vendredi 27 décembre 2013

C'est quoi, l'amour?

L’amour, pour moi, c’est un courant qui passe entre toi et moi, lorsque nous enlevons nos masques et que nous nous regardons droit dans les yeux, droit dans le cœur, et que nous aimons ce que nous voyons. Lorsque nous nous lions, que nous ressentons notre humanité, nos batailles et victoires, nos défaites, notre fierté et notre humilité. Lorsque je dévoile quelque chose et que je laisse tes mots m’atteindre dans ma chair, et que tu fais la même chose. Ainsi, l’amour passe plusieurs fois par jour entre beaucoup de personnes et moi. On se sent bien quand il passe, mais il reste insaisissable et surprenant. Pour le voir passer, il faut savoir délaisser son armure protectrice, sinon on risque de passer à côté.

L’amour, donc, n’est pas une récompense, ni quelque chose qu’on peut modeler selon nos désirs. Ce n’est pas la solution à tout. Ce n’est pas l’ultime point d’arrivée.

C’est peut-être juste savoir aimer le vulnérable en soi-même et être capable de le montrer. Puis trouver que l'autre est beau sans ses masques.

L’amour, c’est d’abord et avant tout quelque chose qui est en moi. En toi. Quand le courant passe souvent, on veut recréer cette excitation, on devient un compulsif de l’autre, on s’engage, on donne forme au partage. À partir de là, rester ou partir, c’est une décision. Changer de partenaire pour recréer constamment l’excitation du renouveau, à mon avis, c’est quelque chose qui ne fait que reporter à plus tard la vraie rencontre avec soi-même et l’amour qu’on a en soi, à partager. On blâme l’autre de ne pas éveiller l’amour en soi, mais c’est peut-être qu’on n’a pas d’amour à donner. Puis l’amour, c’est pas vrai que c’est la chose magique qui répare tout.

Si j'ai un souhait à faire maintenant, c'est de savoir savourer ce courant quand il passe et ne pas chercher à le posséder ni lui imposer ma forme.

mardi 17 décembre 2013

Je me suis perdue en chemin

Je me suis perdue en chemin. Entre moi et l’autre, j’ai choisi l’autre. Je me suis traînée à ses pieds et lui ai remis mon épée, je l’ai assis sur mon trône et me suis faite serviteur et bouffon.

Je me suis perdue en chemin. Quelque part sur la route, j’avais goûté à la joie de plaire, la joie de voir le contentement et le plaisir dans le regard de l’autre. J’ai égaré mon âme pour conserver ce miroir, croyant que ma valeur résidait là.

Je me suis perdue en chemin. Désarmée, vidée de toute énergie, j’ai participé à ma perte avec un plaisir masochiste. J’ai ignoré les alarmes et je me suis moulée à celui que j’avais choisi d’aimer, pour le garder tout près, ne pas le perdre.

Je me suis perdue en chemin. Déplaire, fâcher, contrarier l’autre n’était pas une option. Une crainte infantile de réveiller la violence de l’autre me faisait longer les murs, dire oui quand j’avais envie de tout plaquer, négocier avec ma colère pour la garder bien étouffée. Je me suis moi-même positionnée en victime, et ensuite j’ai pleuré ses choix, ne prenant aucun blâme ni responsabilité, parce qu'une victime, c’est irréprochable.

Je me suis perdue en chemin et cette année, la vie m’a remise sur la route qui est la mienne. L’éveil fut brutal, mais il est désormais bienvenu. J’avais oublié que j’ai toujours eu le choix. Je m’en souviens maintenant. J’ai le choix de me retrouver et de redonner à ma vie le sens profond qui dormait sous mes promesses d’amour.

Je me retrouve sur mon chemin.

Ah tiens, t’es là toi? Dis donc, je t’avais mise de côté, hein? Je te demande pardon. Viens, on va marcher. Dis-moi, t’as envie de quoi, qu’on s’y mette? Il y a encore beaucoup de travail, mais on va y arriver!

À la bonne heure, bonheur.

mercredi 11 décembre 2013

La vie, c'est maintenant

Bon, ça suffit, la grande. On va se parler, ok? On va se dire les vraies affaires.

Tu as existé avant lui. Tu as construit des choses avant lui. Tu as déjà été bien. C’est le temps de repenser à qui tu étais et de te relever. Là, si près du plancher, tu ne vois que poussière et insectes. Si tu veux arrêter d’être fâchée tout le temps et faire de la place au bonheur, il va falloir que tu travailles activement à oublier. Je vais te dire certaines choses dures, mais c'est dans le but de t’aider.

Non, il ne reviendra pas.

Oui, ta famille est désormais brisée et ta réalité de mère sera de vivre une alternance entre connexion et déconnexion avec tes enfants. Je sais, ça te fait chier. Mais tes enfants ont un père et ce père veut s’impliquer. Tes enfants ont besoin de lui aussi.

Non, il ne te dira pas qu’il regrette, que tu lui manques et qu’il a fait l’erreur de sa vie. Ça n’arrivera pas. Oublie ça. Tu te fais du mal en souhaitant qu’il endosse ta douleur.

Non, il ne réparera pas la blessure qu’il t’a infligée. Comment le pourrait-il? S’il avait eu cette sensibilité et cette capacité d’empathie au départ, il aurait été capable de valoriser cette relation et il en aurait pris soin. Il serait peut-être quand même parti un jour, mais il l’aurait fait dans le respect et d’une façon moins souffrante pour toi.

Maintenant que c’est dit, souviens-toi de qui tu es. Tu as traversé des champs de bataille, tu as été blessée, mais tu t’es toujours relevée et tu t’en es toujours sortie un peu plus détachée, joyeuse et philosophe. Tu les aimes, tes blessures, elles t’ont donné ta sensibilité, ton empathie et ta capacité à aimer. Elles t’ont humanisée.

Ce n’est pas vrai que tu vas laisser ces événements te dérober la joie sincère et gratuite dont tu as toujours été capable. Ce n’est pas vrai que tu vas te recroqueviller et mourir en dedans, te fermer aux échanges et à la beauté des rencontres. C’est l’heure de choisir entre la sagesse ou l’amertume.

Souviens-toi de ce que tu faisais dans les périodes lumineuses. Tu méditais? Ben alors? Médite, si ça te fait du bien! Tu t’entraînais, tu allais aux cours de Pilates? Go! Tu écrivais? Check! Tu dansais? Bon d’accord, ta motivation n’est plus la même et ta vie a changé, mais si tu le peux et que tu le veux, pourquoi pas? Tu échangeais plein de paroles avec plein de monde et tu adorais les rencontres, les grandes discussions jaillies de nulle part? Sors de chez vous! Tu as croisé le regard de ce papa au cours de natation et ton cœur a vacillé? Parle-lui la prochaine fois! Il est peut-être célibataire lui aussi!

Je ne te permettrai pas de me faire du « oui, mais ». J’en ai assez au boulot, du « oui, mais ». C’est le temps de s’activer à fabriquer ton bonheur et cesser de vouloir « qu’on » répare la perte, qui est bien perdue, bien brisée. Même si l’enfant en toi a encore la pensée magique de son prince qui revient avec de la colle psychique pour réparer les dégâts, ça n’arrivera pas. Tu es une pas-pire maman pour tes enfants, pourquoi ne pas convaincre l’enfant en toi que tu peux prendre soin d’elle, l’écouter, la prendre au sérieux, essuyer ses larmes et son nez qui coule, sans la juger, sans la sermonner?

Et si tu te posais les bonnes questions? Pourquoi es-tu allée vers quelqu’un qui ne savait pas t’aimer? Tu vois pas qu'il y a plus de pertes que de gains dans tes patterns amoureux? Tes patterns « inconscients » peuvent bien exister, mais tu peux les déjouer, choisir, agir. C’est ça que tu as fait quand tu lui as demandé de partir. Tu as refusé d’être le dernier dossier en dessous de la pile, rôle que tu tenais depuis plusieurs années déjà, et pas juste avec lui.

Il y a un paradoxe entre tes désirs et ta réalité amoureuse… Avoue-le donc, que tu voudrais être TOUT pour quelqu’un, que tu aurais voulu être tout pour lui. Ben oui. Ou en tout cas, très importante, spéciale, digne d'intérêt et d'investissement… Pourtant, quand des hommes t’ont fait ce genre de déclaration ressentie et sonnant-vrai, tu as tout de suite fui très loin, de peur d’avoir une dette trop lourde envers eux. Comment tu expliques ça?

Sérieux. Sors de chez vous! Active-toi à être le plus heureuse possible. La ligne du temps, elle ne se remonte pas.

Tu choisis quoi, la grande?

samedi 7 décembre 2013

Le grand défi du bien-être

Je n’invente rien en disant qu’un des plus grands défis du bien-être, c’est de trouver un sens à sa vie. Quand on arrive à trouver une cohérence intérieure, il semble que les eaux troubles deviennent cristallines et on ressent à ce moment une sensation ronde, une plénitude psychique très particulière, même dans la douleur. Sachant que cette sensation est possible, on s’en souvient dans les moments de tempête, pour garder le cap. On sait qu’on y reviendra. On sait que la machine à faire du sens est toujours en marche.

Les mots sont générateurs de sens. Les mots sont porteurs de mes affects et de mon histoire. Ils se sont inscrits dans ma tête à mesure que je mûrissais. Mes mots signifient quelque chose pour moi. Tes mots se sont inscrits en toi alors que tu vivais ton histoire et signifient quelque chose pour toi.

Si on a trouvé un sens pour soi, on peut facilement tomber dans le piège d’étaler sa solution. On peut avoir la prétention de croire que cette solution s’applique aux autres, puisque ça a marché pour soi. Ça peut être une voie spirituelle, un recours à la psychothérapie, un travail qui remplit, la pratique d'un art, d'un sport, une vie de famille qui stimule, etc.

Je vais donc te dire quelque chose que tu sais déjà, probablement : ce qui fonctionne pour TOI ne fonctionne pas nécessairement pour MOI, et vice-versa.

Il est difficile, le chemin de l’humilité et de la solitude. Lorsque je quitte mon espace psychique pour essayer de comprendre comment tu perçois, j’entends tes mots, mais JE NE SAIS RIEN. Rien du tout. Je peux avoir l’illusion de saisir quelque chose parce que nous utilisons les mêmes mots, mais c’est TON espace. C’est toi qui détiens ta propre machine à faire sens.

Si c’est toi qui me parle, client(e), mon rôle est de comprendre quel affect tu lies à tes mots, comment tu fais du sens, comment tu fabriques ton bien-être. Je m’expose donc parfois à être choquée, désarmée, impuissante, en désaccord, limitée… Ami(e), si je te donne un conseil, je te parle de moi, pas de toi. Je ne t’aide pas à trouver ta voie, à écouter ta voix. Les conseils, je les perçois comme une prise en charge de l'autre. C'est rassurant, oui. Mais c'est infantilisant aussi. On n'a pas besoin d'être pris en charge, on a besoin de faire sens.

C’est toi qui sais ton sens. Pas moi.

Moi, je sais pour moi et pour moi seulement.

jeudi 5 décembre 2013

La disponibilité

Lorsqu’on travaille en relation d’aide, on est en état de disponibilité et de réponse. Lorsqu’on est mère, on est aussi en état de disponibilité et de réponse.

Un ami, grand amour dans une autre vie (celle d'avant les enfants), me faisait remarquer que je suis organisée comme un bureau et il perçoit ma gestion du temps comme une froideur et une déshumanisation. Même si je voulais dresser une liste d’arguments pour le contredire, il n’a que lui à s’occuper, il est libre et sans enfants. Il ne peut pas comprendre. Il a le temps.

Le fait est que depuis que j’ai des enfants, tout a changé. Le temps ne s'étire plus à l'infini. Le temps fuit. Chaque minute compte. Beaucoup de choses à faire, peu de temps. Ça devient une habitude de se coucher le soir avec un sentiment de ne pas avoir fait tout ce qu'il y avait à faire. On se fait à l'idée de laisser tomber certaines choses pour préserver sa santé mentale.

Je donne, je réponds. Puis quand les enfants dorment (enfin!), je me ressource dans le silence et la solitude. Moments essentiels pour recharger les batteries et remplir le réservoir de patience et d’empathie. Si quelqu’un appelle ou me sollicite à ce moment, je ne réponds pas. Je me donne le droit de faire le plein en faisant le vide. Combien de parents lisent ceci en ce moment et comprennent parfaitement ce que je veux dire?

Je me ressource dans des échanges avec d’autres mamans, avec le double avantage que les enfants jouent ensemble et qu’on peut se reposer un peu ;)

En général, je ne souffre pas de la solitude que je choisis. La solitude, elle est souvent un doux refuge, familier, aimant, apaisant. C’est mon espace de création. 

J'aime ma solitude. J'aime aussi être en relation... MAIS... si ça me demande plus d'énergie que ça m'en donne (on vise la réciprocité n'est-ce pas), si c'est une constante remise à niveau, si le dialogue n'est pas fluide, si on ne fait que se rentrer dedans et argumenter tout le temps, alors non.

Pas de temps à perdre, j'en ai si peu!

dimanche 1 décembre 2013

Ma lave brûlante

C’est visqueux, glissant et dangereux. Voilà comment je le sens. Tout va bien, puis je suis confrontée à son existence à elle et me revoilà dans ma blessure, hébétée, à errer dans mes fantasmes de violence et de mort. Voilà que je revenais à la surface, retrouvais le sourire et mon amour de la vie, et vlan! Il est question d’elle en-route-vers-chez-lui. Nous changions de « tour de garde » et j’ai dû vite quitter mes enfants pour éviter de la croiser. Mon choix. Ce qui n’a pas empêché qu’elle se gare derrière moi et que je la vois sortir ses enfants de la voiture. Si vous saviez la sensation quand je sais qu’elle est proche! C’est physique : je sens mon sang descendre dans mes pieds, je deviens étourdie, le souffle court et les émotions à fleur de peau.

Son existence, c’est le symbole de l’éclatement de ma petite famille. Peut-être que notre couple aurait fini par éclater éventuellement, mais pas aussi vite. Son existence, c’est le souvenir d’une grossesse tourmentée par le doute et la jalousie, à soupçonner sans savoir, à savoir sans savoir, à douter de moi-même, à croire que c’était mes hormones qui me jouaient des tours...

Puis les aveux, quelques jours avant d’accoucher. Sur un ton « j’ai compris que je ne sais pas aimer et c’est avec toi que j’ai envie d’investir, je suis bien avec toi, je vais aller chercher de l’aide et on va travailler à tout reconstruire ». Mais il n’a pas pu couper avec elle, faisant fi de mes demandes. Après plusieurs mois à ne plus me reconnaître, à surveiller ses appels et ses courriels, avec un bébé au sein et la mort dans l’âme, j’ai dû le foutre dehors pour sauvegarder ce qui restait de mon amour-propre.

Il ne voulait pas partir, mais refusait de couper le contact avec elle. Dans leur naïveté et leurs enfantillages, ils se faisaient croire qu’ils étaient amis, qu’ils voulaient seulement prendre des nouvelles l’un de l’autre. Pfff.

Je ne souhaite à PERSONNE de vivre une telle torture. Il était obsédé par elle, incapable de se l’enlever de la peau. Puis avec le recul, comment n’ai-je pas vu qu’il n’avait jamais été célibataire depuis ses 17 ans, qu’il était toujours passé d’une relation à une autre sans aucune forme de transition, juste pour ne pas être seul? Cette cloche a sonné quand il a quitté son ex pour moi, mais j’ai construit un déni autour de mon malaise. J’aurais dû me douter qu’en lui demandant de partir, il ne réussirait pas à relever le défi du célibat. Il s’est accroché à elle encore plus fort.

Me voilà à nouveau dans ma colère. Cette même colère qu’il me coûte de recevoir dans mon travail, je la ressens aujourd'hui et je patauge dans ma lave brûlante. Je ne sais pas toujours comment en faire quelque chose de créatif. Je ne vois pas le bout. On dirait que tant que "elle" existera, ce sera un défi pour moi.

C’est ça qui arrive quand on se sent comme un vieux torchon, une chaussette sale et trouée, jetée dans la poubelle. C’est cette sensation que je retrouve quand elle est proche. Mon ex a transféré son regard sur elle et je suis devenue rien. Il a essayé de s’amender, de s’exprimer, de blâmer son incapacité à aimer, son besoin d’une thérapie. Il reste qu’il l’a choisie, elle, même s’il a réussi à se mentir à lui-même en me faisant porter la décision de la séparation. J’ai espéré pendant plusieurs mois qu’il revienne à la raison/maison, qu’il coupe avec elle et qu’il choisisse notre relation et le bien-être de nos enfants. Il l’a pas fait. Pas même passé proche de le faire. Le désespoir s’est installé, le deuil s’est enclenché et j’ai recommencé à goûter à ma solitude.

Ces paragraphes sont essentiellement thérapeutiques, je ne sais que faire de ma lave alors je la transforme en mots, cherchant une certaine libération. J'espère qu'une fois apaisée, cette lave pourra devenir pardon. Si vous vous êtes rendus jusqu’ici, vous avez tout mon respect. Rien ne vous oblige à y prêter attention, c’est moi qui se relève d’une grande épreuve. Par moments, la joie de me retrouver. Par moments, la rechute.

Une danse avec la vie et ses côtés plus sombres?

Je prendrais bien des petites vacances de ma vie, moi...