C’est visqueux,
glissant et dangereux. Voilà comment je le sens. Tout va bien, puis je suis
confrontée à son existence à elle et me revoilà dans ma blessure, hébétée, à
errer dans mes fantasmes de violence et de mort. Voilà que je revenais à la surface,
retrouvais le sourire et mon amour de la
vie, et vlan! Il est question d’elle en-route-vers-chez-lui. Nous
changions de « tour de garde » et j’ai dû vite quitter mes enfants pour éviter de la croiser. Mon choix. Ce qui n’a pas empêché qu’elle
se gare derrière moi et que je la vois sortir ses enfants de la voiture. Si vous saviez la sensation quand je sais qu’elle est proche! C’est physique : je sens mon sang descendre
dans mes pieds, je deviens étourdie, le souffle court et les émotions à fleur
de peau.
Son existence, c’est le symbole de l’éclatement de ma petite famille.
Peut-être que notre couple aurait fini par éclater éventuellement, mais pas aussi
vite. Son existence, c’est le souvenir d’une grossesse tourmentée par
le doute et la jalousie, à soupçonner sans savoir, à savoir sans savoir, à
douter de moi-même, à croire que c’était mes hormones qui me jouaient des tours...
Puis les aveux, quelques jours avant d’accoucher. Sur un ton « j’ai
compris que je ne sais pas aimer et c’est avec toi que j’ai envie d’investir,
je suis bien avec toi, je vais aller chercher de l’aide et on va travailler à tout reconstruire ».
Mais il n’a pas pu couper avec elle, faisant fi de mes demandes. Après plusieurs mois
à ne plus me reconnaître, à surveiller ses appels et ses courriels,
avec un bébé au sein et la mort dans l’âme, j’ai dû le foutre dehors pour
sauvegarder ce qui restait de mon amour-propre.
Il ne voulait pas partir, mais
refusait de couper le contact avec elle. Dans leur naïveté et leurs
enfantillages, ils se faisaient croire qu’ils étaient amis, qu’ils voulaient
seulement prendre des nouvelles l’un de l’autre. Pfff.
Je ne souhaite à
PERSONNE de vivre une telle torture. Il était obsédé par elle, incapable de se
l’enlever de la peau. Puis avec le recul, comment n’ai-je pas vu qu’il n’avait
jamais été célibataire depuis ses 17 ans, qu’il était toujours passé d’une
relation à une autre sans aucune forme de transition, juste pour ne pas être
seul? Cette cloche a sonné quand il a quitté son ex pour moi, mais j’ai
construit un déni autour de mon malaise. J’aurais dû me douter qu’en lui
demandant de partir, il ne réussirait pas à relever le défi du célibat. Il s’est
accroché à elle encore plus fort.
Me voilà à nouveau
dans ma colère. Cette même colère qu’il me coûte de recevoir dans mon travail,
je la ressens aujourd'hui et je patauge dans ma lave brûlante. Je ne sais pas toujours comment
en faire quelque chose de créatif. Je ne vois pas le bout. On dirait que tant
que "elle" existera, ce sera un défi pour moi.
C’est ça qui
arrive quand on se sent comme un vieux torchon, une chaussette sale et trouée,
jetée dans la poubelle. C’est cette sensation que je retrouve quand elle est proche. Mon
ex a transféré son regard sur elle et je suis devenue rien. Il a essayé de s’amender,
de s’exprimer, de blâmer son incapacité à aimer, son besoin d’une thérapie. Il
reste qu’il l’a choisie, elle, même s’il a réussi à se mentir à lui-même en me
faisant porter la décision de la séparation. J’ai espéré pendant plusieurs mois
qu’il revienne à la raison/maison, qu’il coupe avec elle et qu’il choisisse
notre relation et le bien-être de nos enfants. Il l’a pas fait. Pas même passé
proche de le faire. Le désespoir s’est installé, le deuil s’est enclenché et j’ai
recommencé à goûter à ma solitude.
Ces paragraphes
sont essentiellement thérapeutiques, je ne sais que faire de ma lave alors je
la transforme en mots, cherchant une certaine libération. J'espère qu'une fois apaisée, cette lave pourra devenir pardon. Si vous vous
êtes rendus jusqu’ici, vous avez tout mon respect. Rien ne vous oblige à y
prêter attention, c’est moi qui se relève d’une grande épreuve. Par moments, la
joie de me retrouver. Par moments, la rechute.
Une danse avec la
vie et ses côtés plus sombres?
Je prendrais bien des petites vacances de ma vie, moi...

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