samedi 2 août 2014

Le chaos

Quand on a des enfants, on apprend à faire avec. Faire avec l’imprévisibilité du sommeil des petits. Faire avec les crises et les récriminations. Faire avec la sensation d’être dépassé. Faire avec l’ambivalence, l’amour, la haine, le don de soi, l’envie qu'on nous foute la paix-une-fois-pour-toutes! Il m’arrive de me demander où est la personne que je connaissais, ce moi qui était un peu cristallisé, qui aimait sa discipline en danse, ses sorties, sa méditation, ses rencontres, ses beuveries et ses voyages. Il n’en reste plus grand-chose et pourtant, le noyau reste le même, avec ajouts. Je ne me sens pas si différente, juste plus pleine, plus occupée, plus souvent dans le doute.

Avoir des enfants, pour moi, c’est ouvrir une porte sur le chaos. C’est renoncer à tout contrôler. C’est me retrouver dans une pièce et me demander pourquoi je suis là parce que j'ai oublié ce que je venais chercher, c'est planer de bonheur quand j'arrive à faire 3 choses sur 10 de ma check-list quotidienne, c'est savourer le fait d'être à peu près coiffée... C’est aussi goûter à des petits miracles tout simples, genre le petit qui vient se faufiler dans mon lit la nuit et qui glisse sa petite main douce dans la mienne en soupirant d’aise, ou encore le grand qui fait preuve d’une belle empathie pour un autre enfant au parc et qui me remplit de bonheur et de fierté. C’est aussi réprimer mon agressivité quand le petit décide qu’il veut tout décider et qu’il me met en retard au boulot, ou encore tolérer les piques du plus vieux quand il n’a pas ce qu’il veut…

C'est accepter la solitude qu'on peut ressentir quand l'entourage ne reçoit pas l'épuisement exprimé et propose des "trucs infaillibles". C'est faire avec le jugement des autres, le regard des autres parents, les valeurs qui s'entrechoquent. Mes enfants ne sont pas un dossier, ni un problème à régler et parfois, il n'y a pas de "solution". Mes enfants vont bien.

C’est un cadeau, ce chaos. J’avoue que j’ai mis plusieurs années à m’y adapter. J’avais l’air d’aimer ça? Je SURVIVAIS :-) Ça transforme, d’avoir d'autres-que-soi à qui penser et dont on est responsable. Le focus change et ça ne se fait pas sans perdre quelque chose, gagner autre chose. Perdre l’illusion du contrôle de sa gestion du temps, surtout. Y a rien comme une gastro de bébé pour rappeler que l’imprévisible est entré dans ta vie!

Mine de rien, tranquillement, on s’adapte et on fait avec. On gagne un beau détachement, un genre de maturité. On a compris qu’on n’a rien compris. On a compris que l’élément chaotique et imprévisible dans l’humain se trouve dans son enfant aussi. On a compris la limite de son pouvoir, à force d’épisodes de siestes ratées, de flaques de pipi au sol et autres joies du parent-âge…

J’ai surtout compris, finalement, que mon nombril n’est pas la mesure de tout. Une naissance, ça te bousille le nombrilisme (et le nombril, dans mon cas)!

Ça m’oblige à constater toute l’ampleur de mon humanité imparfaite, de ma vérité et de comment je répare quand je heurte. Ben oui, des fois je réagis trop vite trop fort ou je leur parle trop grand et ils ne comprennent pas. Je fais des retours, j’ajuste.

Je fais de mon mieux.

Chu fatiguée…

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