mardi 12 novembre 2013

La vie de parent...

Nous vivons dans un drôle de monde, je trouve. Un monde où on se regarde beaucoup le nombril. Un monde où on cultive une certaine illusion de la certitude. Pire, un monde où l’on croit pouvoir isoler l’élément humain, en tirer des données « scientifiquement vérifiées » pour proposer des solutions-recettes aux problèmes que nous rencontrons sur la route. C'est remarquable lorsque vient le moment de devenir parent. Il faut voir la quantité de livres, d’articles, de « spécialistes » sur internet en ce qui concerne l’alimentation, les méthodes d’éducation, les moyens "infaillibles" pour que bébé fasse ses nuits, les diagnostics qui arrivent de plus en plus tôt dans la vie des enfants, la médication, la vaccination, etc. Il n’est pas surprenant de constater le niveau d’anxiété élevé des nouveaux parents et la culpabilité intense qu’ils ressentent en réalisant qu’être parent, ce n'est pas toujours plaisant, c’est un grand défi et même, une épreuve. La recette-lue-dans-un-article-scientifique ne marche pas toujours, parce que la recette ne tient pas compte de l’unicité de l’enfant et du dialogue psychique entre celui-ci et son parent. Bah oui, c’est dur parfois d'être parent. Pour ma part, j’avoue qu’il y a des jours où malgré tout l’amour du monde, je préférerais être tranquille sur une plage, ou partout ailleurs que là, avec mes petits…

Il faut voir la quantité de gens qui s’attroupent autour d’une nouvelle naissance pour dire à la maman quoi faire, comment le faire, l’étouffant de conseils souvent contradictoires, chacun portant l’effigie de sa génération. Si seulement ils pouvaient juste se taire et entourer la maman dans ces fragiles semaines qui suivent la naissance d'un enfant, surtout le premier. Comme dit Clarissa Pinkola Estés dans "Femmes qui courent avec les loups" : une mère a besoin d'être maternée.

Il m’arrive de penser que seuls les parents peuvent comprendre l’intense ambivalence des émotions que nous font vivre nos enfants. De l’amour, ça oui. De la haine aussi. De la tristesse. De la colère. De la surprise. De la joie, plein de joie. Enfant, je t’aime donc je te frustre. Si tu n'as pas faim, je ne te servirai pas de suce, désolée. Enfant, je t’aime, donc je te fais vivre des épreuves pour te préparer à la vraie vie, avec la plus grande compassion. Si je te laisse parfois seul alors que tu veux jouer avec moi, c’est pour t’aider à développer ta créativité et ta débrouillardise. Si je te dis non lorsque tu veux toujours manger la même chose, c’est pour t’initier à la diversité. Il y a des endroits pour crier. Il y a des endroits pour courir et sauter. L’escalier n’est pas un espace de jeu. Ouf, c’est fatigant tout ça. Répéter jour après jour après jour après jour. Puis un jour, c’est intégré et on se met à pérorer une autre règle, que l’enfant est assez mature pour intégrer. Puis on la répète jour après jour après jour après jour.
  
Il m’arrive de fantasmer qu’ils aient déjà tout compris pour que je puisse me reposer en leur compagnie. Ha ha! On peut toujours rêver… Peut-être que j’aurai un discours différent quand ils seront plus grands…

Pour l’instant, je vais aller lisser mes plumes multicolores...

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