mercredi 27 août 2014

Le contenant

L’amertume est née dans un grand cri de colère, par une journée grise et froide. Elle s’est accrochée au sein de la déception, buvant toute son essence. Elle est devenue bouillante et indomptable, s’agitant dès que l’ex est présent. Elle prend de l'ampleur chaque fois qu’un des petits pleure la perte de papa, de maman, pour une semaine. Elle devient violente chaque fois que la réalité de l’autre côté du mur est dévoilée. Elle murmure à son contenant d’aller s’autodétruire pour apaiser la pulsion de destruction. Elle reconnaît sa pareille en chacun qui la porte. Parfois, presque de bonne foi, elle prête ses talents à la lucidité, pour mieux envier ceux qui vont bien.

Pas très loin, la lumière persiste. Elle observe sans trop s’engager, conservant ainsi ses forces. En utilisant des passages secrets, elle réussit à communiquer son souffle de guérison. Pas folle, elle se retire pour faire croire à l’amertume que le pouvoir lui appartient, mais continue en sourdine son travail de reconstruction. Tout doucement, elle se lie aussi avec la lucidité. Ainsi, elle peut faire voir les belles personnes et les occasions de réparation, sans rien prendre pour acquis. La lumière sait s’arrêter sur les âmes vraies, les âmes belles, les âmes justes.

Au-delà de tout ça, moi. Je suis qui, moi? Un contenant pour du contenu? Des os. Des viscères. Des muscles. Des émotions. Une pensée. Un langage. Quelle importance?

Amertume, tu m’embêtes. Vraiment.

vendredi 8 août 2014

Retour du guerrier

Il y a des bombardements en Palestine. Des génocides dont nous n’avons pas connaissance. Toutes sortes de choses horribles qui déchirent. L’humain dans son pire aspect. Ça fait sentir mal d’écrire quand je souffre, car je sais que mon petit poison intérieur n’est pas comparable avec les déchirements, les guerres et les génocides. Et pourtant, je continue à aligner des mots dans un élan de guérison. Des mots pour ne pas développer des maux. Des mots qui libèrent. Qui sortent et font croire un court instant que je ne suis pas si seule. Parce que certains soirs (ce soir), le seul fait mal. Genre quand tu dois laisser tes enfants à ton ex de retour d’Europe et qui-ne-te-manquait-pas-du-tout. Surtout quand tu viens de passer plus de 3 semaines en tête-à-tête avec ton plus jeune et que tu as adoré ça...

Ça m’a fait du bien, cette pause de réalité de lui-avec-elle(-et-ses-enfants). Quand tu n’as pas d’enfants, tu peux te séparer et ne plus avoir accès à la réalité de l’autre. Ça te laisse TOUT L’ESPACE NÉCESSAIRE pour GUÉRIR et passer à autre chose. Mais quand il y a des enfants, on n’a pas le choix de côtoyer la blessure. Comme un poison qui s’infiltre et revient activer le bobo, le pas-beau, la menace sur l’amour-propre. Fils aîné, de retour de France, ne perd pas une occasion de mentionner ces personnes et je ne peux juste pas faire semblant, faire comme si ça m’était égal. La mort dans l’âme, littéralement, j’entends les mots qui sortent de ma bouche et je n’y peux rien. Je lui dis que lui, mon fils, il m’intéresse et il m’intéressera toujours, mais que ces autres dont il me parle, je ne veux pas savoir, ça ne m’intéresse pas.

J’ai des élans de vie qui me poussent à m’activer vers autre chose. J’hésite. Je fantasme sur de l’impossible en connaissance de cause, puisque ce n’est pas impliquant, ni menaçant. Je ne me commets pas. Si je vois du désir et de l’intérêt dans le regard d’un homme, je m’arrête là, c’est tout ce dont j’ai besoin. Ça répare, doucement, tranquillement. La blessure du pourquoi-elle-et-pas-moi.

J’essaie vraiment fort d’arrêter de nourrir le passé. J’ai peur. Je m’ouvre. Me referme. Ça fait deux ans et je suis découragée, je voudrais que mon fils se taise. Je voudrais que mes enfants soient avec moi à plein temps. Je voudrais ne pas avoir dans la face cette foutue relation du père-avec-madame-chose, ne pas avoir à me demander ce qui cloche chez moi pour que ça n’ait pas marché. Je voudrais ne pas le côtoyer, lui, jamais. Avoir plus que 3 semaines par année de paix. Avoir toujours la paix.

Ça allait bien. Il est revenu. L’ombre est revenue. La lourdeur est revenue.

J’ai envie de hurler SUCK IT UP BITCH, LIVE YOUR LIFE, DO WHAT YOU NEED TO DO. Ça pince encore. Beaucoup moins qu’avant, quand même, mais ça pince encore. Il m’arrive de souhaiter que la vie soit un grand tableau où on peut effacer, puis recommencer.

Dammit.

samedi 2 août 2014

Le chaos

Quand on a des enfants, on apprend à faire avec. Faire avec l’imprévisibilité du sommeil des petits. Faire avec les crises et les récriminations. Faire avec la sensation d’être dépassé. Faire avec l’ambivalence, l’amour, la haine, le don de soi, l’envie qu'on nous foute la paix-une-fois-pour-toutes! Il m’arrive de me demander où est la personne que je connaissais, ce moi qui était un peu cristallisé, qui aimait sa discipline en danse, ses sorties, sa méditation, ses rencontres, ses beuveries et ses voyages. Il n’en reste plus grand-chose et pourtant, le noyau reste le même, avec ajouts. Je ne me sens pas si différente, juste plus pleine, plus occupée, plus souvent dans le doute.

Avoir des enfants, pour moi, c’est ouvrir une porte sur le chaos. C’est renoncer à tout contrôler. C’est me retrouver dans une pièce et me demander pourquoi je suis là parce que j'ai oublié ce que je venais chercher, c'est planer de bonheur quand j'arrive à faire 3 choses sur 10 de ma check-list quotidienne, c'est savourer le fait d'être à peu près coiffée... C’est aussi goûter à des petits miracles tout simples, genre le petit qui vient se faufiler dans mon lit la nuit et qui glisse sa petite main douce dans la mienne en soupirant d’aise, ou encore le grand qui fait preuve d’une belle empathie pour un autre enfant au parc et qui me remplit de bonheur et de fierté. C’est aussi réprimer mon agressivité quand le petit décide qu’il veut tout décider et qu’il me met en retard au boulot, ou encore tolérer les piques du plus vieux quand il n’a pas ce qu’il veut…

C'est accepter la solitude qu'on peut ressentir quand l'entourage ne reçoit pas l'épuisement exprimé et propose des "trucs infaillibles". C'est faire avec le jugement des autres, le regard des autres parents, les valeurs qui s'entrechoquent. Mes enfants ne sont pas un dossier, ni un problème à régler et parfois, il n'y a pas de "solution". Mes enfants vont bien.

C’est un cadeau, ce chaos. J’avoue que j’ai mis plusieurs années à m’y adapter. J’avais l’air d’aimer ça? Je SURVIVAIS :-) Ça transforme, d’avoir d'autres-que-soi à qui penser et dont on est responsable. Le focus change et ça ne se fait pas sans perdre quelque chose, gagner autre chose. Perdre l’illusion du contrôle de sa gestion du temps, surtout. Y a rien comme une gastro de bébé pour rappeler que l’imprévisible est entré dans ta vie!

Mine de rien, tranquillement, on s’adapte et on fait avec. On gagne un beau détachement, un genre de maturité. On a compris qu’on n’a rien compris. On a compris que l’élément chaotique et imprévisible dans l’humain se trouve dans son enfant aussi. On a compris la limite de son pouvoir, à force d’épisodes de siestes ratées, de flaques de pipi au sol et autres joies du parent-âge…

J’ai surtout compris, finalement, que mon nombril n’est pas la mesure de tout. Une naissance, ça te bousille le nombrilisme (et le nombril, dans mon cas)!

Ça m’oblige à constater toute l’ampleur de mon humanité imparfaite, de ma vérité et de comment je répare quand je heurte. Ben oui, des fois je réagis trop vite trop fort ou je leur parle trop grand et ils ne comprennent pas. Je fais des retours, j’ajuste.

Je fais de mon mieux.

Chu fatiguée…