeté ou abandonné. Il survivra.
Est-ce que ce n’est
pas rendre service à nos petits que de ménager un espace pour apprendre à surmonter la peur du vide?
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