Nous vivons dans
un drôle de monde, je trouve. Un monde où on se regarde beaucoup le nombril. Un
monde où on cultive une certaine illusion de la certitude. Pire, un monde où l’on
croit pouvoir isoler l’élément humain, en tirer des données « scientifiquement
vérifiées » pour proposer des solutions-recettes aux problèmes que nous rencontrons
sur la route. C'est remarquable lorsque vient le moment de devenir parent. Il faut voir
la quantité de livres, d’articles, de « spécialistes » sur internet
en ce qui concerne l’alimentation, les méthodes d’éducation, les moyens "infaillibles" pour que bébé fasse ses nuits, les diagnostics qui arrivent de
plus en plus tôt dans la vie des enfants, la médication, la vaccination, etc.
Il n’est pas surprenant de constater le niveau d’anxiété élevé des nouveaux
parents et la culpabilité intense qu’ils ressentent en réalisant qu’être parent, ce n'est pas toujours plaisant, c’est un grand défi et même, une épreuve. La recette-lue-dans-un-article-scientifique ne marche pas toujours, parce que la recette ne tient pas compte de l’unicité de
l’enfant et du dialogue psychique entre celui-ci et son parent. Bah oui, c’est
dur parfois d'être parent. Pour ma part, j’avoue qu’il y a des jours où malgré tout l’amour
du monde, je préférerais être tranquille sur une plage, ou partout ailleurs que
là, avec mes petits…
Il faut voir la
quantité de gens qui s’attroupent autour d’une nouvelle naissance pour dire à
la maman quoi faire, comment le faire, l’étouffant de conseils souvent
contradictoires, chacun portant l’effigie de sa génération. Si seulement ils pouvaient juste se taire et entourer la maman dans ces fragiles semaines qui suivent la naissance d'un enfant, surtout le premier. Comme dit Clarissa Pinkola Estés dans "Femmes qui courent avec les loups" : une mère a besoin d'être maternée.
Il m’arrive de
penser que seuls les parents peuvent comprendre l’intense ambivalence des
émotions que nous font vivre nos enfants. De l’amour, ça oui. De la haine
aussi. De la tristesse. De la colère. De la surprise. De la joie, plein de
joie. Enfant, je t’aime donc je te frustre. Si tu n'as pas faim, je ne te servirai pas de suce, désolée. Enfant, je t’aime, donc je te fais
vivre des épreuves pour te préparer à la vraie vie, avec la plus grande
compassion. Si je te laisse parfois seul alors que tu veux jouer avec moi, c’est
pour t’aider à développer ta créativité et ta débrouillardise. Si je te dis non
lorsque tu veux toujours manger la même chose, c’est pour t’initier à la
diversité. Il y a des endroits pour crier. Il y a des endroits pour courir et
sauter. L’escalier n’est pas un espace de jeu. Ouf, c’est fatigant tout ça.
Répéter jour après jour après jour après jour. Puis un jour, c’est intégré et
on se met à pérorer une autre règle, que l’enfant est assez mature pour
intégrer. Puis on la répète jour après jour après jour après jour.
Il m’arrive de
fantasmer qu’ils aient déjà tout compris pour que je puisse me reposer en leur
compagnie. Ha ha! On peut toujours rêver… Peut-être que j’aurai un discours
différent quand ils seront plus grands…
Pour l’instant, je
vais aller lisser mes plumes multicolores...
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