jeudi 28 novembre 2013

La colère des autres

Comme intervenante, une des situations les plus inconfortables pour moi, c'est de recevoir la colère des autres. Je ne parle pas d'une colère dirigée sur moi dans mon cadre professionnel, car elle est rarissime. Je parle de la colère liée à la problématique du client. Une colère souvent justifiée, une colère noire, une coulée de lave... Cette coulée de lave, à mesure que la colère s'exprime, on peut presque la voir jaillir et déborder, se frayer un chemin vers soi et du coup, on se met à vouloir éviter d'être touché, blessé par ce feu liquide. C'est fou comme parfois, un mélange de colère et d'amertume dans des situations réellement lourdes et difficiles, ça me donne envie de fuir. Comme si j'avais envie de dire "oui, c'est difficile ce que vous vivez et oui, votre colère est légitime, mais ne débordez pas sur moi, j'ai pas envie, je ne me sens pas capable de la contenir pour vous". C'est un drôle de truc, la colère. Certains disent qu'elle est une réaction à un sentiment d'injustice. D'autres diront qu'elle est l'écran qui masque la détresse. C'est probablement un peu tout ça, et plus encore.

Le défi, arriver à travailler avec cette colère, lui donner une juste place dans le processus de changement, quel qu'il soit. Comment faire pour ne pas se brûler? Comment apaiser ce feu? Comment transformer tout cela en quelque chose de mouvant et créatif?

Personne n'est à l'abri de traverser une période volcanique un jour ou l'autre.

Je nous souhaite donc à tous de rencontrer le phénix en soi-même.



lundi 25 novembre 2013

La toxicité

Samedi matin, je me suis extirpée d'un rêve des plus étranges, mais qui parle depuis mes abysses. Dans ce rêve, je suis assise dans un camion-remorque, à côté d’un chauffeur bourru aux cheveux blancs. Nous sommes sur une autoroute qui ressemble à la 40, mais elle a plusieurs étages superposés. Il passe d’une voie à l’autre et d’un étage à l’autre, mais il n’y a pas de mur entre un niveau et l’autre, alors le camion vole littéralement de haut en bas et un peu apeurée, j’admire l’habileté du chauffeur. En arrivant à ce qui ressemble à la jonction de la 40 et de la 15, il me dit qu’il ne pourra pas me laisser où je le veux, mais qu’il peut me rapprocher, en me laissant à Pointe-Claire.

Pointe. Claire.

Voyez-vous, mon père est venu souper vendredi soir. Il se fait vieux et même si notre relation est bourrée de mines enfouies, j’avais envie de partager un bon moment avec lui. Quiconque connaît mon père sait que cet espoir est sujet à désillusion sans préavis. Il venait à peine de débarquer qu’il nous reprochait déjà, à ma sœur et à moi, de ne pas donner de nouvelles. Pas directement, bien sûr, juste en disant qu’il avait passé 20 ans à ne pas donner de nouvelles à sa mère qui était en Bosnie et que maintenant, il comprend ce qu’il lui a fait vivre.

Pointe. Claire.

Il comprend, nous sommes occupées avec nos enfants, lui aussi, il était occupé à nous élever (ma sœur lève un sourcil, je la sens prête à charger, elle respire, se contient, fiou…). Il parle de la mort, il pleure en regardant nos enfants. Les attrape par le bras pour les couvrir de bisous sans se soucier de leur espace et du fait qu’ils soient plutôt effrayés par ce grand-papa bosniaque qui lève le ton facilement et qui prend de la place. Il est là, avec sa lourdeur, ses inquiétudes toujours plus envahissantes avec le temps, sa paranoïa. Là où il n'a pas l'information, il emplit le vide avec son imaginaire débordant (souffrant), nous soupçonne toujours du pire, prêche du faux pour savoir du vrai, essaie d'isoler pour mieux régner...

Je suis déçue. Curieusement, le papa de mon enfance me manque, mais je réalise que je l’ai en partie inventé. J’ai succombé au charme des paroles et je n’ai pas enregistré les comportements. Mon père dit « je t’aime », puis t’étiquette violemment avec toutes sortes de mots en arrivant à des conclusions rapides et impulsives. Par exemple, vers 21h vendredi, il voulait parler avec mon fils de 5 ans. Le petit avait sa semaine dans le corps, ses paupières étaient lourdes et son petit corps s’agitait de surexcitation. Il répondait du bout des lèvres à ce grand-père qu'il connaît peu et dont il se méfie. Après 2 phrases, mon père s’est exclamé « mais il a de la misère à se concentrer, ce petit! ». Ainsi va mon père qui va, ah.

Toxique. Pas besoin d’être Freud pour comprendre la dénivellation de l’autoroute et le fait que le camion va vers le bas, ni la lourdeur du camion. En plus, le chauffeur a les cheveux blancs! Je voulais partager un beau moment en famille et mes attentes ont été déçues. Mon fantasme de famille heureuse a dévié, je suis tombée d’un étage et il a pris le contrôle de la soirée, avec ses angoisses, ses récriminations, ses accusations, sa réalité déformée. Déçue. Déçue. Déçue.

Ça me fait revisiter mon enfance lorsque je le vois interagir avec nos enfants. Cet homme parle d’amour, mais a échoué à nous protéger, nous éduquer, nous encadrer. Il disait « je t’aime », mais quand il était dépassé, il frappait, nous frappait avec tout ce qui lui tombait sous la main, quand il n’était pas en train de nous rabaisser et nous traiter de tous les noms. C’était le seul père que j’avais, alors j’ai trouvé des façons d’éviter les coups, en mûrissant très vite pour porter ses fardeaux avec lui. Porter ses fardeaux pour lui. C'est ainsi que j'ai appris à aimer. Ça m'a coûté très cher et j'apprends encore aujourd'hui à me repérer dans ces dynamiques malsaines. Heureusement, on peut s'en sortir.

Vieille cicatrice. J’essaie, j’entends bien sa détresse et je suis consciente de sa mort qui approche, mais je n’y arrive pas. Ma perception actuelle, c'est qu'il va toujours chercher quelqu’un pour porter ses fardeaux et devant l'échec de sa tentative de déchargement, il attaquera, soupçonnera, détruira. Encore et encore.

Je ne peux plus me proposer comme copilote de son camion, ce ne serait que cheminer vers une pointe claire. Me soumettre à une morsure à peine déguisée, qui hurle sa déception devant la réalité de tout parent : ton enfant n'existe pas pour toi, il n'est pas là pour réussir là où tu as échoué, il peut te respecter et t'être loyal, mais ce n'est pas et CE NE SERA JAMAIS SA JOB de t'aimer et de te réparer.

Quand c'est l'enfant qui prend soin de l'enfant dans le parent, l'indice de toxicité peut monter si haut que l'enfant devenu adulte pourrait ne jamais vouloir être en contact investi avec ce parent, même quand la mort rôde.

jeudi 21 novembre 2013

Se réveiller de l'amour

Ça me fait bizarre, le désamour. Durant des mois, des années, on se garde amoureux en dirigeant délibérément le focus sur le beau, le potentiel, les aspects positifs de la relation. Quand on bascule de l’autre côté après une rupture, on regarde cet autre pour qui on aurait tout donné et on se demande vraiment ce qu’on faisait là. L’idée de revenir sur nos pas est absolument impossible à envisager. On a basculé de l’autre côté. Si ça s’est terminé, c’est probablement parce que ça ne marchait pas, même quand on s’est battu à mort pour maintenir son illusion... On peut bien revisiter la relation de toutes les façons possibles, il restera des nœuds, des incompréhensions, des désaccords. Ces nœuds étaient déjà présents, mais on les ignorait. Ces incompréhensions ne s'éclairciront probablement jamais. De deux côtés, des frustrations. Maintenant, en tant que parents, essayer d’enlever ça du chemin pour faire équipe malgré tout, oufff. Pas simple. Ni facile. Il suffit d’une remarque, d’une attitude équivoque, d’un mot de trop pour rapidement se voir replonger dans la justification, la clarification, la tentative de résoudre de vieilles batailles… Et frapper le même mur! Des deux côtés. On vient à en avoir ras-le-bol des meurtrissures qu'on s'inflige sans arrêt!

Tranquillement, un jour à la fois, apprendre à vivre avec l’idée que ça ne se réglera plus et qu’il vaut mieux ne pas alimenter son besoin d’être reconnu ou accepté ou même aimé par cette personne-là. Apprendre à ne plus s’identifier au miroir de déception mutuelle qu’on se renvoie l’un l’autre. Le couvrir d’un tissu noir et poursuivre sa route.

Chercher les miroirs qui nous font du bien, qui nous inspirent et nous donnent envie de vivre. Oui, c’est ça : vivre. Pas vivoter en traînant sa carcasse entre un drame et un autre, non. VIVRE. Remarquer que Jupiter brille dans le ciel ces temps-ci, juste un peu en bas à gauche de la lune. Sentir la morsure froide de novembre et l’aimer.

Aimer sa solitude, car elle est ronde et pleine.

dimanche 17 novembre 2013

Le boulot du ciboulot

J’ai un travail qui me passionne, je suis intervenante.

Ça fait quoi, une intervenante?

De l'extérieur : écouter, valider, prendre au sérieux, intervenir en cas d'urgence, référer, guider, informer...

De l'intérieur, c’est plutôt complexe à définir.  Une aventure chaotique dans les états psychiques des autres? Une remise en question constante? Ça oui. Un voyage dans leur façon de percevoir. Aussi, une confrontation avec moi-même, avec mes limites et mes valeurs… Il ne faut pas avoir peur du noir pour faire ce travail, en tout cas. Je prête mon ressenti et ma machine à penser à des gens dans une situation de déséquilibre. Je suis un écho, un miroir, un porte-lumière, un point d’interrogation. J’adore ça.

Depuis que je fais ce travail, j’ai le privilège de côtoyer des personnes sensibles et empathiques. Depuis que je fais ce travail, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place. J’ai découvert le plaisir de la collaboration, du partage d’expertise et de l'absence d'un ego défensif. Mes collègues et ami(e)s intervenant(e)s ont tous une sensibilité hors du commun. Je me suis souvent fait la réflexion que cette sensibilité tire sa source dans la conscience de ses failles et blessures, mais aussi dans la capacité de se remettre en question. J’ai souvent constaté que ceux qui ont plongé dans leurs zones abyssales en sont revenus avec une mouvance psychique remarquable. Quoique. Pas besoin d’être intervenant pour ça : il suffit d’avoir accepté de lever certains voiles et regarder bien en face des côtés hideux et sanglants de sa propre histoire, puis de les reconnaître comme faisant partie de soi. Simple à dire comme ça, mais pas du tout facile.

Ça fait maintenant 7 ans que j’ai abandonné mes souliers de danse pour étudier en psychologie et ensuite travailler en relation d’aide. Je ne savais pas, en entrant dans cette voie, que ce travail allait me transformer à un point tel que j’aurais du mal à m’identifier à l’amoureuse-de-la-scène que j’ai été. Je m’attendais encore moins à toute la remise en question de mes rôles auprès de mon entourage. Avoir une sensibilité pour accueillir les autres et se servir de celle-ci pour entrer en relation, ça me crée parfois un déséquilibre entre ce que je donne de moi, ce que je garde pour moi et ce que je reçois. Ça soulève même l’épineuse question de pourquoi je donne. Oui, on peut valoriser le don, mais pas à tout prix et pas avec n’importe qui (dans la vie personnelle, je veux dire).

L’empathie, ça s’use. Quand c'est le premier outil avec lequel tu travailles, tu te retrouves parfois à ne plus pouvoir en donner une fois que la journée est terminée. Ma capacité à situer la détresse pour encaisser certains comportements inadéquats, c’est utile chaque jour au travail. Une fois sortie de là, je n’ai plus envie de comprendre le comment du pourquoi des comportements qui me heurtent dans certaines relations. D'une façon surprenante, mon travail me permet d'exploiter ma sensibilité et me redonne ma liberté de mouvement dans ma vie, puisque je ne ressens plus le besoin de soigner ceux que j'aime. Je suis libre.

Puis j’ai juste envie de m’amuser, bon.

mardi 12 novembre 2013

La vie de parent...

Nous vivons dans un drôle de monde, je trouve. Un monde où on se regarde beaucoup le nombril. Un monde où on cultive une certaine illusion de la certitude. Pire, un monde où l’on croit pouvoir isoler l’élément humain, en tirer des données « scientifiquement vérifiées » pour proposer des solutions-recettes aux problèmes que nous rencontrons sur la route. C'est remarquable lorsque vient le moment de devenir parent. Il faut voir la quantité de livres, d’articles, de « spécialistes » sur internet en ce qui concerne l’alimentation, les méthodes d’éducation, les moyens "infaillibles" pour que bébé fasse ses nuits, les diagnostics qui arrivent de plus en plus tôt dans la vie des enfants, la médication, la vaccination, etc. Il n’est pas surprenant de constater le niveau d’anxiété élevé des nouveaux parents et la culpabilité intense qu’ils ressentent en réalisant qu’être parent, ce n'est pas toujours plaisant, c’est un grand défi et même, une épreuve. La recette-lue-dans-un-article-scientifique ne marche pas toujours, parce que la recette ne tient pas compte de l’unicité de l’enfant et du dialogue psychique entre celui-ci et son parent. Bah oui, c’est dur parfois d'être parent. Pour ma part, j’avoue qu’il y a des jours où malgré tout l’amour du monde, je préférerais être tranquille sur une plage, ou partout ailleurs que là, avec mes petits…

Il faut voir la quantité de gens qui s’attroupent autour d’une nouvelle naissance pour dire à la maman quoi faire, comment le faire, l’étouffant de conseils souvent contradictoires, chacun portant l’effigie de sa génération. Si seulement ils pouvaient juste se taire et entourer la maman dans ces fragiles semaines qui suivent la naissance d'un enfant, surtout le premier. Comme dit Clarissa Pinkola Estés dans "Femmes qui courent avec les loups" : une mère a besoin d'être maternée.

Il m’arrive de penser que seuls les parents peuvent comprendre l’intense ambivalence des émotions que nous font vivre nos enfants. De l’amour, ça oui. De la haine aussi. De la tristesse. De la colère. De la surprise. De la joie, plein de joie. Enfant, je t’aime donc je te frustre. Si tu n'as pas faim, je ne te servirai pas de suce, désolée. Enfant, je t’aime, donc je te fais vivre des épreuves pour te préparer à la vraie vie, avec la plus grande compassion. Si je te laisse parfois seul alors que tu veux jouer avec moi, c’est pour t’aider à développer ta créativité et ta débrouillardise. Si je te dis non lorsque tu veux toujours manger la même chose, c’est pour t’initier à la diversité. Il y a des endroits pour crier. Il y a des endroits pour courir et sauter. L’escalier n’est pas un espace de jeu. Ouf, c’est fatigant tout ça. Répéter jour après jour après jour après jour. Puis un jour, c’est intégré et on se met à pérorer une autre règle, que l’enfant est assez mature pour intégrer. Puis on la répète jour après jour après jour après jour.
  
Il m’arrive de fantasmer qu’ils aient déjà tout compris pour que je puisse me reposer en leur compagnie. Ha ha! On peut toujours rêver… Peut-être que j’aurai un discours différent quand ils seront plus grands…

Pour l’instant, je vais aller lisser mes plumes multicolores...

mardi 5 novembre 2013

Les malentendus de langage entre les adultes et les enfants

Je ne me souviens plus du nom d’un collaborateur de Freud qui avait travaillé sur les malentendus entre le langage des adultes et celui des enfants. Ah merci Google! C’était Ferenczi. Françoise Dolto a repris et très bien étudié ce phénomène. Elle en donne des exemples surprenants dans « Tout est langage » et dans ses cas cliniques dans « L’image inconsciente du corps ».

Hier, mon petit bonhomme de 5 ans a vécu un épisode à l’école qui aurait pu mal tourner, si on n’avait pas récupéré la situation, sa professeure et moi.

J’étais au boulot quand mon cellulaire a sonné. Le responsable du service de garde me demandait de venir chercher mon fils, qui apparemment pleurait beaucoup et se plaignait d’un mal de gorge. Alarmée, j’ai appelé son père pour savoir s’il était malade en matinée et selon lui, il n’y avait aucun signe de virus à son arrivée à l’école. Mes antennes de maman étaient activées, je me doutais bien qu’il se passait quelque chose et je sais que mon coco a tendance à se trouver des bobos pour exprimer ses malaises ou se sauver de certaines conséquences…

En arrivant, j’ai trouvé un petit bonhomme remué, mais pas malade. J’ai demandé à la dame du service de garde s’il avait eu un conflit avec quelqu’un. Elle m’a dit qu’il avait refusé de faire une tâche assignée par la professeure. En l’interrogeant lui, il m’a dit qu’elle lui avait demandé de dessiner une école et que c’était trop difficile pour lui (en effet, mon fils n’aime pas trop dessiner). Tout de même, j’étais étonnée que ça ait pris une tournure aussi dramatique. En expliquant à mon garçon qu’il aurait pu essayer, il me répond : « mais madame S… m’a dit qu’il fallait que ce soit parfait. »

Du coup, j’ai compris que mon coco avait été dépassé par la tâche et qu’il s’est senti impuissant et peut-être sous pression, il a craqué. Il a prétexté un mal de gorge et comme la professeure n’était pas dupe, elle lui a donné une petite conséquence et il s’est mis à pleurer, tout décomposé. C’est là qu’ils m’ont appelée.

Nous avons dîné ensemble et je lui ai demandé de me dessiner une école avant le repos, en lui donnant quelques directives pour l’aider. Il l’a fait sans rechigner. Le téléphone a sonné et j’ai pu parler de la situation avec sa prof. Tout s’est éclairci, lorsqu’elle lui a demandé de faire son dessin, elle lui a demandé de « faire de son mieux », il a compris : « ça doit être parfait ». Voilà le malentendu.

C’est fou, hein?

Et voilà que je me retrouve à expliquer à mon fils que Madame S… voulait dire une chose et que lui, il a entendu autre chose. J’ai pataugé pour trouver des mots simples et justes, qu’il comprendrait, et à mesure que je parlais, j’ai pu voir le soulagement et la joie fleurir sur son beau visage.

Il y a des moments comme ça où il fait bon être maman.



lundi 4 novembre 2013

La haine

C’est étrange la haine. Ça fluctue. Une marée haute, une marée basse… Depuis un an, je monte et descends au rythme de ces fluctuations. J’ai beau savoir que j'y suis pour quelque chose, que je nourris cet état, je n’y peux rien. Ma haine est proportionnelle à mon amour et mon amour est grand, loyal, fidèle, intense… Quand ça chavire, son opposée est tout aussi grande, loyale, fidèle et intense.

Si vous saviez ce que je donnerais pour être capable de desserrer la mâchoire. On me dit « change-toi les idées » « rencontre d’autres hommes » « amuse-toi ». Oui, oui, je fais tout ça. C'est bon, merci. On dirait qu’en donnant naissance à mes enfants, j’ai désappris la spontanéité. Avec des enfants, je suis devenue quelqu’un qui prévoit tout, même ses temps de plaisir. Arriver un soir libre et décider que c’est maintenant qu’il faut s’amuser, malheureusement, ça ne marche pas tout le temps.

Je vis avec cette haine comme un moteur infatigable activé par une pédale hyper performante. Ouin. Vous m’excuserez les métaphores automobiles, j’ai une relation quasi amoureuse avec ma voiture et comme l’obtention de mon permis est encore récente, je ronronne toujours en partant le moteur et en m’amenant là où JE le veux, quand JE le veux. Oh! Je vois « live », en écrivant, comment ma pensée arrive à lier haine, moteur, ronronnement. 

Moment de réflexion...

Il est possible, en effet, que je tire un bénéfice à haïr autant. Ça me permet de me tenir debout… Ne pas m’effondrer, les enfants ont besoin de moi. Ne pas quémander. Ne pas aller dans des aspects de moi-même qui fantasment un retour de son amour. C’est affreux, de savoir que l’autre est ailleurs depuis longtemps et de se surprendre à rêvasser à ce qui aurait pu être différent, si… et si… et si… Ma tête, mon cœur, deux vitesses. Aimer = richesse ou pathétisme? En tout cas, quand l’autre ne veut pas et que toi tu veux, c’est facile de verser dans le pathétisme. Voilà où la haine devient utile, elle permet de lever la tête durant la tempête et de la garder bien haute.

Lorsqu’elle ne sera plus utile, elle s’éteindra, tout doucement.

J’ai hâte. Si vous saviez. Si seulement.

samedi 2 novembre 2013

Ruminations nocturnes

J’ai hâte au jour où je repenserai à tout ça en me disant que c’était pour le mieux. Maintenant, quand j’y pense, c’est juste du flou, de l’incompréhension, de la tristesse, de la méfiance. Je vois un homme, "mon" homme, se laisser déstabiliser par une femme avec une santé mentale chancelante qui se la joue victime et dépressive, qui ment, qui fait des cachotteries pour éviter de tout perdre de tous bords tous côtés, qui se croit une belle personne, qui cherche à vivre l’amour avec mon ex tout en se gardant son ex-mari sous sa coupe malgré tout, lui laissant juste assez d’espoir pour qu’il ne puisse pas passer à autre chose. C’est facile de l’extérieur de voir à quoi elle joue. Elle ne veut pas perdre complètement ni son mari, ni son amant. Ah bien sûr, elle ne doit pas voir à quel point elle joue avec les autres. On heurte les autres là où on souffre. Elle doit être en grande détresse pour agir de façon aussi tordue. Mais je m’en fous. Son existence a heurté mes enfants et ça, je ne suis pas capable de l’accepter. Mes enfants n’ont pas accès à un modèle relationnel solide et mature et oui, je blâme aussi son existence à elle et ses magouilles de petite conne pleurnicharde qui s’attache des mecs sauveurs pour la rassurer et s’ingénier de mille façons à lui prouver qu’ils sont à la hauteur. C’est ça sa game. Qui peut être assez tordu pour écrire à la femme trahie et lui raconter les choses de façon à être pratiquement prise en pitié? Il faut voir comment elle s’exprime : que d'enfantillages et de sombres drames! Pfff.

Puis c’est difficile d’avoir du respect pour le père de mes enfants, que j’ai tant aimé. C'est dur de le voir succomber pour du glissant, du compliqué et du dark quand il avait du possible et du lumineux. Tous les canaux étaient ouverts, j'aurais fait tous les efforts nécessaires pour rescaper la famille, sauf un : accepter leur relation. Je ne parle même pas de moi, en me référant au lumineux. Je parle de l’endroit où on se rejoignait, lui et moi. Certains passent à côté de certaines choses simples et pourtant merveilleuses. C’est l’histoire de ma vie. J’ai toujours cru que l’amour, c’est pas les gros papillons, les grands drames et les bouleversements. Comme entendu dans la série « In Treatment » (dans cette magnifique scène où Gina se lasse des attaques de Paul et qu’elle explose), pour moi l’amour, c’est aussi aimer qui on est lorsqu’on est près de l’autre. C’est cette connexion tranquille, cette sensation de familiarité si rassurante. On avait ça, mais il a choisi de basculer vers autre chose. L’histoire de ma vie, c’est de voir des hommes revenir des années plus tard pour me dire qu’ils ont compris que c’était précieux. Peut-être que j’en fais trop. Peut-être que je suis facile à prendre pour acquise alors je deviens inintéressante. Je ne sais pas. Ce soir, je suis triste et j’ai besoin de quelqu’un à blâmer. Ce soir, c’est la haine.

Un jour, je le sais, je réussirai à m’extirper complètement de ces émotions. Probablement que j’aurai même gagné en lucidité et en détachement. Je ne resterai pas fâchée avec l’amour. Il y a même de fortes chances que mon regard sur mon ex change au point de me dire avec une légère affection qu’il a choisi ce qui lui ressemble et que je suis mieux loin de tout ça. Je ne carbure pas au drame, moi. Plus maintenant.

On n’a qu’une vie à vivre, aussi bien en tirer le plus d'étincelles possibles!