dimanche 17 novembre 2013

Le boulot du ciboulot

J’ai un travail qui me passionne, je suis intervenante.

Ça fait quoi, une intervenante?

De l'extérieur : écouter, valider, prendre au sérieux, intervenir en cas d'urgence, référer, guider, informer...

De l'intérieur, c’est plutôt complexe à définir.  Une aventure chaotique dans les états psychiques des autres? Une remise en question constante? Ça oui. Un voyage dans leur façon de percevoir. Aussi, une confrontation avec moi-même, avec mes limites et mes valeurs… Il ne faut pas avoir peur du noir pour faire ce travail, en tout cas. Je prête mon ressenti et ma machine à penser à des gens dans une situation de déséquilibre. Je suis un écho, un miroir, un porte-lumière, un point d’interrogation. J’adore ça.

Depuis que je fais ce travail, j’ai le privilège de côtoyer des personnes sensibles et empathiques. Depuis que je fais ce travail, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place. J’ai découvert le plaisir de la collaboration, du partage d’expertise et de l'absence d'un ego défensif. Mes collègues et ami(e)s intervenant(e)s ont tous une sensibilité hors du commun. Je me suis souvent fait la réflexion que cette sensibilité tire sa source dans la conscience de ses failles et blessures, mais aussi dans la capacité de se remettre en question. J’ai souvent constaté que ceux qui ont plongé dans leurs zones abyssales en sont revenus avec une mouvance psychique remarquable. Quoique. Pas besoin d’être intervenant pour ça : il suffit d’avoir accepté de lever certains voiles et regarder bien en face des côtés hideux et sanglants de sa propre histoire, puis de les reconnaître comme faisant partie de soi. Simple à dire comme ça, mais pas du tout facile.

Ça fait maintenant 7 ans que j’ai abandonné mes souliers de danse pour étudier en psychologie et ensuite travailler en relation d’aide. Je ne savais pas, en entrant dans cette voie, que ce travail allait me transformer à un point tel que j’aurais du mal à m’identifier à l’amoureuse-de-la-scène que j’ai été. Je m’attendais encore moins à toute la remise en question de mes rôles auprès de mon entourage. Avoir une sensibilité pour accueillir les autres et se servir de celle-ci pour entrer en relation, ça me crée parfois un déséquilibre entre ce que je donne de moi, ce que je garde pour moi et ce que je reçois. Ça soulève même l’épineuse question de pourquoi je donne. Oui, on peut valoriser le don, mais pas à tout prix et pas avec n’importe qui (dans la vie personnelle, je veux dire).

L’empathie, ça s’use. Quand c'est le premier outil avec lequel tu travailles, tu te retrouves parfois à ne plus pouvoir en donner une fois que la journée est terminée. Ma capacité à situer la détresse pour encaisser certains comportements inadéquats, c’est utile chaque jour au travail. Une fois sortie de là, je n’ai plus envie de comprendre le comment du pourquoi des comportements qui me heurtent dans certaines relations. D'une façon surprenante, mon travail me permet d'exploiter ma sensibilité et me redonne ma liberté de mouvement dans ma vie, puisque je ne ressens plus le besoin de soigner ceux que j'aime. Je suis libre.

Puis j’ai juste envie de m’amuser, bon.

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