jeudi 30 octobre 2014

Je ferme!

J’ai décidé de fermer le blog. Avec une certaine pudeur rétrospective, je repense à tout cet étalage sanglant et sans regretter le bien que ça m’a fait, je ne ressens plus le besoin d’un partage aussi intime avec toi, lecteur, lectrice. Je te remercie infiniment d’avoir contribué à mon mieux-être. Merci d’avoir porté un petit peu de mon fardeau avec moi, car en le répartissant, c’était moins lourd sur ma carcasse ébranlée. Soudain, je réalise à quel point le seul fait de mentionner cette personne qui est le père de mes enfants, c’est lui accorder encore trop de pouvoir et d’importance. Il n’en mérite pas tant. Il a tourné la page. À moi maintenant d’en faire autant.

Je continuerai à écrire, t’inquiète! Mais le prochain blog, ce sera pour parler crèmes, baumes et déo maison (une nouvelle passion inattendue), ou peut-être de recettes de cuisine ou d’éducation des enfants ou de psychologie ou tout ça à la fois! La blessure, ou ce qui en reste, je me la garde.

Merci pour ton regard, pour tes paroles ou ton silence, pour ton empathie ou non. Si je t’ai irrité(e), je peux comprendre. Je suis pas vite pour faire mes deuils et je gratte le bobo. Je suis faite ainsi. Merci d’avoir pris le temps de cliquer sur le lien du blog pour me lire. Ton regard m'a aidée à me rendre jusqu'ici.

À bientôt, sûrement J

samedi 11 octobre 2014

Du positif!

Je n’ai pas choisi le chemin le plus facile. Si je l’ai fait, c’est parce que mon expérience de vie m’a amenée à la conclusion que le déni n’est pas une option pour moi. J’ai la croyance que si on maintient le déni pour ne pas souffrir, la pression monte et devient dépendances (alcool, tabac, drogues, travail, l’autre…) ou bien ça finit par sortir sous forme de divers maux physiques débilitants. Ma croyance. Mon expérience. Je ne prétends pas avoir trouvé de clé pour les autres, mais j’ai trouvé la mienne. Alors j’ai regardé la bête (lire deuil) et je l’ai chevauchée, la laissant me traîner là où ça fait mal, mais là où ça guérit aussi. Après tout, une plaie doit bien être désinfectée avant de guérir…

Cet été, je suis tombée sur ce texte http://urbania.ca/blog/5266/mange-dors-doux. Il m’a bouleversée. J’ai réalisé que peu importe ce que j’ai vécu dans mes 42 ans de vie, jamais, jamais, ja-mais je n’ai perdu l’appétit! Le sommeil, oui. Au moins toute une année après la séparation à me réveiller enragée entre 3h et 5h du matin, incapable de me rendormir… Mais l’appétit, ça non! C’est impensable pour moi de ne pas manger. J’en ai conclu que ça devait pas si mal aller! Cette petite pensée, réconfortante, m’a permis de surfer sur ce qui restait de rancœur et d’amertume pour changer de poste dans ma tête. J’ai décidé de pratiquer le doux, concrètement. Je me suis forcée à goûter mon café, j’ai pris des photos des moments qui m’apportaient de la joie, j’ai dépassé certaines envies de solitude pour allonger le bras et toucher ceux qui me touchent…

La sérénité a trouvé son chemin dans mes efforts pour changer le focus. Je me suis mise à écouter, vraiment écouter, les choses que les gens que j’aime avaient à me dire. Je me suis rendu compte que franchement, j’ai un entourage d’une grande qualité humaine et que s’il reste, je suis peut-être pas pire à la hauteur aussi.

Puis il y a eu le défi. Voyant la tournure que prenait ma consommation d’alcool et les quelques auto-mensonges qui l’accompagnaient, j’ai résolu de reconstruire, brique par brique, une relation positive avec l’alcool. Ça prenait une coupure pour faire cela. J’ai donc décidé de ne plus boire du tout, pour au moins 12 semaines.

Ça fait 5 semaines maintenant et même si je le savais « en théorie », j’ai désormais la preuve que l’alcool met en relief mes potentialités dépressives et anxieuses.

Curieux, quand même, comme on peut décider de bouger dans sa tête, de faire 2-3 trucs significatifs et avoir la surprise de voir arriver la partie de soi qui veut VIVRE pour fournir toute son énergie dans l’art de saisir la joie là où elle est. Comme si l'élan de vie en soi avait besoin qu'on lui fournisse des preuves de notre engagement avant de déployer sa force. Si fragile et si belle, la vie...

J’ai eu peur. J’ai cru un instant que c’en était fini, de ma joie de vivre. Mais non! Pas du tout!

J’ai encore grandi!




mercredi 27 août 2014

Le contenant

L’amertume est née dans un grand cri de colère, par une journée grise et froide. Elle s’est accrochée au sein de la déception, buvant toute son essence. Elle est devenue bouillante et indomptable, s’agitant dès que l’ex est présent. Elle prend de l'ampleur chaque fois qu’un des petits pleure la perte de papa, de maman, pour une semaine. Elle devient violente chaque fois que la réalité de l’autre côté du mur est dévoilée. Elle murmure à son contenant d’aller s’autodétruire pour apaiser la pulsion de destruction. Elle reconnaît sa pareille en chacun qui la porte. Parfois, presque de bonne foi, elle prête ses talents à la lucidité, pour mieux envier ceux qui vont bien.

Pas très loin, la lumière persiste. Elle observe sans trop s’engager, conservant ainsi ses forces. En utilisant des passages secrets, elle réussit à communiquer son souffle de guérison. Pas folle, elle se retire pour faire croire à l’amertume que le pouvoir lui appartient, mais continue en sourdine son travail de reconstruction. Tout doucement, elle se lie aussi avec la lucidité. Ainsi, elle peut faire voir les belles personnes et les occasions de réparation, sans rien prendre pour acquis. La lumière sait s’arrêter sur les âmes vraies, les âmes belles, les âmes justes.

Au-delà de tout ça, moi. Je suis qui, moi? Un contenant pour du contenu? Des os. Des viscères. Des muscles. Des émotions. Une pensée. Un langage. Quelle importance?

Amertume, tu m’embêtes. Vraiment.

vendredi 8 août 2014

Retour du guerrier

Il y a des bombardements en Palestine. Des génocides dont nous n’avons pas connaissance. Toutes sortes de choses horribles qui déchirent. L’humain dans son pire aspect. Ça fait sentir mal d’écrire quand je souffre, car je sais que mon petit poison intérieur n’est pas comparable avec les déchirements, les guerres et les génocides. Et pourtant, je continue à aligner des mots dans un élan de guérison. Des mots pour ne pas développer des maux. Des mots qui libèrent. Qui sortent et font croire un court instant que je ne suis pas si seule. Parce que certains soirs (ce soir), le seul fait mal. Genre quand tu dois laisser tes enfants à ton ex de retour d’Europe et qui-ne-te-manquait-pas-du-tout. Surtout quand tu viens de passer plus de 3 semaines en tête-à-tête avec ton plus jeune et que tu as adoré ça...

Ça m’a fait du bien, cette pause de réalité de lui-avec-elle(-et-ses-enfants). Quand tu n’as pas d’enfants, tu peux te séparer et ne plus avoir accès à la réalité de l’autre. Ça te laisse TOUT L’ESPACE NÉCESSAIRE pour GUÉRIR et passer à autre chose. Mais quand il y a des enfants, on n’a pas le choix de côtoyer la blessure. Comme un poison qui s’infiltre et revient activer le bobo, le pas-beau, la menace sur l’amour-propre. Fils aîné, de retour de France, ne perd pas une occasion de mentionner ces personnes et je ne peux juste pas faire semblant, faire comme si ça m’était égal. La mort dans l’âme, littéralement, j’entends les mots qui sortent de ma bouche et je n’y peux rien. Je lui dis que lui, mon fils, il m’intéresse et il m’intéressera toujours, mais que ces autres dont il me parle, je ne veux pas savoir, ça ne m’intéresse pas.

J’ai des élans de vie qui me poussent à m’activer vers autre chose. J’hésite. Je fantasme sur de l’impossible en connaissance de cause, puisque ce n’est pas impliquant, ni menaçant. Je ne me commets pas. Si je vois du désir et de l’intérêt dans le regard d’un homme, je m’arrête là, c’est tout ce dont j’ai besoin. Ça répare, doucement, tranquillement. La blessure du pourquoi-elle-et-pas-moi.

J’essaie vraiment fort d’arrêter de nourrir le passé. J’ai peur. Je m’ouvre. Me referme. Ça fait deux ans et je suis découragée, je voudrais que mon fils se taise. Je voudrais que mes enfants soient avec moi à plein temps. Je voudrais ne pas avoir dans la face cette foutue relation du père-avec-madame-chose, ne pas avoir à me demander ce qui cloche chez moi pour que ça n’ait pas marché. Je voudrais ne pas le côtoyer, lui, jamais. Avoir plus que 3 semaines par année de paix. Avoir toujours la paix.

Ça allait bien. Il est revenu. L’ombre est revenue. La lourdeur est revenue.

J’ai envie de hurler SUCK IT UP BITCH, LIVE YOUR LIFE, DO WHAT YOU NEED TO DO. Ça pince encore. Beaucoup moins qu’avant, quand même, mais ça pince encore. Il m’arrive de souhaiter que la vie soit un grand tableau où on peut effacer, puis recommencer.

Dammit.

samedi 2 août 2014

Le chaos

Quand on a des enfants, on apprend à faire avec. Faire avec l’imprévisibilité du sommeil des petits. Faire avec les crises et les récriminations. Faire avec la sensation d’être dépassé. Faire avec l’ambivalence, l’amour, la haine, le don de soi, l’envie qu'on nous foute la paix-une-fois-pour-toutes! Il m’arrive de me demander où est la personne que je connaissais, ce moi qui était un peu cristallisé, qui aimait sa discipline en danse, ses sorties, sa méditation, ses rencontres, ses beuveries et ses voyages. Il n’en reste plus grand-chose et pourtant, le noyau reste le même, avec ajouts. Je ne me sens pas si différente, juste plus pleine, plus occupée, plus souvent dans le doute.

Avoir des enfants, pour moi, c’est ouvrir une porte sur le chaos. C’est renoncer à tout contrôler. C’est me retrouver dans une pièce et me demander pourquoi je suis là parce que j'ai oublié ce que je venais chercher, c'est planer de bonheur quand j'arrive à faire 3 choses sur 10 de ma check-list quotidienne, c'est savourer le fait d'être à peu près coiffée... C’est aussi goûter à des petits miracles tout simples, genre le petit qui vient se faufiler dans mon lit la nuit et qui glisse sa petite main douce dans la mienne en soupirant d’aise, ou encore le grand qui fait preuve d’une belle empathie pour un autre enfant au parc et qui me remplit de bonheur et de fierté. C’est aussi réprimer mon agressivité quand le petit décide qu’il veut tout décider et qu’il me met en retard au boulot, ou encore tolérer les piques du plus vieux quand il n’a pas ce qu’il veut…

C'est accepter la solitude qu'on peut ressentir quand l'entourage ne reçoit pas l'épuisement exprimé et propose des "trucs infaillibles". C'est faire avec le jugement des autres, le regard des autres parents, les valeurs qui s'entrechoquent. Mes enfants ne sont pas un dossier, ni un problème à régler et parfois, il n'y a pas de "solution". Mes enfants vont bien.

C’est un cadeau, ce chaos. J’avoue que j’ai mis plusieurs années à m’y adapter. J’avais l’air d’aimer ça? Je SURVIVAIS :-) Ça transforme, d’avoir d'autres-que-soi à qui penser et dont on est responsable. Le focus change et ça ne se fait pas sans perdre quelque chose, gagner autre chose. Perdre l’illusion du contrôle de sa gestion du temps, surtout. Y a rien comme une gastro de bébé pour rappeler que l’imprévisible est entré dans ta vie!

Mine de rien, tranquillement, on s’adapte et on fait avec. On gagne un beau détachement, un genre de maturité. On a compris qu’on n’a rien compris. On a compris que l’élément chaotique et imprévisible dans l’humain se trouve dans son enfant aussi. On a compris la limite de son pouvoir, à force d’épisodes de siestes ratées, de flaques de pipi au sol et autres joies du parent-âge…

J’ai surtout compris, finalement, que mon nombril n’est pas la mesure de tout. Une naissance, ça te bousille le nombrilisme (et le nombril, dans mon cas)!

Ça m’oblige à constater toute l’ampleur de mon humanité imparfaite, de ma vérité et de comment je répare quand je heurte. Ben oui, des fois je réagis trop vite trop fort ou je leur parle trop grand et ils ne comprennent pas. Je fais des retours, j’ajuste.

Je fais de mon mieux.

Chu fatiguée…

samedi 26 juillet 2014

La motivation dans l'amour

Ben oui toi. J’y pense ces temps-ci, toujours dans la foulée des grands bilans au sujet de l'amour. L’amour rêvé par l’infantile. L’amour fantasmé. L’amour dans le réel. L’amour chaos. L’amour incertitude. L’amour mélangé avec l’attrait de la chair. L’amour qu’on nomme amour juste pour ne pas être seul(e). Oserais-je m’avancer et répéter que l’amour, c’est quelque chose qu’on porte en soi, à partager et à donner? En tout cas, c’est ici que je me situe à l’heure actuelle.

Je vois passer beaucoup d’écrits sur l’amour. Beaucoup d’histoires, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Ce qui retient mon attention, c’est le cri. La déception. Notre déception. Nous tous qui, un jour, avons idéalisé, érotisé, rêvé un amour qui n’a pas donné les fruits attendus. Mais quels fruits? L'autre est autre, bordel, pas un arbre!

Beaucoup se lamentent sur ce qu’ils n’ont pas obtenu ou vécu, mais assez peu trouvent la force de glorifier le fait d’avoir pris un risque, d’avoir essayé, sans garantie, sans maillon de sécurité. Oui oui. À moi la première pierre... Je me demande vraiment ce qui cloche dans notre temps amoureux. Il m’apparaît que beaucoup d’entre nous avons perdu le sens du travail d’équipe pour courir vers une certaine utopie, le regain du renouveau constant, l’humain comme un objet à consommer, jouir de ce qu’il nous apporte et passer au suivant pour jouir encore, et encore. J’entends des centaines de personnes lutter au quotidien et trouver ce quotidien plate et décevant, sans s’approprier le pouvoir du travail sur leur perception.

J’en viens à me demander quelle est la motivation de chacun dans sa quête amoureuse. Pour l’un, c’est de ramasser le miroir réparateur, la reconnaissance d’une valeur non bâtie de l’intérieur. Pour l’autre, c’est ne-pas-perdre. Tout ce qu’il fait n’est pas dicté par l’amour qu’il a à donner (il n'y en a pas), mais plutôt par la terreur-de-perdre, ce qui le rend assez vulnérable au jugement de l’autre et le précipite dans une ambiance malsaine dont il ignore la portée. Pour l’autre encore, c’est répéter le high des débuts, over and over again, parce que la « sécurité », le prévisible, ne sont perçues que comme des prisons inhibitrices et réductrices du soi…

Et si on se posait quelques questions très simples?

Est-ce que j’ai envie de me donner, de me dévoiler, sans garantie, sans filet?
Est-ce que j’éprouve du plaisir à donner ou suis-je anxieux-anxieuse, à craindre de perdre si fort que j’en perds le lien avec l’autre, que j’en perds le contact avec la réalité?
Est-ce que je m’aime suffisamment pour ne pas donner à l’autre le pouvoir de me détruire ou me construire?
Suis-je capable de ne pas exiger de l’autre qu’il devienne quelqu’un d’autre pour continuer à l’aimer?
Suis-je capable de faire équipe sans chercher à contrôler?
Est-ce que je pourrai tolérer l'incertitude qui vient avec le choix de s'engager?

Ça me semble si simple ici-dedans et là-dehors, c'est si compliqué.

dimanche 6 juillet 2014

Gros dilemme

Mon fils aîné part bientôt en France pour 3 semaines avec son père. J’ai un gros dilemme. Il faut dire que je suis un peu déchirée par ce départ. Non. Pas un peu. Beaucoup. Depuis que l’été est commencé, monsieur le père-de-mes-enfants a demandé 2 fois des changements à l’horaire pour camper avec fils aîné. J’apprends ensuite que c’est pour le faire avec madame-chose-blessure originelle, et ses enfants. Madame-chose est française. Donc, mine de rien, monsieur-le-père réclame son fils aîné plus souvent cet été pour passer du temps en famille reconstituée. Ben oui, ça me fait vraiment chier. Évidemment. Surtout que fils aîné, se découvrant des affinités avec fils aîné de madame-chose, dénigre et néglige son petit frère pour souhaiter passer plus de temps avec petit-issu-de-madame-chose. Étant moi-même l’aînée de 3, je comprends très bien l'idée... Comment lui en vouloir? Il veille à son intérêt et c’est bien plus amusant de passer du temps avec un enfant de son âge qu’un bambin de 2 ans… Mais je l’ai-tu dit? Ça me fait vraiment chier.

Mon dilemme est le suivant. Monsieur-le-père-de-mes-enfants s’attend à ce que je le reconduise à l’aéroport le soir du départ. Étant de nature gentille, ma première réaction est de vouloir le faire, embrasser mon fils, lui dire au revoir, être là. Mais c’est arrivé juste trop souvent que ma nature gentille soit confondue avec « paillasse ». J’ai une réserve. Pourquoi donc rendre service et faciliter un départ que je ne souhaite pas? Je suis ambivalente. Dire au revoir à mon fils et être fidèle à ma nature gentille ou préserver mon amour-propre et refuser? Surtout que ce soir-là, j’arrive en courant du boulot pour un rendez-vous très nécessaire avec ma psy et qu'en plus, j’ai mon plus jeune à ma charge… J’ai pas très envie de faire preuve d’abnégation. En fait, je veux pas le faire. Mais je pense à mon fils aîné, qui sera sûrement content et rassuré de me savoir là. Malheureusement, ce fils a un père que je souhaite oublier par-dessus tout et ça, ça complique les choses. Bordel de vie!

Comme c'est difficile parfois!

mardi 24 juin 2014

L'attachement

Quand on a étudié en psychologie, on a appris la théorie de l’attachement. En bref, c’est le type d’attachement qu’un enfant développe avec son parent. Cet attachement peut être sain, c’est-à-dire sécure, ou plus problématique (évitant, ambivalent, désorganisé). Je ne suis pas ici pour parler psychologie, mais c’est le mot « attachement » qui me vient en tête quand je pense à ce qui me préoccupe ces temps-ci. La garde partagée. Ruptures dans le lien. Éloignement. Perte de la continuité. Détachement. Attachement.

On peut bien dire youpi-j’ai-du-temps-pour-moi et en tirer tous les avantages possibles, il reste que mon fils vient de terminer sa première année scolaire et aujourd’hui, en regardant son porte-folio, j’ai réalisé que je n’avais pas du tout été attentive au processus. J’ai vu les progrès à petites doses, chaque 2 semaines, mais ce matin, j’avais l’impression de voir pour la première fois les talents et réussites, défis et obstacles vécus par mon fils.

Je ne suis pas là comme je voudrais. De semaines en semaines, je les accueille et leur dis au revoir.

L’enfant que je retrouve n’est pas le même que celui que j’ai quitté et chaque fois, c’est comme si nous devions refaire la trajectoire de l’attachement pour nous retrouver au moment présent. Je sens de façon presque physique le moment où nos regards se croisent et le courant passe, nous nous reconnaissons enfin, nous repérons dans cette relation si importante...

Les petits ne retrouvent pas non plus la même mère lorsqu'ils reviennent. Je suis souvent stressée, pressée, préoccupée, dépassée, débordée par une culpabilité viscérale de ne pas être suffisamment présente. Je rêve de leur retour et quand ils sont là, souvent j’aimerais pouvoir profiter du beau de la maternité sans toute la discipline et l’encadrement. Je voudrais juste les aimer et que ça suffise. Utopie. Je sais.

Maintenant que j’ai deux enfants et que je suis seule avec eux quand ils sont là, je n’ai plus la patience que j’avais avec un seul enfant. Ce soir, j’ai dû asseoir mon petit dernier qui prend un malin plaisir à détruire les constructions de Lego de son grand frère. Comme il n’obtempérait pas, je l’ai obligé à rester assis en lui tenant le bassin fermement et j’ai parlé trop fort. C’était limite violent et j’ai pleuré ma vie après qu’il soit allé au lit. Il a 2 ans. Il apprend. Je me sens souvent trop fatiguée, dépassée, écoeurée, désinvestie pour me souvenir qu’il est tout petit et qu’il apprend. J’ai oublié qu’à 2 ans, on détruit pour comprendre comment c’est fait. Pour avoir du pouvoir. Pour jouir de provoquer une réaction. ET on teste sa figure principale d’attachement, pour se confirmer qu'elle est solide.

Je sais que les parents pas séparés font face à des enjeux similaires. Mais ça me préoccupe quand même. Pas tant le fait que mes enfants vivent cette réalité, puisqu’on s’adapte à tout. C’est plutôt le fait que moi je m’adapte et qu’en retrouvant un espace à moi, parfois je ressens la présence des enfants comme une intrusion et je ne suis plus la mère que j'étais. Je me demande même ce qui est arrivé à ma motivation.

Quand ça fait plusieurs jours qu’ils sont avec moi, ils font à nouveau partie de toutes les équations, je retrouve l'espace mère, je recommence à me sentir adéquate. Puis leur départ. Encore. Déjà? Même surmenée. Même fatiguée. Aouch. Chaque fois.

J'aime pas ça. Bon.

mardi 13 mai 2014

Disposable human beings

Ben oui, ça sort en anglais. Des fois, je trouve que certains mots ont plus de poids dans une autre langue. Le mot « trash », par exemple.

Je vais bien, mais je constate une transformation et je suis surprise par l’intensité de certaines de mes réactions. Il fallait peut-être s’y attendre quand on sait additionner action avec réaction. Voilà, j’ai une colère au fond de moi. Cette colère englobe plein de choses : la survalorisation de l’enveloppe au détriment du dedans, l’utilisation d’autres êtres humains pour grandir et les jeter après usage, notre manie culturelle d’être des femmes complexées quand nous sommes merveilleuses, l’élan de fuir nos émotions négatives, la compétition malsaine, l’égoïsme et autres froideurs qui déshumanisent…

Il m’arrive d’être profondément découragée et de chercher le cœur. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai rencontré des hommes qui m’imposaient leur femme idéale. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai quitté des hommes parce qu’ils ne correspondaient pas à mon homme idéal. Puis j’ai grandi. La thérapie aidant, j’ai rencontré le monstre calculateur en moi-même et j’ai réalisé que ça m'est arrivé d'utiliser des gens pour combler mes carences, puis de les jeter lâchement après usage. C’est un peu plus complexe que ça, il y avait une sainte terreur de l’intimité mêlée à tout ça, mais en gros c’est ça.

Il suffit d’un rien, je l’ai déjà dit... Dimanche, jour de la fête des mères, mon fils appelle son père de mon cellulaire, alors que nous roulions vers la maison. Son père passe le téléphone aux enfants de l’autre femme, fiston jase avec eux. Du coup, j’apprends qu’ils ont des beaux plans pour la journée. J’entends presque le bruit du grincement dans ma cuirasse et ça part dans ma tête : « Ben voyons, il va manger au putain de marché Jean-Talon avec ELLE et SES ENFANTS, lui qui m’a contemplée avec un regard sans âme durant toute notre foutue vie de couple chaque fois que je lui proposais d’y aller? »

C’est là que tu vois que même si tu fais des efforts pour ne pas nourrir la haine, c’est bien difficile d’être séparée et de partager la responsabilité parentale. Je voudrais ne pas savoir, ne pas le voir, ne pas être obligée de lui parler. Ça me fait juste mal.

C’est terrible quand on reste avec la blessure, sans aucun espoir de réparation. Il reste une dette en suspens, qui ne sera jamais remboursée. Il a brisé notre relation, n’a jamais cherché à réparer quoi que ce soit et s’est lancé dans sa nouvelle aventure sans un regard en arrière. C’est à moi de ramasser mes pots cassés, d’essayer de ne pas devenir une femme amère et acariâtre. Une danse, deux pas en avant, un pas en arrière, on essaie de garder le tempo...

Disposable human being. That’s me. Is it?

Ouais ouais, je sais je sais...

Je sais ce que je vaux, mais je ne le sens pas tout le temps…

vendredi 2 mai 2014

Les 3 chapeaux

Piétonne, cycliste et automobiliste. C’est dans les deux derniers chapeaux que je vis le plus de peur. À vélo, peur de me prendre une portière en plein corps, peur de me faire accrocher par une voiture ou un camion. Sidérée par le non-sens de certains passages, comme celui sous la voie ferrée sur Clark qui devient St-Urbain de l’autre côté. Il y a une rampe à gauche spécifiquement pour les vélos, mais ça nous oblige à rouler sur la gauche de la rue à partir de Beaubien pour aller la chercher et je me sens beaucoup moins en sécurité à gauche qu’à droite. Mais si on reste à droite, alors on bloque la voie de droite sous le viaduc et on se met à risque d’être happé, comme la victime de cette semaine, sur St-Denis. De l’autre côté du viaduc, la voie cyclable (à droite) débute à Bernard, donc on roule à gauche si on a emprunté la voie cyclable, bloquant la voie de gauche pour les automobilistes. N’importe quoi! La rue Saint-Denis, c'est encore pire, les médias en ont parlé beaucoup cette semaine. Personnellement, j'ai banni cette option depuis belle lurette, même si ça me fait faire des détours.

Lorsque je suis au volant, j’ai peur. Peur d’accrocher un cycliste ou une autre voiture, en me tassant pour faire de la place aux cyclistes. Ceux qui remontent Saint-Laurent du sud au nord en voiture savent de quoi je parle! Il n’y a plus qu’une voie pour rouler, au « milieu », car certains cyclistes, se trouvant ralentis par la quantité importante d’autres cyclistes à droite, décident de prendre la gauche pour aller plus vite. Ça coince les voitures au centre, et moi j’avance à 30km/h, le cœur battant et la peur au ventre… Puis je me dis : « de la marde, je prends mon vélo pour aller travailler demain, ce sera moins compliqué » et c’est vrai que ça l’est, sauf qu'on sent qu'on exaspère les gens au volant... On essaie de s'en foutre et de ne pas se faire frapper.

Ça fait un bout de temps que j’ai ce texte en tête. Je constate que nous avons un problème de cohabitation et d’infrastructure. Par exemple, il manque une piste cyclable dans l’axe sud-nord à l’ouest de Saint-Laurent ou même sur Saint-Laurent. Et non, je n’irai pas sur Avenue du Parc. Mon ancienne élève de danse y est morte l’année dernière. Une mort brutale, injuste. Une portière ouverte au mauvais moment, un autobus et elle au milieu. Ça fait mal, cette mort. Depuis la naissance de mes enfants, je suis passée de la cycliste arrogante qui faisait du slalom entre les voitures sur Saint-Laurent à la maman au casque qui emprunte les pistes cyclables et fait tous ses stops, feux rouges et angles morts. La piste cyclable sur Boyer me fait vivre des frustrations innommables, à cause de l’achalandage (les véhicules motorisés des personnes âgées, qu’est-ce qu’ils foutent là??? Les ados en skate-board qui roulent en tas, bloquant les deux voies, wtf???) + autres anecdotes d’impolitesse entre cyclistes (j’ai mon fils sur un banc de vélo, mais ça ne veut pas dire que je roule pépère, en fait j’ai un très bon rythme, mais les ceuzes qui portent le « kit » avec le sifflet dans la bouche, prennent pour acquis que je vais lentement et ils essaient de me doubler, puis m’engueulent pcq je ne les laisse pas passer WTF on roule à la même vitesse????).

Euh…

Ben c’est ça.

On a un problème. Un vrai problème.

Possible que chacun sous son chapeau croit que la route lui appartient et a du mal à partager. Possible que nous soyons tous, par moments, des enfants de 3 ans qui veulent le même jouet et qui se croient le centre de l’univers. Tassez-vous, je passe. Problème d'attitude aussi? Heureusement, il reste du civisme et de la cordialité entre usagers de la route, des regards s'échangent et s'entendent pour veiller à la sécurité de tous.

Pis tsé, tant qu'à changer les sens uniques sur le Plateau, pourquoi ne pas prendre une rue complète pour en faire une rue cyclable qui traverserait la ville? La rue Saint-Hubert, tsé genre, depuis les changements sur le Plateau, elle pourrait très bien servir à ça, elle est pratiquement désertée maintenant ;)

mardi 15 avril 2014

Il suffit d'un rien.

Un rien. Vraiment. Genre jeter un coup d’œil sur sa paperasse d’impôts, les reçus de physio, les reçus de psy, réaliser qu’on a compté sur un remboursement qui ne viendra pas suite à un malentendu avec l’ex, devoir renoncer à un projet de voyage pour cette raison. Pas rien. Mais pas grand-chose non plus. Il y a pire.

Reste que ce petit rien me remet la perte sous les yeux. Perte de la famille que j’avais envie de créer, famille réparation, famille unie. Perte de l’amour. Perte du lien si familier avec cet autre que je connaissais mieux qu’il se connaît lui-même. Perte des rires partagés en regardant nos enfants grandir. Perte de mes enfants en continu, au quotidien.

Ce petit rien m’a fait revivre en 20 minutes les 2 dernières années de ma vie, de façon aussi intense, mais tout en condensé. Un deuil, ça ne va pas en ligne droite. On peut y revenir et retrouver la même tristesse, la même rage, la même envie de blâmer l'autre et le damner, la même amertume. On lève le couvercle. On se laisse traverser par les émotions. On fait des liens. Tous mes âges intérieurs se confondent et se jasent. Contempler les grandes failles, toujours les mêmes. Mettre des mots, ça panse… Puis revenir au présent. Comprendre.

Tout un cheminement et pas des plus simples. C’est un choix que je fais. Certains surfent, moi je plonge, je cherche le fond qui me servira d’appui pour remonter et je remonte tout le temps. Dans ce plongeon, de si grandes et belles découvertes, des failles et zones abyssales, des bêtes angoissantes.

Chaque fois, j'ai peur. Chaque fois, je suis contente de l'avoir fait.

mercredi 9 avril 2014

L'allaitement

Maintenant que mon petit dernier a 2 ans et que la poussière post-séparation retombe, que je vois cette nouvelle vie montrer sa lumière et que j’arrive à sourire au renouveau, j’aimerais vous parler de mon expérience avec l’allaitement.

C’est un sujet sensible, avec lequel je bataille encore. Un espace où se mélangent colère, culpabilité et impuissance. Je vais ouvrir mon cœur et risquer d’aller à contre-courant, pour dire ma vérité. Mon espoir est de dénoncer un en-train-de-devenir TABOU.

Enceinte de mon premier enfant, j’avais ce fantasme de la mère aux seins débordant de lait, qui, par son nectar humain, allait faire grandir et grossir son poupon, le sourire aux lèvres et la joie au cœur. Tout de suite après la naissance de mon fils, j’ai dû apprendre qu’il y avait une façon de prendre le sein, que le bébé devait l'apprendre, mais j’ai surtout appris que dans mon cas, même si la prise était bonne, ça allait me faire mal pendant 8 semaines. C’est affreux d’entendre tout le monde te dire que « ce n’est pas supposé faire mal si la prise est bonne », de les inviter à vérifier, de les voir constater que bébé travaille bien et de rester perplexes. Une infirmière a même sous-entendu que j’étais peut-être « un peu douillette » (est-il utile ici de souligner que j'ai eu mes deux enfants sans péridurale ni aucune forme d'anesthésie?). Bébé pleurait, je le mettais au sein à la demande et c’est moi qui pleurais de douleur. Mais je persévérais. Entre le deuxième et troisième mois de vie de mon fils, j’ai goûté au bonheur, finie la douleur, bébé qui prend du poids. Entre le troisième et le quatrième mois, j’ai senti un changement. Je faisais tout comme on me disait, je me reposais en même temps que le bébé, je le portais beaucoup en écharpe (j’adorais ça!), je mangeais et buvais suffisamment, je mettais de la musique douce, restais détendue… Bébé était constamment au sein et ne semblait jamais rassasié. J’ai attendu, croyant (après plusieurs appels au CLSC, à Nourri-Source et la ligue La Leche, visites d'infirmières et de marraines d'allaitement, etc.) que c’était une poussée de croissance, mais je le voyais maigrir. J’ai essayé d’augmenter ma production de lait de plusieurs façons, mais ça ne semblait rien donner. Je commençais à m’inquiéter et ne recevais aucune autre information que celle-ci : « madame, continuez à allaiter! ».

Vous n’avez pas idée de la culpabilité, du silence et de la honte. Surtout quand ton entourage (aussi grano que toi) renforce tout ça, en supposant que tu dois être stressée, que tu as dû faire de quoi qui a diminué ta production, que ÇA SE PEUT PAS que ta production de lait cesse.

BEN OUI, SACRAMENT, ÇA SE PEUT!

Mais ça doit être de ma faute, hein? Du stress, oui, de voir mon fils pendu à mon sein jamais rassasié en train de maigrir à vue d’œil, ça stresse une maman, ça. Voilà, tout s’explique? Je ne pense pas.

Au rendez-vous de 4 mois avec la pédiatre, elle a regardé son poids, m’a dit qu’il était revenu à son poids de 10 jours de vie, s’est levée et est revenue avec une boîte de lait en formule. Très doucement, elle m’a dit que je pouvais continuer à allaiter, mais que je devais compléter avec ça. Elle m'a dit qu'il arrivait plus fréquemment qu'on pense que la production de lait des mamans chute ou cesse. Je me suis mise à pleurer. Jamais de toute ma vie je n’ai ressenti un aussi grand sentiment d’échec. Jamais. Mon fils avait eu faim pendant 3 grosses semaines et j’avais écouté la mafia de l’allaitement au lieu de le regarder, lui, et de m’écouter, moi.

Voyez-vous, j’y ai beaucoup pensé depuis. L’allaitement, c’est quelque chose de puissant. En ce moment, la pression est forte et la culpabilité très grande quand ça ne fonctionne pas. Je me suis beaucoup interrogée, ai soulevé des enjeux très profonds dans mes eaux intérieures, repensé à cet homme qui m’a touché les seins quand j’avais 9 ans en se frottant sur moi, revisité ma relation avec ma mère et ses couleurs d’attachement évitant face à son rejet et sa déception à ma naissance. Face au fait que ma mère m’a toujours dit sur un ton de reproche et de fascination à quel point j’étais un poupon insatiable et qu’elle avait commencé le « Pablum » à 8 semaines pour me faire taire.

Peut-être que ce n’était pas du lait que je voulais, maman? Ton odeur, ta chaleur, ton amour, peut-être? Mais ça, c’est une autre histoire…

Je m’exprime aujourd’hui pour essayer de faire quelque chose de créatif avec cette culpabilité innommable, cet échec rendu plus difficile par le regard des autres, le jugement silencieux, l’étonnement un peu méprisant…

J’ai allaité avec bonheur mon deuxième enfant jusqu’à 5 mois ¾, mais à partir de 4 mois, j’ai vu le même phénomène se répéter et je ne me suis pas posé de questions, je lui ai donné des bananes écrasées, de la courge et de la courgette en complément, je suis allée acheter de la formule quand j’ai vu que je n’avais plus de lait en après-midi et j’ai allaité jusqu’à ce qu’il ne reste plus une goutte. J'ai privilégié la nourriture avant la formule et il a bien grandi, bien grossi et très bien digéré ce que je lui donnais.

J’ai bien vu le regard un peu peiné de certaines. J’ai décidé de l’ignorer, pour me préserver. Je les ai laissées blâmer ma séparation, mon stress, ma peine. J’ai décidé de voir le beau côté des choses (plus de liberté, une maman souriante, possibilité de boire du vin, etc.) et surtout, de regarder mon bébé. Lui, qui s’attrapait les pieds pour se mâchouiller les orteils, le ventre plein, le sourire facile et les vocalises charmantes qui remplissaient la maison.

Voilà ce que j'avais à dire sur mon expérience de l'allaitement.

mardi 25 mars 2014

Endommagés

Nous sommes tous endommagés. La vie passe sur nous et laisse des traces, des sillons, des brèches… Dans mon travail, on entend cette question plusieurs fois par jour : « SUIS-JE NORMAL(E)? ». Criante préoccupation des jeunes qui appellent, écrivent ou textent. Au premier conflit, à la première déprime, la première rupture amoureuse, le premier moment d’anxiété, on voit ces jeunes vouloir éradiquer l’ennemi et projeter hors d’eux ces états, ces émotions. Comme si nous étions des parfaites petites créations que la vie venait pourrir. Il est peut-être là, le problème. Peut-être. Dans cette perception de soi comme d’une machine endommagée, à réparer. Et malheureusement, pour certains, il arrive que les dommages soient là, bien réels, bien difficiles, voire impossibles à surmonter. Dan Bigras l’avait écrit, dans son film « La rage de l’ange » : « des fois, il y a juste trop de dégâts ».

Je pense à cet homme dont le père a été assassiné par fusillade alors qu’il avait 2 ans et dont la mère s’est ensuite remariée avec un homme violent. Je pense à son enfance marquée par la faim et la maltraitance. Cet homme, c’est mon père. Je me suis souvent demandé qui il aurait été si ces événements n’avaient pas marqué son identité d’un fer rouge.

Nous n’arrivons pas tous égaux dans cette vie. Non.

Les épreuves arrivent, laissent des traces et nous nous réorganisons autour de celles-ci, parfois avec une défensive efficace pour-ne-pas-ressentir, parfois avec un art de faire porter nos fardeaux par les autres, parfois avec abandon, parfois avec l’espoir que quelqu’un, quelque part, viendra effacer tout ça et nous réparer, parfois en faisant du sens par l’art, la spiritualité ou les sports… Autant de façons de s’approprier les épreuves qu’il y a de personnes qui perçoivent…

Je partage cette réflexion suite à une conversation avec un ami. Nous parlions d’une expérience récente, dans laquelle je me suis sentie comme une personne endommagée à réparer et j’ai détesté l’expérience. Je me suis sentie habitée par une forte pulsion de destruction. Je n’ai pas aimé cette sensation de prise en charge. Ce qui paraissait être un souci bien altruiste, je le percevais comme une invasion de mon intimité.

Ça a été concluant : je ne suis pas encore prête à m’investir dans une relation engagée, tout simplement. J’ai peut-être juste envie de m’amuser.

Savourer mon imperfection.

Et c’est très bien comme ça.

mercredi 19 mars 2014

Journée de marde

Tu te réveilles et déjà, tu es en beau tabarnak. Tu sens une vague pression en dedans qui crie JE VEUX JUSTE RIEN FAIRE, bon. Rien. Pas de responsabilités. Pas d’obligations. Mais bon, tu as des enfants. Faque tu te lèves. Ça avance au ralenti ce matin, tu choisis de laisser les enfants déjeuner devant un truc « éducatif » sur youtube et tu te prends ton café en jouant à Candy Crush Saga, espérant que cette humeur poche sacre son camp… Ben non. Pis tu te sens poche de te sentir poche.

Comme tu es au ralenti, les enfants le sont aussi. Faut courir après le plus jeune pour lui changer sa couche, il est 7h46. Faut être dehors à 7h56 pour arriver à l’heure à l’école. Tu as demandé au plus vieux d’aller mettre son habit de neige (hiver = wtf no comments) et tu le trouves bien zen en train d’assembler ses Lego. Tu pètes ta coche, parce que tu es de mauvaise humeur. Ça sort tout croche, genre « on va être en retard à l’école et ce sera parce que tu ne m’as pas écoutée quand c’était le temps de m’écouter ». Ouais ok, ça aurait pu être pire, mais ça pourrait être mieux aussi. Pfff.

J’ai pas fini de déjeuner, pas pris de douche, j’ai envie de hurler, mais je me contiens, on part et on marche vite. On arrive tout juste à l’heure. Je présente des excuses à mon aîné de m’être énervée, lui souhaite une belle journée…

Dans l’auto vers le cpe, bébé a une routine : il hurle en enlevant mitaines, chapeau et cache-cou, le temps que ces damnés objets lui résistent. Dès qu’il a réussi, il dit « Voilà » sur un ton de triomphe et devient d’une humeur charmante. D’habitude, je trouve ça cute. D’habitude.

Il y a un trafic inhabituel ce matin. Je réalise que c’est à cause d’une personne qui conduit à 20 km/h, 8-10 autos plus loin. Juste pour faire exprès, une autre personne roule à 35 km/h sur la voie de gauche, 4 autos devant. À droite, il y a un autobus. Bon ok, c’est un de ces matins où il semble que l’univers conspire pour te faire chier, déjà que c’est pas la joie, ta colère semble tout trouver sur son chemin pour gronder et grandir…

En rentrant de la garderie, tu as une tonne de choses à faire. Tout le monde pense que tu es en congé, parce que tu ne travailles pas aujourd'hui. Ce n’est pas un congé, ce n’est jamais un congé. Tu appelles pour prendre rendez-vous pour les enfants avec leur pédiatre parce que tu as oublié de le faire et que les deux sont plus que dus pour un check-up. Le plus vieux n’aura plus de pompes bientôt, il faut s’en occuper. On te dit que l’horaire de la pédiatre pour NOVEMBRE n’a pas encore été donné par la pédiatre, rappelez la semaine prochaine. Je bouille en dedans. Je vais faire quoi, moi, si le grand fait une crise d’asthme? Grrrr.

Il y a des travaux en cours dans la maison. L’homme à tout faire prépare son stock pour finaliser la pièce en bas / ancien bureau de ton ex (là où il a passé des heures à chatter avec elle, pendant que je dormais en haut, enceinte jusqu’aux oreilles pfff). Je veux que cette pièce ait une nouvelle vocation, en finir avec les mémoires sombres et les regrets. L’employé m’appelle, il y a de l’eau qui coule le long du mur et une petite flaque par terre, juste en dessous de là où se situe l’évier de la cuisine. Grrrrr.

Ça fait 2 semaines que tu prévois aller porter ton vélo pour le tune-up annuel. Tu as regardé sur le site web, tu as téléphoné pour savoir l’heure d’ouverture : 11h. Tu te pointes à 11h15, c’est fermé.

Ben tsé tu quoi? Fuck off. Je m’en vais chez le coiffeur! 

mardi 11 mars 2014

Passer à autre chose

C’est fou comme il peut y avoir du poids dans certaines expressions. Ou comme on peut parfois les entendre mille fois avant de les poser sur une balance et saisir tout le relief caché dans ces simples locutions. Tsé là, comme le fameux « lâcher-prise ». Eh bien moi aujourd’hui, ce que j’entends dans ma tête, avec mille papillons, petite vallée printanière et soleil aveuglant, c’est ça : PASSER À AUTRE CHOSE.

Avoir fait son deuil. Retrouver la vie. Retrouver l’espoir.

Avoir entendu le cocon craquer et pouvoir déployer ses ailes pour de nouvelles découvertes. Chérir ce nouveau regard plus riche d’expérience qui saisit la beauté et la fugacité des moments. Prendre des risques. Savoir reconnaître certains patterns et les refuser quand on les sait destructeurs. Ne plus accepter de contenir les éléments toxiques des autres, pour les autres. Assumer cette décision.

Ça parle de tempête de neige encore pour demain et pourtant, je sens la sève monter dans mon âme et je me sens comme une jeune fleur, renouvelée, vivante, prête pour du nouveau.

Prête à passer à autre chose J

mercredi 5 février 2014

Petit billet humoristique sur l'amour vs. le quotidien

Quand on est jeune, on pense à l’amour et on a cette idée qu’il suffit de s’aimer pour que tout fonctionne. On apprend vite que ce n’est pas le cas. On apprend vite que dans une relation, il y a des moments de malaises, de désaccords, d’incompréhension, de remise en question… On apprend aussi qu’on peut travailler, essayer de se comprendre, trouver un terrain d’entente, négocier, avancer…

Dans le quotidien, la monotonie peut vite nous aveugler et nous déconnecter l’un de l’autre, surtout quand il y a des enfants, surtout quand ils sont tout petits. Pourtant, dans ce même quotidien familial, il y a quelque chose de très précieux : l’entraide, l’équilibre. Par exemple, un travaille plus, l’autre met plus de temps sur les tâches ménagères et la cuisine, on se partage les lifts des enfants, les mille et une obligations liées à la propriété, aux véhicules (quand il y en a), les rendez-vous médicaux, etc. Cette entraide est aussi financière, ce n’est pas surprenant que les séparations laissent des plaies ouvertes dans les finances des deux partenaires, c’est une institution qui prend fin!

Après la séparation, le père de mes enfants et moi nous sommes retrouvés avec 100% du poids des obligations, une semaine sur deux. J’avoue que si j’apprécie les quelques moments de solitude fertile que beaucoup de parents à plein temps n’ont pas, les semaines avec enfants sont vraiment intenses! Imaginez, juste pour le fun, que j’aie oublié d’acheter du lait et que je m’en rende compte juste avant le souper. Il faut habiller les deux loulous, cela implique de gérer un rebelle de 23 mois qui refuse absolument d’enfiler son habit de neige et qui me le démontre en faisant une arche vers l’arrière ou en faisant le « mou » (avez-vous déjà essayé d’habiller un ver de terre avec des vêtements de Barbie? Ça vous donnera une idée…), de tolérer les récriminations critiques de mon grand de 6 ans qui n’a pas trop envie de bouger, de sortir à l’épicerie, gérer les demandes des enfants qui voudraient acheter tout ce qui est sucré, de faire semblant de ne pas voir la baboune du plus vieux qui avait BESOIN de sa tarte au sucre, bon. Déjà essouflé(e)? Et j’ai juste raconté 10 minutes de la journée J

Heureusement, je passe une partie de mon temps libre durant la semaine sans enfants à faire des réserves pour ne pas avoir à vivre ça trop souvent. N’empêche… Pas parfaite, la mère, et c’est une chance!

Bref. Cette entraide, cette répartition des tâches, ça me manque. En fait, ça me manque durant la semaine avec enfants. Durant la semaine sans, ouf, quel silence et quelle joie de me faire un horaire de loisirs et de rencontres! Quel bonheur ce célibat!

Je me suis demandée ce que je ferais si quelqu’un s’intéressait à moi et qu’il m’intéressait également… Sans blague, moi qui ai toujours valorisé la passion, la sexualité, la liberté individuelle, je me surprends à m’imaginer lui faire passer un questionnaire, oui oui, un questionnaire!

Question 1. Lorsque tu vois un sac de poubelle plein, quelle est ta réaction?
Question 2. Il y a de la neige, tu vois une pelle. Que fais-tu?
Question 3. Le siège des toilettes, c’est quoi ta position philosophique par rapport à ça?
Question 4. Comment évaluerais-tu ton habileté avec la technologie?
Question 5. Aimes-tu la viande et es-tu bon avec un BBQ?
Question 6. Te sens-tu capable d’être présent sans trop te mêler de l’éducation de mes enfants?

C’est fou! Moi, l’intellectuelle, l’existentielle, la grande amoureuse, j’aurais envie d’un partenaire du quotidien. Fuck les grands frissons. Fuck les beaux ténébreux à sauver de leur noirceur. Fuck les situations inutilement complexes.

Je ne cherche pas, de toute façon ;)

mardi 28 janvier 2014

La peur

Hier en voiture, j’ai senti la peur en restant prise dans la neige, à donner du gaz en vain dans une côte sans que ma voiture bouge. En fait, elle glissait sur le côté et j’ai craint un accrochage. Heureusement pour moi, un homme est venu s’offrir pour pousser la voiture et me dégager. Merci à cet inconnu, ouf.

J’ai senti la peur dans mon corps, le cœur qui bat dans les tempes, le stress qui mobilise mes sens pour réagir au danger, les mains et les pieds froids, le mal de ventre... Tout en ressentant cela, j’étais comme à l’extérieur de moi, observant avec un détachement amusé cette preuve que je suis en vie, puisque toutes sortes d’états et d’émotions traversent mon corps… Reconnaissante...

Ce qui m'a frappée à ce moment-là, c’est que lorsque je dis « j’ai peur » dans la vie de tous les jours, en fait, je n’ai pas peur du tout! J’ai réalisé que lorsque je dis « j’ai peur », c’est souvent une construction de mon esprit qui prend vie, mais mon corps, lui, ne dit pas la même chose. Il faut voir combien nous sommes à avoir peur, subjectivement peur. Peur de s’engager. Peur de se regarder en face. Peur de se rendre compte qu'on est l’artisan de son propre malheur. On dit « j’ai peur », mais peur de quoi au juste? Peur de vivre? Peur d’avoir mal?

Et si avoir mal était la preuve que nous sommes bien en vie?

Et si avoir mal était le début des plus belles et des plus grandes transformations, en faisant le choix de travailler activement sur ses perceptions?

En comparant la sensation bien réelle de peur que j’ai ressentie hier dans mon corps avec ma peur subjective, je réalise que quand je dis "j'ai peur", j’ai surtout envie d’essayer. Par exemple, j’ai peur que mes enfants se sentent abandonnés. Erreur. J’ai surtout envie d’avoir mon espace à moi, même quand je suis avec eux. J’ai peur de me mettre en colère quand je côtoie une certaine personne. Erreur. J’ai envie de lui dire ce que je vois et de la laisser cheminer avec ça.

Plus tôt dans ma vie, j’avais écrit sur un bout de papier : peur + désir = mensonge. Est-ce qu'on s'enfarge dans l'auto-mensonge quand on se fait croire que notre désir est une peur? La peur, le désir, la même chose? En tout cas, c’est ce que mon psy me disait il y a quelques années et je l’avais trouvé juste baveux et provocateur. Oups. Je comprends maintenant.

Et vous? Quand vous dites que vous avez peur, prenez-vous la peine de sonder votre corps? Le danger que vous craignez est-il réel? Vous arrive-t-il de passer à côté d’une opportunité parce que vous avez peur? Peur de quoi?

Peur de vivre?

mercredi 15 janvier 2014

Plaidoyer pour l'ennui

Suite à une discussion au sujet des activités parascolaires de mon aîné avec le père-de-mes-enfants, j’ai réalisé que je ressentais un vague malaise, difficile à identifier. Peut-être que j’étais surprise de l’initiative de monsieur et de son désir d’occuper notre fils, qui vient juste de commencer la maternelle! Monsieur-le-père voulait inscrire fils à deux activités du service de garde. J’ai argumenté pour une seule activité. Mon malaise s’est installé, vague, ouaté, devant le mot "dommage" utilisé par mon ex…

Il est possible que je me sois sentie subtilement jugée par cette « autre moitié parentale » (merci Geneviève L.) pour avoir récemment ré-enligné ma façon d’être mère. Est-ce la voix du doute en moi-même ou une perception fondée? Je ne sais pas. Je ne vérifierai pas.

Dans les derniers 24 mois, entre la peine d’amour et l’arrivée du deuxième enfant, j’ai dû me rendre à l’évidence que la mère que je voulais être répondait bien plus à mes propres besoins qu’à ceux de mes enfants. En fait, je suis heureuse de cet ajustement à la réalité, car mon aîné, avant la tempête, était un enfant gavé, occupé, regardé, aimé, (sur)protégé. Il avait peu d’espace pour désirer, pour s’exprimer, pour s’ennuyer. Il y a bien eu des moments où, exaspérée et vidée, je l’ai laissé tourner en rond un peu. Bien sûr, il exprimait sa frustration et sa déception de se retrouver seul. Parfois, la culpabilité me ramenait à lui. D’autres fois, je tenais mon bout, accrochée à mon café et mon écran tout en respirant pour rester centrée. J’étais toujours surprise du silence qui s’installait après les protestations. Une fois le café bu et à jour sur toutes les insignifiances des réseaux sociaux, j’allais chercher mon fils pour le trouver parmi ses petites voitures, en train de construire un monde tout en parlant seul. Je reculais à petits pas silencieux, le laissant dans son monde, soulagée de sa capacité à être seul tout en étant avec moi.

J’ai déjà parlé de la peur du vide. Il semble que ce soit une des grandes afflictions de notre temps. Nous avons peur du vide, alors nous le remplissons de projets. Nous courons, courons, courons, nous épuisons, nous rendons même malades, pour fuir le vide. Je dis « nous » de façon très générale, d’accord? On pourrait peut-être traduire « vide » par « solitude ». La capacité à être bien avec son silence, avec l’incertitude, avec le chaos des relations humaines, je crois que c’est quelque chose qui s’acquiert durant l’enfance, en étant un peu seul, en s’ennuyant, en désirant. Je crains que nos enfants ne s’ennuient pas assez, pris dans la névrose de nos « maternités-de-performance » (terme brillamment utilisé par Fanny Britt dans « Les tranchées » et quel beau livre, soit dit en passant!).

Il y a eu un moment où dans ma maternité, un aspect plus sauvage a pris le dessus. Les mots d’humains à qui j’attribuais de la sagesse, lus et entendus, se sont réunis dans mon esprit et ont fait vibrer quelque chose de très puissant à l’intérieur. S’ennuyer, c’est peut-être le malaise, la porte qui s’ouvre sur le désir (dans son aspect « vouloir »), la débrouillardise et la créativité. Être seul, c’est peut-être l’espace qu’on sent vide avant de le remplir par soi. Ne rien faire, c’est peut-être instaurer un rythme d’excursion-incursion entre les mondes extérieurs et le monde intérieur.

Je vote donc pour un ennui savamment prévu dans l’horaire. Un ennui qu’on donne à l’enfant comme un cadeau, avec compassion, pour qu’il le façonne à son goût et qu’il ait la chance de relever ce défi, même si ça le rend un peu anxieux, même si ça le met en colère, même s’il se sent subjectivement rejeté ou abandonné. Il survivra.

Est-ce que ce n’est pas rendre service à nos petits que de ménager un espace pour apprendre à surmonter la peur du vide?

dimanche 5 janvier 2014

Un bilan

Voici maintenant une année complète que mon ex m’a avoué qu’il « fréquentait » l’autre "officiellement". Nous nous étions séparés en septembre. L'entente était de réfléchir pendant 3 mois à l’évolution de cette relation, chacun pour soi. Entre temps, elle s’est pris un appartement début décembre et un mois plus tard, ils étaient « ensemble ». Définir "ensemble", c’est obscur et complexe (surtout que je ne veux pas le savoir), mais bon, ils ne se sont plus lâchés.

Une année pour m’extirper avec peine d’une peau devenue trop étroite dans laquelle j’étouffais. J’étais coincée dans la prison que j’avais moi-même construite, à répondre à des obligations auto-créées sur des modèles de mère-toujours-disponible-et-aimante, de blonde-toujours-disponible-et-aimante. J’ai mis une virgule comme s’il y avait une suite à cette énumération d’idéal, mais entre ces deux rôles-là, il ne restait plus d’énergie pour rien d’autre. Plus une goutte! :)

D’où tenons-nous cette idée absurde qu’une fois que les enfants naissent, la suite logique est d’accumuler des photos de bonheur et les beaux moments en famille? Combien d'entre vous postent des photos de famille parfaite sur Facebook mais gardent le silence sur les moments de doute et de crise? Nous rendons-nous compte qu'en faisant cela, on intensifie le malaise et la solitude, car ça donne l'impression qu'on est le seul à aller mal quand ça va mal? Quelle peur du chaos nous amène à faire ce que j’ai fait : me couper de mon instinct et couper le contact vrai avec celui que j’aimais pour lui imposer mon idéal et essayer de le modeler à cette image? Pas consciemment, bien sûr. Pas du tout, même. Je le vois bien, maintenant. Je n’étais pas vraie avec lui, j’étais trop occupée à nourrir à une illusion de stabilité, dans une peur panique du chaos et de la noirceur, la sienne et la mienne…

Dans mon jardin, j’ai tout délaissé sauf une fleur prénommée David et je l’ai gavée. J’ai tout misé sur cette unique floraison. Il n’avait jamais demandé autant d'engrais! Puis bien sûr, dans un élan de vengeance contre cet investissement qui n'a pas donné le retour escompté, j’ai passé une partie de l’année à arracher les racines et sarcler la terre pour effacer toute trace de sa présence. Je lui ai fait porter le chapeau du gros méchant. Ses choix me font encore mal, mais je ne le vois plus comme un monstre. Il était probablement perdu, pris au piège dans mes modèles imposés (en plus des siens!), tout autant que je l’étais…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de sauter en parachute et de plonger dans une mer chaude et houleuse. J’ai eu envie de nature, de précipices, d’air humide et chaud. Puis j’ai surtout ressenti de la joie, d’avoir vécu tout ça et de permettre à cette expérience de m’amener ailleurs, de briser mes moules et me permettre de redécouvrir une enivrante sensation de liberté.

Ma perception des relations humaines a changé. Je ne crois plus aux relations qui durent toujours. Juste le mot « toujours », ça me fait un peu sourire, considérant que nous allons tous mourir un jour. Je crois que la seule relation qui durera toujours, c’est celle qu’on a avec soi-même. Alors ça vaut peut-être la peine de se demander vers quoi nous pousse la haine de soi. UN seul « autre » ne pourra jamais, je souligne, gras et majuscules JAMAIS combler tous nos besoins. D’ailleurs, porter cet espoir, c’est peser sur cet autre.

Il y a des personnes significatives qui nous font sentir bien, qui nous bougent à l’intérieur, qui nous réconfortent ou nous confrontent de façon positive. Ces personnes arrivent, restent, partent, reviennent, repartent... Si la jeunesse m'amenait à m'accrocher à ces instants de vérité pour les appeler "toujours", je les accueille aujourd'hui comme de précieux cadeaux, insaisissables et merveilleux.

Si je peux me permettre un bilan de la période entre le 4 janvier 2013 et le 5 janvier 2014, il ressemblera à ça : prenons le temps de faire nos deuils, apprenons à nous pardonner d'être simplement humains, mais surtout, acceptons que tout comme nous menons notre bataille, l'autre mène la sienne aussi. Parfois, les chemins se séparent plus tôt qu'on l'aurait voulu. La stabilité, ce n'est pas la vie.

Bonne année tout le monde!

vendredi 3 janvier 2014

Une lecture inspirante

Je me laisse souvent inspirer et transporter par mes lectures. Il m’arrive de me laisser baigner dans l’ambiance d’une lecture pendant plusieurs mois, de me désorienter volontairement, histoire de faire de la place à de nouvelles façons de percevoir.

Je me suis fait un cadeau pour Noël : « Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Introduction à la Communication Non Violente », de Marshall B. Rosenberg. Depuis que j’avais entendu une collègue parler de la CNV, j’étais curieuse de m’instruire davantage, surtout que je sentais que ça pourrait devenir un outil précieux dans le cadre de mon travail.

C’est réussi. Je l’entame pour la deuxième fois et comme toujours, quand je cherche à m’améliorer comme intervenante, je grandis personnellement. En voici les grandes lignes pour partager ma réflexion.

Première « leçon » : observer sans juger.

Je prends deux secondes pour prononcer ces mots à voix haute et remarquer le calme que ça installe en moi.

Observer sans juger. Observer ce qui se passe à l’intérieur de soi, ce qui se passe entre l’autre et moi, ce qui se passe tout autour. Développer l’habitude de ne pas étiqueter tout de suite ce qui se passe. Se voir comme un aigle survolant la situation.

Deuxième leçon : comment je me sens? Aller voir quelles émotions se vivent en-dedans et les identifier.

Troisième leçon : quel est mon besoin?

C’est là que ça s’éclaircit… Des exemples : je me sens triste et frustrée parce que j’ai besoin de me sentir aimée et acceptée. Je me sens en colère parce que je ne me sens pas respectée ou prise au sérieux. Je me sens apaisée parce que la personne devant moi m’a spontanément donné un feedback positif et chaleureux, comblant ainsi mon besoin de reconnaissance.

Quatrième leçon : comment répondre à mon besoin?

On n’a pas de pouvoir sur les autres, mais on a le pouvoir de s’exprimer clairement. On a le pouvoir de nommer ce qu’on souhaite pour répondre à nos besoins. On a la capacité d'aller chercher dans la vie ce qui comblera nos besoins, plutôt que de rester fixés sur l'espoir de changer les autres.

Cela dit, ce livre part d’un point de vue théorique humaniste à inspiration "rogérienne" (Carl Rogers). Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un psychologue qui a apporté énormément à la psychologie contemporaine avec ses théories sur le pouvoir guérisseur de l’empathie, du non-jugement, de l’authenticité du thérapeute, ainsi que la qualité de la relation entre client et le thérapeute. Le fondement théorique de cette approche prend pour acquis que l’être humain est fondamentalement aimant et bienveillant.

C'est là que mon esprit critique s'invite au party...

J'avoue qu'en lisant, je me suis demandé ce qu’une personne avec un trouble de personnalité antisociale pourrait faire avec cela, je déménageais dans ma tête en imaginant le monologue suivant :

-      - J’observe que le gars devant moi m’a coupé dans une file d’attente
-      - Je me sens très fâché
-      - Mon besoin est un besoin de justice par rapport à la place que j'occupe dans le monde
-      - Pour répondre à mon besoin, je vais le jeter par terre et reprendre ma place

Bon ok. Moi, ça me fait rire.

J’ai parlé de trouble de personnalité, oups! Je vais tout de suite rectifier. Je crois que tous les ingrédients « humains » sont en chacun de nous et que nous pouvons tous dérailler à un moment ou un autre. Tous. C'est une question d’équilibre et de déséquilibre, subjectif ou objectif, souffrant pour soi et/ou pour les autres. J’haïs les diagnostics en santé mentale. J’haïs cette manie des milieux d’intervention de classer les gens en catégories, rassurantes pour eux mais pas vraiment utiles pour les clients.

Il reste que je ne suis pas sûre que tous les êtres humains soient fondamentalement bienveillants et aimants.

Et vous, vous en pensez quoi?

À suivre...