mercredi 22 août 2018

Idées jetées en désordre sur ma lignée maternelle


Maman est pas là.
Oh. Son corps est là, oui. Bien sûr.
Mais son regard, quand il se pose sur moi, il passe au travers. Je suis invisible.
Quand une conscience de mon existence se pointe dans son regard, le message que j'y lis : "Tu me déranges."
13 ans...
- Maman?
- Fous-moi la paix!
Exaspérée la mère.

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Ma mère. Mère-Narcisse qui capte son reflet dans l'eau de sa part d'ADN. Mère-brèche. Le fantôme effacé du père psychotique. Mère aimante pour les enfants qui lui renvoient son reflet. Elle évalue, étudie et décortique et lance d'une voix vibrante "Ah ça elle/il tient ça de moi!" "Il/elle a mes yeux!". "Moi", l'élément principal qui décide de l'espace qu'elle éclaire de son regard. Mère étrangère. Mère qui ne reconnaît aucun reflet en moi, sauf celui de ses vulnérabilités et de ses blessures. J'ose les exposer à sa vue, sans pudeur. Je suis une enfant sensible, avec des questions et des tourments. Ça-Mère veut briser ce miroir. Laisse place à une cruauté passive : l'absence du regard, le blâme, l'abandon, le rejet.

"C'est de ta faute si je n'ai plus de cheveux" - elle me dit ça en coupant ma tignasse. J'ai 8 ans. À peu près l'époque où elle m'arrache le cuir chevelu en me séchant les cheveux. Je pleure, elle brosse encore plus fort.

Je me souviens de son appartement, lorsqu'elle vivait avec la mère des enfants de mon frère en 2014. Aucune présence autre que la sienne et celle du chat. Des photos d'elle et des livres. On n'aurait jamais pu deviner qu'elle avait eu 3 enfants et 5 petits-enfants. Elle raffolait de son dernier petit-fils. Avait sorti une photo d'elle à 9 mois et triomphante, claironnait à tout le monde avec une fière fascination : "Il me ressemble".

À quelques jours de sa mort, alors qu'elle était très malade, je suis allée la voir. J'étais bien déterminée à régler quelques comptes avant qu'elle parte. J'avais une phrase très précise en tête : "Je ne te demande pas de regretter les choix que tu as faits, je te demande de reconnaître l'impact qu'ils ont eu sur nous". Elle était très mal, m'a demandé mon bras pour la guider aux toilettes. Elle a fait caca. N'avait pas d'autre choix que d'accepter que je l'aide à s'essuyer, il n'y avait personne. Elle a dit "mets des gants". Humiliée la mère, fâchée : "Pfff torcher sa propre mère!" - "J'ai des enfants, maman. C'est correct, j'en ai vu d'autres". La guider vers son lit. L'infirmière arrive pour lui dire qu'il vaut mieux arrêter la chimio. Ma mère se pend à son bras et dit "c'est la fin hein?". Je demande à l'infirmière s'il y a un psy ou TS pour ma mère si elle veut parler. L'infirmière dit que oui, si la patiente le demande. Ma mère explose "Toi pis tes psy!".

Parce que vous savez, les psy, c'est pour les malades. Elle n'est pas malade, elle. On remonte une génération. Années 1950. Ma grand-mère épouse un interne en médecine (du moins est-ce ce qu'elle raconte). Ça dérape rapidement. Le secret de famille du mari se dévoile, se découpe sur une toile sombre. Un cauchemar. Un silence. Il est atteint de schizophrénie. Surveille son calendrier menstruel, car il croit que Dieu lui demande de lui donner des enfants. 10 mois de différence entre le premier (ma mère) et le deuxième enfant (ma tante). À peine plus entre le 2ème et le 3ème, qui naîtra prématuré et qui aura besoin de soins. Suivront 4 autres enfants, la pauvreté, les hospitalisations du père, le secret, la honte. Il ne sera jamais médecin.

Il s'est passé quelque chose. Personne n'en parle de façon claire. Ma mère dit que sa mère a essayé de se pendre. Elle avait 5 ans et l'a trouvée, en train de tirer sur une corde attachée à la structure du lit, le noeud autour du cou. Elle raconte avoir pensé "Si tu veux vraiment mourir, il faut accrocher la corde plus haut". Les enfants ont été placés, ma grand-mère était en dépression et mon grand-père hospitalisé pour psychose.

Je ne peux que remplir cet espace de mon imaginaire ou faire confiance à mon ressenti, parce que de cette période n'émerge qu'un silence gêné. Une tante ose en parler. Elle était placée dans une famille aimante et n'a jamais accepté de réintégrer la maison familiale, avec cette mère dure et autoritaire.

Difficile de savoir avec certitude ce qui s'est passé, car ma grand-mère faisait subir à ses récits un passage dans la fabrique de restauration de son image. Ma mère aussi était très bonne à ce jeu.

Ce qui est frappant quand je descends dans mon ventre et que je me branche sur la lignée maternelle, c'est la haine. Ma grand-mère a adoré sa mère, mais détesté son père avec passion. Le peu qu'elle en a dit, c'est qu'il était mauvais. Un violent. Un dangereux. Ma mère sur son lit de mort disait ne pas craindre la mort, mais espérait très fort ne pas revoir sa mère s'il y avait autre chose, un autre côté. Lorsque ma grand-mère était mourante, ma mère est allée la visiter. Elle voulait faire dire à ma grand-mère que son récit était vrai. Elle voulait lui faire admettre qu'elle avait bel et bien tenté de se tuer et que ma mère l'avait trouvée. Son refus de confirmer a déchaîné la haine de ma mère comme un courant puissant qui ne s'est plus jamais apaisé, même dans le chemin vers la mort.

Hôpital Jean-Talon. Mère en chaise roulante veut fumer une cigarette. Je l'amène dehors. C'est là que l'enfer se déchaîne, là sur le trottoir - elle m'abreuve de mots, des mots de rage et de haine envers sa mère. Il faut que ça sorte, je la laisse parler.

Moi, la grand-mère que j'ai connue, ce n'était pas sa mère intériorisée. Oui, il y avait du toxique en elle mais je savais d'où ça venait et je voyais ses efforts pour me protéger de son propre poison. Elle m'aimait sincèrement et me le démontrait.

Je ne me battrai pas contre la perception de ma mère, cette journée-là. Elle est à 3 semaines de la mort. Je vais pleurer dans ma voiture en contemplant cette noirceur qui est mon héritage. Je vais me battre encore plus fort pour ne pas transmettre cet héritage psychique à mes enfants. C'est la direction que je choisis. Je ne la lâcherai pas.

Je ne hais pas ma mère. Comment haïr une enfant? Mère infantile. Mère qui voulait jouer. Elle a passé les 25 dernières années de sa vie convaincue qu'elle allait "se refaire". Je ne comptais plus ses évictions par la Régie du Logement. Je n'ose même pas imaginer combien elle a donné au Casino. Mère qui disparaît quelques jours, revient les yeux fous et sentant mauvais. Peut passer plusieurs heures sur une table de Black jack. Elle compte les cartes, dit-elle. J'ai abandonné. Je ne compte plus les amis qu'elle a perdus et trahis, les vols commis, les arnaques... La honte, le deuil, la tristesse. J'ai mis un mur - maman, le jour où tu voudras de l'aide, je connais toutes les ressources et je peux t'y amener - en attendant, si tu veux une relation avec moi, tu ne dois jamais me demander de l'argent ou un logis, c'est ma condition.

Ma mère aux relations utilitaires. Au fil des ans, j'ai appris. Elle me joue la carte du rapprochement maternel lorsqu'elle veut quelque chose. Sinon, eh bien, je l'embête. Je ne sais pas ce qu'il y a en moi qui provoque ça, mais je l'exaspère avec ma sensibilité, mon amour à donner à mes enfants, ma facilité à nommer les émotions. Elle se tient loin, sauf si elle veut quelque chose.

1985. La drogue. La blessure. 13 ans "Fais ce que tu veux maintenant. Tant que tes notes à l'école sont bonnes, tu n'as qu'à m'aviser de ce que tu fais, mais plus de permission à demander". Maman j'ai juste 13 ans, j'ai encore besoin que tu me guides! Évidemment, à 13 ans, je n'ai pas les mots pour le dire, alors c'est l'acting out : la drogue, les mauvaises fréquentations, les nuits dehors, la vie dans la rue... Elle, tant que je ne suis pas dans ses pattes alors qu'elle vit sa vie sexuelle de nouvelle divorcée, elle est contente. Je veux qu'elle s'inquiète. Je veux qu'elle me cherche. Elle ne le fera jamais. Elle est déjà partie.

1987. Elle part : "Les enfants, j'ai décidé de prendre une année sabbatique. Vous allez vivre avec votre père pendant un an. Je pars au soleil."

Vous dire l'année que j'ai passée à vivre à demi, en attendant que ma mère revienne nous servir de pillier. Une année à moitié absente, à espérer son retour, vouloir retourner vivre au condo avec elle, retrouver mes repères. Une année à voyager de Boucherville jusqu'à Ahuntsic, chaque matin, pour ne pas avoir à changer d'école secondaire. Une année à croire que si je deviens suffisamment parfaite, elle reviendra. Exit le mohawk, les pantalons déchirés et les bottes d'armée. Je trouve un emploi. Je deviens une adolescente modèle. Mes notes à l'école remontent.

1988. Elle revient. Enfin! Nous, ses enfants, nous l'entourons, si heureux! Elle est seulement venue nous annoncer qu'elle nous abandonne à nouveau, pour de bon cette fois : "Je vends tout. Je repars et je ne reviens pas".

Coeur brisé. Ma mère, ma plus grande peine d'amour. Le deuil d'une vie.

1992. Elle revient. À ce moment-là, les raisons du retour sont osbcures. Plus tard, j'arrive à reconstituer les faits. La crise immobilière lui a fait perdre son investissement. Elle est sans-le-sou. Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'elle a commencé à jouer au Casino là-bas. Elle a le coeur brisé. L'homme qu'elle aime est rentré en Italie. Il est gay. Il l'aimait, mais ça ne peut pas marcher.

Comme ils sont étranges, les scénarios de l'inconscient!

Le second mari de ma grand-mère, l'amour de sa vie, sa réparation, l'a quittée pour un homme.

Ils sont puissants les héritages inconscients, dans ma lignée maternelle.

Ma mère a eu une histoire d'amour avec un espagnol lorsque j'avais 9 ans. Elle a débattu très fort entre son coeur et sa tête, car c'est à ce moment-là que son désir de partir s'est frayé un chemin dans le réel. S'il le lui avait demandé, elle aurait tout quitté pour partir vivre en Espagne avec lui. Mais il était marié. Ils se sont contenus.

Moi, à 24 ans, j'ai choisir de partir en Espagne avec mon sac à dos, 300$ et un billet ouvert. Sans penser une seconde que j'avais peut-être capté le désir inconscient de ma mère et que je l'agissais. Mon amour de l'Espagne n'a pas bougé, mais lorsque j'ai fait une thérapie, j'ai pu voir s'éteindre les désirs inconscients qui n'étaient pas les miens. J'ai pu cesser d'agir l'histoire familiale. Plus j'avançais en thérapie, moins j'avais besoin de danser...

Danser... Un autre désir inassouvi de ma mère adolescente. Mère qui a dû renoncer au ballet parce que sa poitrine était trop forte.

Alors j'ai dansé, recueillant dans cet espace un peu de son attention et de sa fierté.



Mile-End. 1992. Charmaine. Coupure d'électricité. Ma mère vole une amie à moi.

Mile-End. 1997. Chiqui. Clés. Logement. Ma mère vole (encore) une amie venue d'Espagne pour donner un stage de danse à Montréal. Elle a préparé son coup, m'a invitée à souper, m'a servi du discours de mère chaleureuse et ça ne lui ressemble pas du tout. M'a dit que comme Jean-Philippe, mon amoureux, est parti vivre en France, qu'elle voudrait ma clé pour aller jouer sur mon ordinateur quand je suis absente. Je ne me méfie pas, tant j'ai besoin de son occasionnelle chaleur. Boum, tombée dans le panneau. Elle entre et vole plus de 2000$. Mes amis espagnols m'accusent. L'enfer. L'horreur.

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Ce qui est fou dans le fait d'être élevée par une mère narcissique avec des traits antisociaux, c'est qu'on passe son temps à ne pas se sentir à la hauteur, mais qu'on se fait répéter constamment combien de potentiel on a. On croit aussi que la vie nous fera cadeau de la magnificence extraordinaire au-dessus-des-autres, seul oxygène digne d'être respiré, dans des sphères de l'exceptionnel et dans la différence.

La lignée maternelle veut se détacher de ce qui est jugé comme indigne de sa royauté. Dans une foule de contradictions. Ma mémé aurait dit, peut-être, "s'élever au-dessus de sa condition". Ce que mes yeux d'enfant voyaient, hélas, c'était de l'insatisfaction dans l'ordinaire. Comme si cette chienne de vie n'avait pas livré la marchandise, sans comprendre qu'un changement au niveau de leur perception aurait ramené plus de joie et d'équilibre.

Je n'ai pas appris à aimer l'ordinaire. Chez moi, le mot ordinaire sonnait comme une insulte. Ma mère et ma grand-mère glorifiaient le mot "spécial" qu'elles faisaient sonner comme "supérieur". Elles décortiquaient leurs observations pour encenser à la fois ce qu'elles reconnaissaient d'elles-mêmes et ce qui isolait des autres, de la "masse". Chez ma grand-mère, je crois que c'était un élan désespéré pour sortir de son enfance ouvrière. Pour ma mère, un miroir défensif.

Aujourd'hui, je cherche l'ordinaire. Il est synonyme pour moi de vivre incarnée, centrée, connectée sur ce qui rend la vie si riche dans sa fragilité. C'est ça le plus terrible, le plus inavouable dans ma lignée maternelle : en sortant du moule, du legs narcissique, de la répétition du même, je me sens paradoxalement meilleure qu'elles. Juste à l'écrire, c'est la honte. C'est que, voyez-vous, je tire ma fierté d'être moi dans l'empathie, la chaleur et l'ouverture aux autres dans ce qu'ils sont, pas dans ce que je cherche pour finir de me réparer. Je suis sincèrement convaincue que mes brèches m'humanisent et je les aime pour ça.

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Je ne suis pas la seule de ma génération et ceci inclut les cousins et cousines, à avoir utilisé l'art et la créativité pour amorcer, timidement, une intégration du soi. Créer ses morceaux pour les observer de l'extérieur sans forcément s'y identifier, dans un élan de survie. Dessin, poésie, musique, danse, couture, artisanat, etc. Autant de façons d'exprimer le malaise de ne pas se sentir complet. Morcelés.

Anecdote. J'ai 20 ans. Je suis des cours de flamenco depuis un an et j'éprouve des difficultés, avec la taille de mes membres supérieurs surtout, qui me paraissent interminables. Il y a un malaise entre qui je vois dans le miroir et une absence ressentie du centre, d'un point d'ancrage dans mon ventre. J'ai espoir que le flamenco saura construire ce point d'ancrage. Je suis perdue, mais je tiens le coup, je fais ce qu'on attend de moi : j'étudie à l'université et je m'en sors brillamment, j'ai un amoureux, je travaille... Un jour, en dansant, je prends un risque : j'allonge mes bras plus loin, plus haut. Je sens un mur m'en empêcher. Je frappe ce mur. Au-delà d'un certain point, je ne peux plus exister, avec ces longs bras, ces longs doigts, ce corps dont je ne sais que faire. Si je ferme les yeux, je sens mes bras très longs et très hauts en dansant. En les rouvrant, je constate que mes bras sont à peine déployés et je n'arrive pas à les allonger. Le contraste entre ce que je constate et ce que je sens me confronte à une phrase lourde de sens : prendre sa place.

Malheureusement, je vais passer les 8-10 années suivantes à prendre ma place de façon gourmande, sans aucune considération pour qui que ce soit, pour quoi que ce soit, tant est grande ma faim d'occuper ce monde en récoltant de l'attention, que je confonds avec de l'amour. Exit l'amoureux. Exit les études. Exit le boulot. Je pars. D'abord en Espagne. Ensuite en tournée pour une compagnie de danse aux États-Unis. Je flotte, libérée. C'est une époque à la fois heureuse de déploiement et de découvertes, mais aussi de comportements opportunistes, d'arrogance et de paroles méchantes envers les autres. Je veux grandir, je me sens petite, alors je dévalorise l'extérieur pour me rassurer sur ma valeur.

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Salut à toi, lectrice, lecteur.

Tu as choisi d'ouvrir ce récit. Je ne connais pas ta motivation, ni si tu trouveras ce que tu y cherches. Je peux te dire, déjà, que tu entres dans une dense danse. Tu sais, quand j'étais plus jeune, on m'a dit que j'étais "tourmentée". En espagnol, "tormenta", c'est une tempête. J'aime bien les métaphores saisonnières, car je pense que nous avons tous des rythmes psychiques et émotionnels aussi inattendus et incontrôlables que le temps qu'il fait dehors. C'est là-dedans que j'aime plonger. C'est ici que je t'invite.

J'ai écrit en désordre des réflexions sur ma lignée maternelle. Ce ne sont pas des données historiques. On parle ici d'un historique psychique, dans un espace où les blessures passent d'une génération à l'autre, pour se transformer en symptômes. J'ai un peu remonté le fil du temps pour habiter à nouveau mes 9 ans, mes 15 ans, mes 21 ans et ainsi de suite. Comme les perceptions changent à mesure qu'on avance, les contradictions et les ambivalences m'apparaissent normales et même, à prévoir.

Je crois que si ma mère et ma grand-mère avaient pu lire ceci, il n'y aurait eu que rage et reproches. Chagrin aussi. Mon but n'est pas de les brûler sur un bûcher, mais plutôt de dévoiler l'impact des violences sur les générations suivantes. Dans violence, j'inclus la négligence, l'indifférence, le contrôle et la manipulation. Je vais oser le dire, dans cette ère où on s'applique à enlever le genre lorsqu'on parle d'humain : c'est la violence que j'ai connue et qui se vivait au féminin. Ma mère n'a jamais levé la main sur moi (sauf une fois), mais j'ai ressenti sa rage et sa violence plus fort et plus clairement que les baffes et les cris de mon père.

Tu accèdes ici à ma perception, ma construction de la réalité. Ce que j'affirme comme étant des certitudes ne le sont que parce qu'elles sont ressenties ainsi. La nuance est de mise. Je ne prétends pas avoir tout compris, mais j'ai passé des années à donner du sens à cette violence. J'ai envie de t'en parler. Peut-être que tu vas reconnaître des choses que tu connais toi aussi. Peut-être que tu vas surfer sur les mots et que ce sera divertissant pour toi. J'espère juste ne pas trop t'embêter avec mes histoires.

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Paroles de mère

"Fais ce que tu veux, ne te fais pas pogner"
"C'est la jungle là-bas, chacun pour soi"
"Ne pense pas aux autres, sauve ta peau"
"Pfff, l'amour, l'amour, qu'est-ce que j'en ai à foutre?"

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6 ans. Elle nous a acheté, à chacune, un ballon, une corde à danser et une petite bouteille de savon à bulles. Mon coeur est plein. Ma maman nous fait des cadeaux et ce n'est même pas ma fête! Contente, contente! Vision de liberté, jouer dans la ruelle avec ma soeur, dans le quartier Rosemont. Nous traquons les pierres précieuses. Ce sont des bouts de vitre brisée, mais nous visons les tessons verts, violets ou rouges. Les rouges sont les plus précieux et nous les recueillons avec délicatesse.

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13 ans. J'ai atteint ma taille définitive mais je suis encore une enfant. Maman nous a offert des douillettes sac de couchage pour qu'on s'emmitoufle devant la télé, les matins d'hiver. Elle tente de nous rapprocher, ma soeur et moi, en nous faisant partager une même chambre et un même lit. C'est le chaos du divorce de mes parents. Nouveau condo, adieu la maison où j'avais ma chambre. Adieu mes chères amies d'école et de quartier. C'est mon septième déménagement en 13 ans de vie. Maman nous a envoyés à la campagne, nous quittons la maison et au retour découvrons un nouveau logis, dans un nouveau quartier. Papa est parti, mais il vient nous voir.

Il s'est passé beaucoup de choses cette année-là. Ma grand-mère a divorcé à peu près en même temps et elle est venue s'installer tout près du nouveau condo. Elle s'occupait de nous durant l'année scolaire, maman travaillait beaucoup, partait tôt, rentrait tard. Le contact avec elle était rare, elle était à bout de souffle. Les week-ends, elle nous voulait ailleurs, voulait vivre sa vie. Elle disait "pas dans mes pattes". Je ne veux pas aller chez mon père, il vit dans un 1 1/2 dans le centre-ville, infesté de coquerelles et de vermine. Ça sent mauvais chez lui. Il ne va pas bien. Il se saoûle et se drogue. Il n'est pas là. Une année ou deux sous le thème de l'indifférence maternelle et de la dépression paternelle. Première visite des pensées de mort. Je me dis que je pourrais libérer mes parents en disparaissant, je leur rendrais service.

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à suivre...

vendredi 2 décembre 2016

Presque 5 ans plus tard

Ma grand-mère, elle a aimé son second mari sans défaillir pendant 15 ans.
Il était l'amour sain, l'amour qui répare, l'amour qui réconcilie avec la vie-de-merde qu'elle avait eue avant.
Elle était heureuse. Il avait 15 ans de moins qu'elle, elle était jeune, il était vieux. Pour l'aimer, elle a castré la féminité naissante de ses dernières filles adolescentes, pour ne pas avoir de compétition dans la maison, alors qu'elle tentait d'entretenir cette relation.
Je me souviens, enfant, je la regardais se maquiller le matin. Ça me semblait invraisemblable, car elle restait à la maison. Je ne comprenais pas pourquoi elle mettait ce masque dès qu'elle sortait du lit. Je lui ai demandé. Elle a répondu : "pour me sentir jolie".

Elle avait 55 ans lorsqu'il l'a quittée pour un homme.

Il a fait ça avec le plus de délicatesse possible, dans les circonstances. En tout cas, il l'a mise à l'abri du besoin jusqu'à son dernier jour. Elle a respiré pour la dernière fois aux premières heures de l'an 2013, sans avoir cessé de le réclamer sur son lit de mort, mais il n'est pas venu. J'ai compris qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer et que son coeur brisé avait teinté d'amertume sa capacité à être disponible pour les autres. Il y avait même en elle une pulsion de détruire le bonheur des autres.

Et je vous raconte pas sa vie d'avant. Ouf.

Je pense à tout ça, car je vis avec beaucoup de canaux ouverts. J'ai des amis à qui parler de toutes sortes de choses, je ne me sens pas seule.

Par contre, dès qu'il est question d'ouvrir la porte sur le fragile, sur l'intimité, c'est encore ton fantôme qui rôde. Je referme la porte aussitôt. Pas que je t'aime encore. J'imagine qu'une partie de moi t'aimera toujours, mais je ne sais pas si c'est toi, ou si c'est moi que j'aimais dans tout ça.

Tu vois, ce qui arrive, c'est que j'ai travaillé très fort sur moi-même avant de te rencontrer. La personne que toi, tu as connue, était le résultat de nombreuses années de quête de soi, de connexion entre la tête et le coeur, d'intégration de toutes mes contradictions... Quand je t'ai connu, j'étais prête à aimer pour-de-vrai. J'étais prête à prendre le risque du voile qui tombe, du vrai, du pas-beau, du fragile qu'on montre à l'autre dans cette zone que seul l'amour permet...

Je t'ai tout montré. Je n'ai rien gardé. Je t'ai tout dit. Pour la première fois de ma vie, j'ai risqué de me montrer fragile devant quelqu'un, avec une épouvantable angoisse, mais je l'ai fait.

Le problème, c'est que la dernière fois où j'avais été aussi fragile et vraie, c'est-à-dire dans la plus tendre enfance, mes besoins ont été bafoués, ignorés, pas pris au sérieux ni reconnus. Alors j'ai construit ma façade de "je suis capable toute seule" et ça a pris d'arriver à 32 ans pour demander et accepter l'aide des autres. Puis jusqu'à 34 pour faire le choix de l'intimité amoureuse.

Tu vois, pour moi, l'intimité amoureuse, ça fait mal. C'est vouloir se rapprocher sans jamais pouvoir y arriver. C'est vouloir toucher l'autre là où ça souffre et devenir humains ensemble. C'est accepter de se sentir parfois bien plus seule que lorsque je suis seule. Parce que rien, absolument rien, ne réparera les blessures d'avant. Donc, j'ouvre la porte de l'amour et je suis convaincue, de façon irrationnelle, que je ne vaux pas la peine.

Et là, toi. Toi, à qui j'ai tout montré, tu me confirmes ma théorie infantile. Je ne vaux pas la peine.

Nous avions une famille. Tu ne t'es pas battu pour elle. J'étais là. Je voulais. Tu n'as rien fait. Pour moi. Heureusement, tu t'es ressaisi dans ta paternité et tu as grandi à ce niveau-là.

2012. C'est donc clair. Je ne vaux pas la peine.

Alors on se ramasse, on reconstruit autour, mais il y a un stress. Je pense que ça va mieux. 2013. Ma grand-mère meurt. Ok, on se relève et on avance. Ça y est, les enfants grandissent bien, j'ai de la reconnaissance au boulot en intervention, je me mets à faire des produits et on s'intéresse à ce que je fais, les amis sont là même si moi, je suis une mauvaise amie pour eux à cause du manque de temps et d'énergie. Puis vlan, ma mère a un cancer qui l'emporte en 6 semaines. Automne 2015. Automne de merde, à voir mourir un être qui meurt comme elle a vécu, laissant des dettes et de la rancune.

Fragile, fragile.

Je tiens le coup, mais quand mes amis s'étonnent que je ne "refasse pas ma vie", j'ai envie de crier. Le bonheur n'est pas conditionnel à la vie de couple!

2016. On ne peut pas forcer ces choses-là. Cette porte, j'y retourne de temps en temps et j'essaie d'enlever les barricades. Je ne veux pas cultiver l'amertume.

jeudi 30 octobre 2014

Je ferme!

J’ai décidé de fermer le blog. Avec une certaine pudeur rétrospective, je repense à tout cet étalage sanglant et sans regretter le bien que ça m’a fait, je ne ressens plus le besoin d’un partage aussi intime avec toi, lecteur, lectrice. Je te remercie infiniment d’avoir contribué à mon mieux-être. Merci d’avoir porté un petit peu de mon fardeau avec moi, car en le répartissant, c’était moins lourd sur ma carcasse ébranlée. Soudain, je réalise à quel point le seul fait de mentionner cette personne qui est le père de mes enfants, c’est lui accorder encore trop de pouvoir et d’importance. Il n’en mérite pas tant. Il a tourné la page. À moi maintenant d’en faire autant.

Je continuerai à écrire, t’inquiète! Mais le prochain blog, ce sera pour parler crèmes, baumes et déo maison (une nouvelle passion inattendue), ou peut-être de recettes de cuisine ou d’éducation des enfants ou de psychologie ou tout ça à la fois! La blessure, ou ce qui en reste, je me la garde.

Merci pour ton regard, pour tes paroles ou ton silence, pour ton empathie ou non. Si je t’ai irrité(e), je peux comprendre. Je suis pas vite pour faire mes deuils et je gratte le bobo. Je suis faite ainsi. Merci d’avoir pris le temps de cliquer sur le lien du blog pour me lire. Ton regard m'a aidée à me rendre jusqu'ici.

À bientôt, sûrement J

samedi 11 octobre 2014

Du positif!

Je n’ai pas choisi le chemin le plus facile. Si je l’ai fait, c’est parce que mon expérience de vie m’a amenée à la conclusion que le déni n’est pas une option pour moi. J’ai la croyance que si on maintient le déni pour ne pas souffrir, la pression monte et devient dépendances (alcool, tabac, drogues, travail, l’autre…) ou bien ça finit par sortir sous forme de divers maux physiques débilitants. Ma croyance. Mon expérience. Je ne prétends pas avoir trouvé de clé pour les autres, mais j’ai trouvé la mienne. Alors j’ai regardé la bête (lire deuil) et je l’ai chevauchée, la laissant me traîner là où ça fait mal, mais là où ça guérit aussi. Après tout, une plaie doit bien être désinfectée avant de guérir…

Cet été, je suis tombée sur ce texte http://urbania.ca/blog/5266/mange-dors-doux. Il m’a bouleversée. J’ai réalisé que peu importe ce que j’ai vécu dans mes 42 ans de vie, jamais, jamais, ja-mais je n’ai perdu l’appétit! Le sommeil, oui. Au moins toute une année après la séparation à me réveiller enragée entre 3h et 5h du matin, incapable de me rendormir… Mais l’appétit, ça non! C’est impensable pour moi de ne pas manger. J’en ai conclu que ça devait pas si mal aller! Cette petite pensée, réconfortante, m’a permis de surfer sur ce qui restait de rancœur et d’amertume pour changer de poste dans ma tête. J’ai décidé de pratiquer le doux, concrètement. Je me suis forcée à goûter mon café, j’ai pris des photos des moments qui m’apportaient de la joie, j’ai dépassé certaines envies de solitude pour allonger le bras et toucher ceux qui me touchent…

La sérénité a trouvé son chemin dans mes efforts pour changer le focus. Je me suis mise à écouter, vraiment écouter, les choses que les gens que j’aime avaient à me dire. Je me suis rendu compte que franchement, j’ai un entourage d’une grande qualité humaine et que s’il reste, je suis peut-être pas pire à la hauteur aussi.

Puis il y a eu le défi. Voyant la tournure que prenait ma consommation d’alcool et les quelques auto-mensonges qui l’accompagnaient, j’ai résolu de reconstruire, brique par brique, une relation positive avec l’alcool. Ça prenait une coupure pour faire cela. J’ai donc décidé de ne plus boire du tout, pour au moins 12 semaines.

Ça fait 5 semaines maintenant et même si je le savais « en théorie », j’ai désormais la preuve que l’alcool met en relief mes potentialités dépressives et anxieuses.

Curieux, quand même, comme on peut décider de bouger dans sa tête, de faire 2-3 trucs significatifs et avoir la surprise de voir arriver la partie de soi qui veut VIVRE pour fournir toute son énergie dans l’art de saisir la joie là où elle est. Comme si l'élan de vie en soi avait besoin qu'on lui fournisse des preuves de notre engagement avant de déployer sa force. Si fragile et si belle, la vie...

J’ai eu peur. J’ai cru un instant que c’en était fini, de ma joie de vivre. Mais non! Pas du tout!

J’ai encore grandi!




mercredi 27 août 2014

Le contenant

L’amertume est née dans un grand cri de colère, par une journée grise et froide. Elle s’est accrochée au sein de la déception, buvant toute son essence. Elle est devenue bouillante et indomptable, s’agitant dès que l’ex est présent. Elle prend de l'ampleur chaque fois qu’un des petits pleure la perte de papa, de maman, pour une semaine. Elle devient violente chaque fois que la réalité de l’autre côté du mur est dévoilée. Elle murmure à son contenant d’aller s’autodétruire pour apaiser la pulsion de destruction. Elle reconnaît sa pareille en chacun qui la porte. Parfois, presque de bonne foi, elle prête ses talents à la lucidité, pour mieux envier ceux qui vont bien.

Pas très loin, la lumière persiste. Elle observe sans trop s’engager, conservant ainsi ses forces. En utilisant des passages secrets, elle réussit à communiquer son souffle de guérison. Pas folle, elle se retire pour faire croire à l’amertume que le pouvoir lui appartient, mais continue en sourdine son travail de reconstruction. Tout doucement, elle se lie aussi avec la lucidité. Ainsi, elle peut faire voir les belles personnes et les occasions de réparation, sans rien prendre pour acquis. La lumière sait s’arrêter sur les âmes vraies, les âmes belles, les âmes justes.

Au-delà de tout ça, moi. Je suis qui, moi? Un contenant pour du contenu? Des os. Des viscères. Des muscles. Des émotions. Une pensée. Un langage. Quelle importance?

Amertume, tu m’embêtes. Vraiment.

vendredi 8 août 2014

Retour du guerrier

Il y a des bombardements en Palestine. Des génocides dont nous n’avons pas connaissance. Toutes sortes de choses horribles qui déchirent. L’humain dans son pire aspect. Ça fait sentir mal d’écrire quand je souffre, car je sais que mon petit poison intérieur n’est pas comparable avec les déchirements, les guerres et les génocides. Et pourtant, je continue à aligner des mots dans un élan de guérison. Des mots pour ne pas développer des maux. Des mots qui libèrent. Qui sortent et font croire un court instant que je ne suis pas si seule. Parce que certains soirs (ce soir), le seul fait mal. Genre quand tu dois laisser tes enfants à ton ex de retour d’Europe et qui-ne-te-manquait-pas-du-tout. Surtout quand tu viens de passer plus de 3 semaines en tête-à-tête avec ton plus jeune et que tu as adoré ça...

Ça m’a fait du bien, cette pause de réalité de lui-avec-elle(-et-ses-enfants). Quand tu n’as pas d’enfants, tu peux te séparer et ne plus avoir accès à la réalité de l’autre. Ça te laisse TOUT L’ESPACE NÉCESSAIRE pour GUÉRIR et passer à autre chose. Mais quand il y a des enfants, on n’a pas le choix de côtoyer la blessure. Comme un poison qui s’infiltre et revient activer le bobo, le pas-beau, la menace sur l’amour-propre. Fils aîné, de retour de France, ne perd pas une occasion de mentionner ces personnes et je ne peux juste pas faire semblant, faire comme si ça m’était égal. La mort dans l’âme, littéralement, j’entends les mots qui sortent de ma bouche et je n’y peux rien. Je lui dis que lui, mon fils, il m’intéresse et il m’intéressera toujours, mais que ces autres dont il me parle, je ne veux pas savoir, ça ne m’intéresse pas.

J’ai des élans de vie qui me poussent à m’activer vers autre chose. J’hésite. Je fantasme sur de l’impossible en connaissance de cause, puisque ce n’est pas impliquant, ni menaçant. Je ne me commets pas. Si je vois du désir et de l’intérêt dans le regard d’un homme, je m’arrête là, c’est tout ce dont j’ai besoin. Ça répare, doucement, tranquillement. La blessure du pourquoi-elle-et-pas-moi.

J’essaie vraiment fort d’arrêter de nourrir le passé. J’ai peur. Je m’ouvre. Me referme. Ça fait deux ans et je suis découragée, je voudrais que mon fils se taise. Je voudrais que mes enfants soient avec moi à plein temps. Je voudrais ne pas avoir dans la face cette foutue relation du père-avec-madame-chose, ne pas avoir à me demander ce qui cloche chez moi pour que ça n’ait pas marché. Je voudrais ne pas le côtoyer, lui, jamais. Avoir plus que 3 semaines par année de paix. Avoir toujours la paix.

Ça allait bien. Il est revenu. L’ombre est revenue. La lourdeur est revenue.

J’ai envie de hurler SUCK IT UP BITCH, LIVE YOUR LIFE, DO WHAT YOU NEED TO DO. Ça pince encore. Beaucoup moins qu’avant, quand même, mais ça pince encore. Il m’arrive de souhaiter que la vie soit un grand tableau où on peut effacer, puis recommencer.

Dammit.

samedi 2 août 2014

Le chaos

Quand on a des enfants, on apprend à faire avec. Faire avec l’imprévisibilité du sommeil des petits. Faire avec les crises et les récriminations. Faire avec la sensation d’être dépassé. Faire avec l’ambivalence, l’amour, la haine, le don de soi, l’envie qu'on nous foute la paix-une-fois-pour-toutes! Il m’arrive de me demander où est la personne que je connaissais, ce moi qui était un peu cristallisé, qui aimait sa discipline en danse, ses sorties, sa méditation, ses rencontres, ses beuveries et ses voyages. Il n’en reste plus grand-chose et pourtant, le noyau reste le même, avec ajouts. Je ne me sens pas si différente, juste plus pleine, plus occupée, plus souvent dans le doute.

Avoir des enfants, pour moi, c’est ouvrir une porte sur le chaos. C’est renoncer à tout contrôler. C’est me retrouver dans une pièce et me demander pourquoi je suis là parce que j'ai oublié ce que je venais chercher, c'est planer de bonheur quand j'arrive à faire 3 choses sur 10 de ma check-list quotidienne, c'est savourer le fait d'être à peu près coiffée... C’est aussi goûter à des petits miracles tout simples, genre le petit qui vient se faufiler dans mon lit la nuit et qui glisse sa petite main douce dans la mienne en soupirant d’aise, ou encore le grand qui fait preuve d’une belle empathie pour un autre enfant au parc et qui me remplit de bonheur et de fierté. C’est aussi réprimer mon agressivité quand le petit décide qu’il veut tout décider et qu’il me met en retard au boulot, ou encore tolérer les piques du plus vieux quand il n’a pas ce qu’il veut…

C'est accepter la solitude qu'on peut ressentir quand l'entourage ne reçoit pas l'épuisement exprimé et propose des "trucs infaillibles". C'est faire avec le jugement des autres, le regard des autres parents, les valeurs qui s'entrechoquent. Mes enfants ne sont pas un dossier, ni un problème à régler et parfois, il n'y a pas de "solution". Mes enfants vont bien.

C’est un cadeau, ce chaos. J’avoue que j’ai mis plusieurs années à m’y adapter. J’avais l’air d’aimer ça? Je SURVIVAIS :-) Ça transforme, d’avoir d'autres-que-soi à qui penser et dont on est responsable. Le focus change et ça ne se fait pas sans perdre quelque chose, gagner autre chose. Perdre l’illusion du contrôle de sa gestion du temps, surtout. Y a rien comme une gastro de bébé pour rappeler que l’imprévisible est entré dans ta vie!

Mine de rien, tranquillement, on s’adapte et on fait avec. On gagne un beau détachement, un genre de maturité. On a compris qu’on n’a rien compris. On a compris que l’élément chaotique et imprévisible dans l’humain se trouve dans son enfant aussi. On a compris la limite de son pouvoir, à force d’épisodes de siestes ratées, de flaques de pipi au sol et autres joies du parent-âge…

J’ai surtout compris, finalement, que mon nombril n’est pas la mesure de tout. Une naissance, ça te bousille le nombrilisme (et le nombril, dans mon cas)!

Ça m’oblige à constater toute l’ampleur de mon humanité imparfaite, de ma vérité et de comment je répare quand je heurte. Ben oui, des fois je réagis trop vite trop fort ou je leur parle trop grand et ils ne comprennent pas. Je fais des retours, j’ajuste.

Je fais de mon mieux.

Chu fatiguée…

samedi 26 juillet 2014

La motivation dans l'amour

Ben oui toi. J’y pense ces temps-ci, toujours dans la foulée des grands bilans au sujet de l'amour. L’amour rêvé par l’infantile. L’amour fantasmé. L’amour dans le réel. L’amour chaos. L’amour incertitude. L’amour mélangé avec l’attrait de la chair. L’amour qu’on nomme amour juste pour ne pas être seul(e). Oserais-je m’avancer et répéter que l’amour, c’est quelque chose qu’on porte en soi, à partager et à donner? En tout cas, c’est ici que je me situe à l’heure actuelle.

Je vois passer beaucoup d’écrits sur l’amour. Beaucoup d’histoires, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Ce qui retient mon attention, c’est le cri. La déception. Notre déception. Nous tous qui, un jour, avons idéalisé, érotisé, rêvé un amour qui n’a pas donné les fruits attendus. Mais quels fruits? L'autre est autre, bordel, pas un arbre!

Beaucoup se lamentent sur ce qu’ils n’ont pas obtenu ou vécu, mais assez peu trouvent la force de glorifier le fait d’avoir pris un risque, d’avoir essayé, sans garantie, sans maillon de sécurité. Oui oui. À moi la première pierre... Je me demande vraiment ce qui cloche dans notre temps amoureux. Il m’apparaît que beaucoup d’entre nous avons perdu le sens du travail d’équipe pour courir vers une certaine utopie, le regain du renouveau constant, l’humain comme un objet à consommer, jouir de ce qu’il nous apporte et passer au suivant pour jouir encore, et encore. J’entends des centaines de personnes lutter au quotidien et trouver ce quotidien plate et décevant, sans s’approprier le pouvoir du travail sur leur perception.

J’en viens à me demander quelle est la motivation de chacun dans sa quête amoureuse. Pour l’un, c’est de ramasser le miroir réparateur, la reconnaissance d’une valeur non bâtie de l’intérieur. Pour l’autre, c’est ne-pas-perdre. Tout ce qu’il fait n’est pas dicté par l’amour qu’il a à donner (il n'y en a pas), mais plutôt par la terreur-de-perdre, ce qui le rend assez vulnérable au jugement de l’autre et le précipite dans une ambiance malsaine dont il ignore la portée. Pour l’autre encore, c’est répéter le high des débuts, over and over again, parce que la « sécurité », le prévisible, ne sont perçues que comme des prisons inhibitrices et réductrices du soi…

Et si on se posait quelques questions très simples?

Est-ce que j’ai envie de me donner, de me dévoiler, sans garantie, sans filet?
Est-ce que j’éprouve du plaisir à donner ou suis-je anxieux-anxieuse, à craindre de perdre si fort que j’en perds le lien avec l’autre, que j’en perds le contact avec la réalité?
Est-ce que je m’aime suffisamment pour ne pas donner à l’autre le pouvoir de me détruire ou me construire?
Suis-je capable de ne pas exiger de l’autre qu’il devienne quelqu’un d’autre pour continuer à l’aimer?
Suis-je capable de faire équipe sans chercher à contrôler?
Est-ce que je pourrai tolérer l'incertitude qui vient avec le choix de s'engager?

Ça me semble si simple ici-dedans et là-dehors, c'est si compliqué.

dimanche 6 juillet 2014

Gros dilemme

Mon fils aîné part bientôt en France pour 3 semaines avec son père. J’ai un gros dilemme. Il faut dire que je suis un peu déchirée par ce départ. Non. Pas un peu. Beaucoup. Depuis que l’été est commencé, monsieur le père-de-mes-enfants a demandé 2 fois des changements à l’horaire pour camper avec fils aîné. J’apprends ensuite que c’est pour le faire avec madame-chose-blessure originelle, et ses enfants. Madame-chose est française. Donc, mine de rien, monsieur-le-père réclame son fils aîné plus souvent cet été pour passer du temps en famille reconstituée. Ben oui, ça me fait vraiment chier. Évidemment. Surtout que fils aîné, se découvrant des affinités avec fils aîné de madame-chose, dénigre et néglige son petit frère pour souhaiter passer plus de temps avec petit-issu-de-madame-chose. Étant moi-même l’aînée de 3, je comprends très bien l'idée... Comment lui en vouloir? Il veille à son intérêt et c’est bien plus amusant de passer du temps avec un enfant de son âge qu’un bambin de 2 ans… Mais je l’ai-tu dit? Ça me fait vraiment chier.

Mon dilemme est le suivant. Monsieur-le-père-de-mes-enfants s’attend à ce que je le reconduise à l’aéroport le soir du départ. Étant de nature gentille, ma première réaction est de vouloir le faire, embrasser mon fils, lui dire au revoir, être là. Mais c’est arrivé juste trop souvent que ma nature gentille soit confondue avec « paillasse ». J’ai une réserve. Pourquoi donc rendre service et faciliter un départ que je ne souhaite pas? Je suis ambivalente. Dire au revoir à mon fils et être fidèle à ma nature gentille ou préserver mon amour-propre et refuser? Surtout que ce soir-là, j’arrive en courant du boulot pour un rendez-vous très nécessaire avec ma psy et qu'en plus, j’ai mon plus jeune à ma charge… J’ai pas très envie de faire preuve d’abnégation. En fait, je veux pas le faire. Mais je pense à mon fils aîné, qui sera sûrement content et rassuré de me savoir là. Malheureusement, ce fils a un père que je souhaite oublier par-dessus tout et ça, ça complique les choses. Bordel de vie!

Comme c'est difficile parfois!

mardi 24 juin 2014

L'attachement

Quand on a étudié en psychologie, on a appris la théorie de l’attachement. En bref, c’est le type d’attachement qu’un enfant développe avec son parent. Cet attachement peut être sain, c’est-à-dire sécure, ou plus problématique (évitant, ambivalent, désorganisé). Je ne suis pas ici pour parler psychologie, mais c’est le mot « attachement » qui me vient en tête quand je pense à ce qui me préoccupe ces temps-ci. La garde partagée. Ruptures dans le lien. Éloignement. Perte de la continuité. Détachement. Attachement.

On peut bien dire youpi-j’ai-du-temps-pour-moi et en tirer tous les avantages possibles, il reste que mon fils vient de terminer sa première année scolaire et aujourd’hui, en regardant son porte-folio, j’ai réalisé que je n’avais pas du tout été attentive au processus. J’ai vu les progrès à petites doses, chaque 2 semaines, mais ce matin, j’avais l’impression de voir pour la première fois les talents et réussites, défis et obstacles vécus par mon fils.

Je ne suis pas là comme je voudrais. De semaines en semaines, je les accueille et leur dis au revoir.

L’enfant que je retrouve n’est pas le même que celui que j’ai quitté et chaque fois, c’est comme si nous devions refaire la trajectoire de l’attachement pour nous retrouver au moment présent. Je sens de façon presque physique le moment où nos regards se croisent et le courant passe, nous nous reconnaissons enfin, nous repérons dans cette relation si importante...

Les petits ne retrouvent pas non plus la même mère lorsqu'ils reviennent. Je suis souvent stressée, pressée, préoccupée, dépassée, débordée par une culpabilité viscérale de ne pas être suffisamment présente. Je rêve de leur retour et quand ils sont là, souvent j’aimerais pouvoir profiter du beau de la maternité sans toute la discipline et l’encadrement. Je voudrais juste les aimer et que ça suffise. Utopie. Je sais.

Maintenant que j’ai deux enfants et que je suis seule avec eux quand ils sont là, je n’ai plus la patience que j’avais avec un seul enfant. Ce soir, j’ai dû asseoir mon petit dernier qui prend un malin plaisir à détruire les constructions de Lego de son grand frère. Comme il n’obtempérait pas, je l’ai obligé à rester assis en lui tenant le bassin fermement et j’ai parlé trop fort. C’était limite violent et j’ai pleuré ma vie après qu’il soit allé au lit. Il a 2 ans. Il apprend. Je me sens souvent trop fatiguée, dépassée, écoeurée, désinvestie pour me souvenir qu’il est tout petit et qu’il apprend. J’ai oublié qu’à 2 ans, on détruit pour comprendre comment c’est fait. Pour avoir du pouvoir. Pour jouir de provoquer une réaction. ET on teste sa figure principale d’attachement, pour se confirmer qu'elle est solide.

Je sais que les parents pas séparés font face à des enjeux similaires. Mais ça me préoccupe quand même. Pas tant le fait que mes enfants vivent cette réalité, puisqu’on s’adapte à tout. C’est plutôt le fait que moi je m’adapte et qu’en retrouvant un espace à moi, parfois je ressens la présence des enfants comme une intrusion et je ne suis plus la mère que j'étais. Je me demande même ce qui est arrivé à ma motivation.

Quand ça fait plusieurs jours qu’ils sont avec moi, ils font à nouveau partie de toutes les équations, je retrouve l'espace mère, je recommence à me sentir adéquate. Puis leur départ. Encore. Déjà? Même surmenée. Même fatiguée. Aouch. Chaque fois.

J'aime pas ça. Bon.