vendredi 27 décembre 2013

C'est quoi, l'amour?

L’amour, pour moi, c’est un courant qui passe entre toi et moi, lorsque nous enlevons nos masques et que nous nous regardons droit dans les yeux, droit dans le cœur, et que nous aimons ce que nous voyons. Lorsque nous nous lions, que nous ressentons notre humanité, nos batailles et victoires, nos défaites, notre fierté et notre humilité. Lorsque je dévoile quelque chose et que je laisse tes mots m’atteindre dans ma chair, et que tu fais la même chose. Ainsi, l’amour passe plusieurs fois par jour entre beaucoup de personnes et moi. On se sent bien quand il passe, mais il reste insaisissable et surprenant. Pour le voir passer, il faut savoir délaisser son armure protectrice, sinon on risque de passer à côté.

L’amour, donc, n’est pas une récompense, ni quelque chose qu’on peut modeler selon nos désirs. Ce n’est pas la solution à tout. Ce n’est pas l’ultime point d’arrivée.

C’est peut-être juste savoir aimer le vulnérable en soi-même et être capable de le montrer. Puis trouver que l'autre est beau sans ses masques.

L’amour, c’est d’abord et avant tout quelque chose qui est en moi. En toi. Quand le courant passe souvent, on veut recréer cette excitation, on devient un compulsif de l’autre, on s’engage, on donne forme au partage. À partir de là, rester ou partir, c’est une décision. Changer de partenaire pour recréer constamment l’excitation du renouveau, à mon avis, c’est quelque chose qui ne fait que reporter à plus tard la vraie rencontre avec soi-même et l’amour qu’on a en soi, à partager. On blâme l’autre de ne pas éveiller l’amour en soi, mais c’est peut-être qu’on n’a pas d’amour à donner. Puis l’amour, c’est pas vrai que c’est la chose magique qui répare tout.

Si j'ai un souhait à faire maintenant, c'est de savoir savourer ce courant quand il passe et ne pas chercher à le posséder ni lui imposer ma forme.

mardi 17 décembre 2013

Je me suis perdue en chemin

Je me suis perdue en chemin. Entre moi et l’autre, j’ai choisi l’autre. Je me suis traînée à ses pieds et lui ai remis mon épée, je l’ai assis sur mon trône et me suis faite serviteur et bouffon.

Je me suis perdue en chemin. Quelque part sur la route, j’avais goûté à la joie de plaire, la joie de voir le contentement et le plaisir dans le regard de l’autre. J’ai égaré mon âme pour conserver ce miroir, croyant que ma valeur résidait là.

Je me suis perdue en chemin. Désarmée, vidée de toute énergie, j’ai participé à ma perte avec un plaisir masochiste. J’ai ignoré les alarmes et je me suis moulée à celui que j’avais choisi d’aimer, pour le garder tout près, ne pas le perdre.

Je me suis perdue en chemin. Déplaire, fâcher, contrarier l’autre n’était pas une option. Une crainte infantile de réveiller la violence de l’autre me faisait longer les murs, dire oui quand j’avais envie de tout plaquer, négocier avec ma colère pour la garder bien étouffée. Je me suis moi-même positionnée en victime, et ensuite j’ai pleuré ses choix, ne prenant aucun blâme ni responsabilité, parce qu'une victime, c’est irréprochable.

Je me suis perdue en chemin et cette année, la vie m’a remise sur la route qui est la mienne. L’éveil fut brutal, mais il est désormais bienvenu. J’avais oublié que j’ai toujours eu le choix. Je m’en souviens maintenant. J’ai le choix de me retrouver et de redonner à ma vie le sens profond qui dormait sous mes promesses d’amour.

Je me retrouve sur mon chemin.

Ah tiens, t’es là toi? Dis donc, je t’avais mise de côté, hein? Je te demande pardon. Viens, on va marcher. Dis-moi, t’as envie de quoi, qu’on s’y mette? Il y a encore beaucoup de travail, mais on va y arriver!

À la bonne heure, bonheur.

mercredi 11 décembre 2013

La vie, c'est maintenant

Bon, ça suffit, la grande. On va se parler, ok? On va se dire les vraies affaires.

Tu as existé avant lui. Tu as construit des choses avant lui. Tu as déjà été bien. C’est le temps de repenser à qui tu étais et de te relever. Là, si près du plancher, tu ne vois que poussière et insectes. Si tu veux arrêter d’être fâchée tout le temps et faire de la place au bonheur, il va falloir que tu travailles activement à oublier. Je vais te dire certaines choses dures, mais c'est dans le but de t’aider.

Non, il ne reviendra pas.

Oui, ta famille est désormais brisée et ta réalité de mère sera de vivre une alternance entre connexion et déconnexion avec tes enfants. Je sais, ça te fait chier. Mais tes enfants ont un père et ce père veut s’impliquer. Tes enfants ont besoin de lui aussi.

Non, il ne te dira pas qu’il regrette, que tu lui manques et qu’il a fait l’erreur de sa vie. Ça n’arrivera pas. Oublie ça. Tu te fais du mal en souhaitant qu’il endosse ta douleur.

Non, il ne réparera pas la blessure qu’il t’a infligée. Comment le pourrait-il? S’il avait eu cette sensibilité et cette capacité d’empathie au départ, il aurait été capable de valoriser cette relation et il en aurait pris soin. Il serait peut-être quand même parti un jour, mais il l’aurait fait dans le respect et d’une façon moins souffrante pour toi.

Maintenant que c’est dit, souviens-toi de qui tu es. Tu as traversé des champs de bataille, tu as été blessée, mais tu t’es toujours relevée et tu t’en es toujours sortie un peu plus détachée, joyeuse et philosophe. Tu les aimes, tes blessures, elles t’ont donné ta sensibilité, ton empathie et ta capacité à aimer. Elles t’ont humanisée.

Ce n’est pas vrai que tu vas laisser ces événements te dérober la joie sincère et gratuite dont tu as toujours été capable. Ce n’est pas vrai que tu vas te recroqueviller et mourir en dedans, te fermer aux échanges et à la beauté des rencontres. C’est l’heure de choisir entre la sagesse ou l’amertume.

Souviens-toi de ce que tu faisais dans les périodes lumineuses. Tu méditais? Ben alors? Médite, si ça te fait du bien! Tu t’entraînais, tu allais aux cours de Pilates? Go! Tu écrivais? Check! Tu dansais? Bon d’accord, ta motivation n’est plus la même et ta vie a changé, mais si tu le peux et que tu le veux, pourquoi pas? Tu échangeais plein de paroles avec plein de monde et tu adorais les rencontres, les grandes discussions jaillies de nulle part? Sors de chez vous! Tu as croisé le regard de ce papa au cours de natation et ton cœur a vacillé? Parle-lui la prochaine fois! Il est peut-être célibataire lui aussi!

Je ne te permettrai pas de me faire du « oui, mais ». J’en ai assez au boulot, du « oui, mais ». C’est le temps de s’activer à fabriquer ton bonheur et cesser de vouloir « qu’on » répare la perte, qui est bien perdue, bien brisée. Même si l’enfant en toi a encore la pensée magique de son prince qui revient avec de la colle psychique pour réparer les dégâts, ça n’arrivera pas. Tu es une pas-pire maman pour tes enfants, pourquoi ne pas convaincre l’enfant en toi que tu peux prendre soin d’elle, l’écouter, la prendre au sérieux, essuyer ses larmes et son nez qui coule, sans la juger, sans la sermonner?

Et si tu te posais les bonnes questions? Pourquoi es-tu allée vers quelqu’un qui ne savait pas t’aimer? Tu vois pas qu'il y a plus de pertes que de gains dans tes patterns amoureux? Tes patterns « inconscients » peuvent bien exister, mais tu peux les déjouer, choisir, agir. C’est ça que tu as fait quand tu lui as demandé de partir. Tu as refusé d’être le dernier dossier en dessous de la pile, rôle que tu tenais depuis plusieurs années déjà, et pas juste avec lui.

Il y a un paradoxe entre tes désirs et ta réalité amoureuse… Avoue-le donc, que tu voudrais être TOUT pour quelqu’un, que tu aurais voulu être tout pour lui. Ben oui. Ou en tout cas, très importante, spéciale, digne d'intérêt et d'investissement… Pourtant, quand des hommes t’ont fait ce genre de déclaration ressentie et sonnant-vrai, tu as tout de suite fui très loin, de peur d’avoir une dette trop lourde envers eux. Comment tu expliques ça?

Sérieux. Sors de chez vous! Active-toi à être le plus heureuse possible. La ligne du temps, elle ne se remonte pas.

Tu choisis quoi, la grande?

samedi 7 décembre 2013

Le grand défi du bien-être

Je n’invente rien en disant qu’un des plus grands défis du bien-être, c’est de trouver un sens à sa vie. Quand on arrive à trouver une cohérence intérieure, il semble que les eaux troubles deviennent cristallines et on ressent à ce moment une sensation ronde, une plénitude psychique très particulière, même dans la douleur. Sachant que cette sensation est possible, on s’en souvient dans les moments de tempête, pour garder le cap. On sait qu’on y reviendra. On sait que la machine à faire du sens est toujours en marche.

Les mots sont générateurs de sens. Les mots sont porteurs de mes affects et de mon histoire. Ils se sont inscrits dans ma tête à mesure que je mûrissais. Mes mots signifient quelque chose pour moi. Tes mots se sont inscrits en toi alors que tu vivais ton histoire et signifient quelque chose pour toi.

Si on a trouvé un sens pour soi, on peut facilement tomber dans le piège d’étaler sa solution. On peut avoir la prétention de croire que cette solution s’applique aux autres, puisque ça a marché pour soi. Ça peut être une voie spirituelle, un recours à la psychothérapie, un travail qui remplit, la pratique d'un art, d'un sport, une vie de famille qui stimule, etc.

Je vais donc te dire quelque chose que tu sais déjà, probablement : ce qui fonctionne pour TOI ne fonctionne pas nécessairement pour MOI, et vice-versa.

Il est difficile, le chemin de l’humilité et de la solitude. Lorsque je quitte mon espace psychique pour essayer de comprendre comment tu perçois, j’entends tes mots, mais JE NE SAIS RIEN. Rien du tout. Je peux avoir l’illusion de saisir quelque chose parce que nous utilisons les mêmes mots, mais c’est TON espace. C’est toi qui détiens ta propre machine à faire sens.

Si c’est toi qui me parle, client(e), mon rôle est de comprendre quel affect tu lies à tes mots, comment tu fais du sens, comment tu fabriques ton bien-être. Je m’expose donc parfois à être choquée, désarmée, impuissante, en désaccord, limitée… Ami(e), si je te donne un conseil, je te parle de moi, pas de toi. Je ne t’aide pas à trouver ta voie, à écouter ta voix. Les conseils, je les perçois comme une prise en charge de l'autre. C'est rassurant, oui. Mais c'est infantilisant aussi. On n'a pas besoin d'être pris en charge, on a besoin de faire sens.

C’est toi qui sais ton sens. Pas moi.

Moi, je sais pour moi et pour moi seulement.

jeudi 5 décembre 2013

La disponibilité

Lorsqu’on travaille en relation d’aide, on est en état de disponibilité et de réponse. Lorsqu’on est mère, on est aussi en état de disponibilité et de réponse.

Un ami, grand amour dans une autre vie (celle d'avant les enfants), me faisait remarquer que je suis organisée comme un bureau et il perçoit ma gestion du temps comme une froideur et une déshumanisation. Même si je voulais dresser une liste d’arguments pour le contredire, il n’a que lui à s’occuper, il est libre et sans enfants. Il ne peut pas comprendre. Il a le temps.

Le fait est que depuis que j’ai des enfants, tout a changé. Le temps ne s'étire plus à l'infini. Le temps fuit. Chaque minute compte. Beaucoup de choses à faire, peu de temps. Ça devient une habitude de se coucher le soir avec un sentiment de ne pas avoir fait tout ce qu'il y avait à faire. On se fait à l'idée de laisser tomber certaines choses pour préserver sa santé mentale.

Je donne, je réponds. Puis quand les enfants dorment (enfin!), je me ressource dans le silence et la solitude. Moments essentiels pour recharger les batteries et remplir le réservoir de patience et d’empathie. Si quelqu’un appelle ou me sollicite à ce moment, je ne réponds pas. Je me donne le droit de faire le plein en faisant le vide. Combien de parents lisent ceci en ce moment et comprennent parfaitement ce que je veux dire?

Je me ressource dans des échanges avec d’autres mamans, avec le double avantage que les enfants jouent ensemble et qu’on peut se reposer un peu ;)

En général, je ne souffre pas de la solitude que je choisis. La solitude, elle est souvent un doux refuge, familier, aimant, apaisant. C’est mon espace de création. 

J'aime ma solitude. J'aime aussi être en relation... MAIS... si ça me demande plus d'énergie que ça m'en donne (on vise la réciprocité n'est-ce pas), si c'est une constante remise à niveau, si le dialogue n'est pas fluide, si on ne fait que se rentrer dedans et argumenter tout le temps, alors non.

Pas de temps à perdre, j'en ai si peu!

dimanche 1 décembre 2013

Ma lave brûlante

C’est visqueux, glissant et dangereux. Voilà comment je le sens. Tout va bien, puis je suis confrontée à son existence à elle et me revoilà dans ma blessure, hébétée, à errer dans mes fantasmes de violence et de mort. Voilà que je revenais à la surface, retrouvais le sourire et mon amour de la vie, et vlan! Il est question d’elle en-route-vers-chez-lui. Nous changions de « tour de garde » et j’ai dû vite quitter mes enfants pour éviter de la croiser. Mon choix. Ce qui n’a pas empêché qu’elle se gare derrière moi et que je la vois sortir ses enfants de la voiture. Si vous saviez la sensation quand je sais qu’elle est proche! C’est physique : je sens mon sang descendre dans mes pieds, je deviens étourdie, le souffle court et les émotions à fleur de peau.

Son existence, c’est le symbole de l’éclatement de ma petite famille. Peut-être que notre couple aurait fini par éclater éventuellement, mais pas aussi vite. Son existence, c’est le souvenir d’une grossesse tourmentée par le doute et la jalousie, à soupçonner sans savoir, à savoir sans savoir, à douter de moi-même, à croire que c’était mes hormones qui me jouaient des tours...

Puis les aveux, quelques jours avant d’accoucher. Sur un ton « j’ai compris que je ne sais pas aimer et c’est avec toi que j’ai envie d’investir, je suis bien avec toi, je vais aller chercher de l’aide et on va travailler à tout reconstruire ». Mais il n’a pas pu couper avec elle, faisant fi de mes demandes. Après plusieurs mois à ne plus me reconnaître, à surveiller ses appels et ses courriels, avec un bébé au sein et la mort dans l’âme, j’ai dû le foutre dehors pour sauvegarder ce qui restait de mon amour-propre.

Il ne voulait pas partir, mais refusait de couper le contact avec elle. Dans leur naïveté et leurs enfantillages, ils se faisaient croire qu’ils étaient amis, qu’ils voulaient seulement prendre des nouvelles l’un de l’autre. Pfff.

Je ne souhaite à PERSONNE de vivre une telle torture. Il était obsédé par elle, incapable de se l’enlever de la peau. Puis avec le recul, comment n’ai-je pas vu qu’il n’avait jamais été célibataire depuis ses 17 ans, qu’il était toujours passé d’une relation à une autre sans aucune forme de transition, juste pour ne pas être seul? Cette cloche a sonné quand il a quitté son ex pour moi, mais j’ai construit un déni autour de mon malaise. J’aurais dû me douter qu’en lui demandant de partir, il ne réussirait pas à relever le défi du célibat. Il s’est accroché à elle encore plus fort.

Me voilà à nouveau dans ma colère. Cette même colère qu’il me coûte de recevoir dans mon travail, je la ressens aujourd'hui et je patauge dans ma lave brûlante. Je ne sais pas toujours comment en faire quelque chose de créatif. Je ne vois pas le bout. On dirait que tant que "elle" existera, ce sera un défi pour moi.

C’est ça qui arrive quand on se sent comme un vieux torchon, une chaussette sale et trouée, jetée dans la poubelle. C’est cette sensation que je retrouve quand elle est proche. Mon ex a transféré son regard sur elle et je suis devenue rien. Il a essayé de s’amender, de s’exprimer, de blâmer son incapacité à aimer, son besoin d’une thérapie. Il reste qu’il l’a choisie, elle, même s’il a réussi à se mentir à lui-même en me faisant porter la décision de la séparation. J’ai espéré pendant plusieurs mois qu’il revienne à la raison/maison, qu’il coupe avec elle et qu’il choisisse notre relation et le bien-être de nos enfants. Il l’a pas fait. Pas même passé proche de le faire. Le désespoir s’est installé, le deuil s’est enclenché et j’ai recommencé à goûter à ma solitude.

Ces paragraphes sont essentiellement thérapeutiques, je ne sais que faire de ma lave alors je la transforme en mots, cherchant une certaine libération. J'espère qu'une fois apaisée, cette lave pourra devenir pardon. Si vous vous êtes rendus jusqu’ici, vous avez tout mon respect. Rien ne vous oblige à y prêter attention, c’est moi qui se relève d’une grande épreuve. Par moments, la joie de me retrouver. Par moments, la rechute.

Une danse avec la vie et ses côtés plus sombres?

Je prendrais bien des petites vacances de ma vie, moi...


jeudi 28 novembre 2013

La colère des autres

Comme intervenante, une des situations les plus inconfortables pour moi, c'est de recevoir la colère des autres. Je ne parle pas d'une colère dirigée sur moi dans mon cadre professionnel, car elle est rarissime. Je parle de la colère liée à la problématique du client. Une colère souvent justifiée, une colère noire, une coulée de lave... Cette coulée de lave, à mesure que la colère s'exprime, on peut presque la voir jaillir et déborder, se frayer un chemin vers soi et du coup, on se met à vouloir éviter d'être touché, blessé par ce feu liquide. C'est fou comme parfois, un mélange de colère et d'amertume dans des situations réellement lourdes et difficiles, ça me donne envie de fuir. Comme si j'avais envie de dire "oui, c'est difficile ce que vous vivez et oui, votre colère est légitime, mais ne débordez pas sur moi, j'ai pas envie, je ne me sens pas capable de la contenir pour vous". C'est un drôle de truc, la colère. Certains disent qu'elle est une réaction à un sentiment d'injustice. D'autres diront qu'elle est l'écran qui masque la détresse. C'est probablement un peu tout ça, et plus encore.

Le défi, arriver à travailler avec cette colère, lui donner une juste place dans le processus de changement, quel qu'il soit. Comment faire pour ne pas se brûler? Comment apaiser ce feu? Comment transformer tout cela en quelque chose de mouvant et créatif?

Personne n'est à l'abri de traverser une période volcanique un jour ou l'autre.

Je nous souhaite donc à tous de rencontrer le phénix en soi-même.



lundi 25 novembre 2013

La toxicité

Samedi matin, je me suis extirpée d'un rêve des plus étranges, mais qui parle depuis mes abysses. Dans ce rêve, je suis assise dans un camion-remorque, à côté d’un chauffeur bourru aux cheveux blancs. Nous sommes sur une autoroute qui ressemble à la 40, mais elle a plusieurs étages superposés. Il passe d’une voie à l’autre et d’un étage à l’autre, mais il n’y a pas de mur entre un niveau et l’autre, alors le camion vole littéralement de haut en bas et un peu apeurée, j’admire l’habileté du chauffeur. En arrivant à ce qui ressemble à la jonction de la 40 et de la 15, il me dit qu’il ne pourra pas me laisser où je le veux, mais qu’il peut me rapprocher, en me laissant à Pointe-Claire.

Pointe. Claire.

Voyez-vous, mon père est venu souper vendredi soir. Il se fait vieux et même si notre relation est bourrée de mines enfouies, j’avais envie de partager un bon moment avec lui. Quiconque connaît mon père sait que cet espoir est sujet à désillusion sans préavis. Il venait à peine de débarquer qu’il nous reprochait déjà, à ma sœur et à moi, de ne pas donner de nouvelles. Pas directement, bien sûr, juste en disant qu’il avait passé 20 ans à ne pas donner de nouvelles à sa mère qui était en Bosnie et que maintenant, il comprend ce qu’il lui a fait vivre.

Pointe. Claire.

Il comprend, nous sommes occupées avec nos enfants, lui aussi, il était occupé à nous élever (ma sœur lève un sourcil, je la sens prête à charger, elle respire, se contient, fiou…). Il parle de la mort, il pleure en regardant nos enfants. Les attrape par le bras pour les couvrir de bisous sans se soucier de leur espace et du fait qu’ils soient plutôt effrayés par ce grand-papa bosniaque qui lève le ton facilement et qui prend de la place. Il est là, avec sa lourdeur, ses inquiétudes toujours plus envahissantes avec le temps, sa paranoïa. Là où il n'a pas l'information, il emplit le vide avec son imaginaire débordant (souffrant), nous soupçonne toujours du pire, prêche du faux pour savoir du vrai, essaie d'isoler pour mieux régner...

Je suis déçue. Curieusement, le papa de mon enfance me manque, mais je réalise que je l’ai en partie inventé. J’ai succombé au charme des paroles et je n’ai pas enregistré les comportements. Mon père dit « je t’aime », puis t’étiquette violemment avec toutes sortes de mots en arrivant à des conclusions rapides et impulsives. Par exemple, vers 21h vendredi, il voulait parler avec mon fils de 5 ans. Le petit avait sa semaine dans le corps, ses paupières étaient lourdes et son petit corps s’agitait de surexcitation. Il répondait du bout des lèvres à ce grand-père qu'il connaît peu et dont il se méfie. Après 2 phrases, mon père s’est exclamé « mais il a de la misère à se concentrer, ce petit! ». Ainsi va mon père qui va, ah.

Toxique. Pas besoin d’être Freud pour comprendre la dénivellation de l’autoroute et le fait que le camion va vers le bas, ni la lourdeur du camion. En plus, le chauffeur a les cheveux blancs! Je voulais partager un beau moment en famille et mes attentes ont été déçues. Mon fantasme de famille heureuse a dévié, je suis tombée d’un étage et il a pris le contrôle de la soirée, avec ses angoisses, ses récriminations, ses accusations, sa réalité déformée. Déçue. Déçue. Déçue.

Ça me fait revisiter mon enfance lorsque je le vois interagir avec nos enfants. Cet homme parle d’amour, mais a échoué à nous protéger, nous éduquer, nous encadrer. Il disait « je t’aime », mais quand il était dépassé, il frappait, nous frappait avec tout ce qui lui tombait sous la main, quand il n’était pas en train de nous rabaisser et nous traiter de tous les noms. C’était le seul père que j’avais, alors j’ai trouvé des façons d’éviter les coups, en mûrissant très vite pour porter ses fardeaux avec lui. Porter ses fardeaux pour lui. C'est ainsi que j'ai appris à aimer. Ça m'a coûté très cher et j'apprends encore aujourd'hui à me repérer dans ces dynamiques malsaines. Heureusement, on peut s'en sortir.

Vieille cicatrice. J’essaie, j’entends bien sa détresse et je suis consciente de sa mort qui approche, mais je n’y arrive pas. Ma perception actuelle, c'est qu'il va toujours chercher quelqu’un pour porter ses fardeaux et devant l'échec de sa tentative de déchargement, il attaquera, soupçonnera, détruira. Encore et encore.

Je ne peux plus me proposer comme copilote de son camion, ce ne serait que cheminer vers une pointe claire. Me soumettre à une morsure à peine déguisée, qui hurle sa déception devant la réalité de tout parent : ton enfant n'existe pas pour toi, il n'est pas là pour réussir là où tu as échoué, il peut te respecter et t'être loyal, mais ce n'est pas et CE NE SERA JAMAIS SA JOB de t'aimer et de te réparer.

Quand c'est l'enfant qui prend soin de l'enfant dans le parent, l'indice de toxicité peut monter si haut que l'enfant devenu adulte pourrait ne jamais vouloir être en contact investi avec ce parent, même quand la mort rôde.

jeudi 21 novembre 2013

Se réveiller de l'amour

Ça me fait bizarre, le désamour. Durant des mois, des années, on se garde amoureux en dirigeant délibérément le focus sur le beau, le potentiel, les aspects positifs de la relation. Quand on bascule de l’autre côté après une rupture, on regarde cet autre pour qui on aurait tout donné et on se demande vraiment ce qu’on faisait là. L’idée de revenir sur nos pas est absolument impossible à envisager. On a basculé de l’autre côté. Si ça s’est terminé, c’est probablement parce que ça ne marchait pas, même quand on s’est battu à mort pour maintenir son illusion... On peut bien revisiter la relation de toutes les façons possibles, il restera des nœuds, des incompréhensions, des désaccords. Ces nœuds étaient déjà présents, mais on les ignorait. Ces incompréhensions ne s'éclairciront probablement jamais. De deux côtés, des frustrations. Maintenant, en tant que parents, essayer d’enlever ça du chemin pour faire équipe malgré tout, oufff. Pas simple. Ni facile. Il suffit d’une remarque, d’une attitude équivoque, d’un mot de trop pour rapidement se voir replonger dans la justification, la clarification, la tentative de résoudre de vieilles batailles… Et frapper le même mur! Des deux côtés. On vient à en avoir ras-le-bol des meurtrissures qu'on s'inflige sans arrêt!

Tranquillement, un jour à la fois, apprendre à vivre avec l’idée que ça ne se réglera plus et qu’il vaut mieux ne pas alimenter son besoin d’être reconnu ou accepté ou même aimé par cette personne-là. Apprendre à ne plus s’identifier au miroir de déception mutuelle qu’on se renvoie l’un l’autre. Le couvrir d’un tissu noir et poursuivre sa route.

Chercher les miroirs qui nous font du bien, qui nous inspirent et nous donnent envie de vivre. Oui, c’est ça : vivre. Pas vivoter en traînant sa carcasse entre un drame et un autre, non. VIVRE. Remarquer que Jupiter brille dans le ciel ces temps-ci, juste un peu en bas à gauche de la lune. Sentir la morsure froide de novembre et l’aimer.

Aimer sa solitude, car elle est ronde et pleine.

dimanche 17 novembre 2013

Le boulot du ciboulot

J’ai un travail qui me passionne, je suis intervenante.

Ça fait quoi, une intervenante?

De l'extérieur : écouter, valider, prendre au sérieux, intervenir en cas d'urgence, référer, guider, informer...

De l'intérieur, c’est plutôt complexe à définir.  Une aventure chaotique dans les états psychiques des autres? Une remise en question constante? Ça oui. Un voyage dans leur façon de percevoir. Aussi, une confrontation avec moi-même, avec mes limites et mes valeurs… Il ne faut pas avoir peur du noir pour faire ce travail, en tout cas. Je prête mon ressenti et ma machine à penser à des gens dans une situation de déséquilibre. Je suis un écho, un miroir, un porte-lumière, un point d’interrogation. J’adore ça.

Depuis que je fais ce travail, j’ai le privilège de côtoyer des personnes sensibles et empathiques. Depuis que je fais ce travail, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place. J’ai découvert le plaisir de la collaboration, du partage d’expertise et de l'absence d'un ego défensif. Mes collègues et ami(e)s intervenant(e)s ont tous une sensibilité hors du commun. Je me suis souvent fait la réflexion que cette sensibilité tire sa source dans la conscience de ses failles et blessures, mais aussi dans la capacité de se remettre en question. J’ai souvent constaté que ceux qui ont plongé dans leurs zones abyssales en sont revenus avec une mouvance psychique remarquable. Quoique. Pas besoin d’être intervenant pour ça : il suffit d’avoir accepté de lever certains voiles et regarder bien en face des côtés hideux et sanglants de sa propre histoire, puis de les reconnaître comme faisant partie de soi. Simple à dire comme ça, mais pas du tout facile.

Ça fait maintenant 7 ans que j’ai abandonné mes souliers de danse pour étudier en psychologie et ensuite travailler en relation d’aide. Je ne savais pas, en entrant dans cette voie, que ce travail allait me transformer à un point tel que j’aurais du mal à m’identifier à l’amoureuse-de-la-scène que j’ai été. Je m’attendais encore moins à toute la remise en question de mes rôles auprès de mon entourage. Avoir une sensibilité pour accueillir les autres et se servir de celle-ci pour entrer en relation, ça me crée parfois un déséquilibre entre ce que je donne de moi, ce que je garde pour moi et ce que je reçois. Ça soulève même l’épineuse question de pourquoi je donne. Oui, on peut valoriser le don, mais pas à tout prix et pas avec n’importe qui (dans la vie personnelle, je veux dire).

L’empathie, ça s’use. Quand c'est le premier outil avec lequel tu travailles, tu te retrouves parfois à ne plus pouvoir en donner une fois que la journée est terminée. Ma capacité à situer la détresse pour encaisser certains comportements inadéquats, c’est utile chaque jour au travail. Une fois sortie de là, je n’ai plus envie de comprendre le comment du pourquoi des comportements qui me heurtent dans certaines relations. D'une façon surprenante, mon travail me permet d'exploiter ma sensibilité et me redonne ma liberté de mouvement dans ma vie, puisque je ne ressens plus le besoin de soigner ceux que j'aime. Je suis libre.

Puis j’ai juste envie de m’amuser, bon.

mardi 12 novembre 2013

La vie de parent...

Nous vivons dans un drôle de monde, je trouve. Un monde où on se regarde beaucoup le nombril. Un monde où on cultive une certaine illusion de la certitude. Pire, un monde où l’on croit pouvoir isoler l’élément humain, en tirer des données « scientifiquement vérifiées » pour proposer des solutions-recettes aux problèmes que nous rencontrons sur la route. C'est remarquable lorsque vient le moment de devenir parent. Il faut voir la quantité de livres, d’articles, de « spécialistes » sur internet en ce qui concerne l’alimentation, les méthodes d’éducation, les moyens "infaillibles" pour que bébé fasse ses nuits, les diagnostics qui arrivent de plus en plus tôt dans la vie des enfants, la médication, la vaccination, etc. Il n’est pas surprenant de constater le niveau d’anxiété élevé des nouveaux parents et la culpabilité intense qu’ils ressentent en réalisant qu’être parent, ce n'est pas toujours plaisant, c’est un grand défi et même, une épreuve. La recette-lue-dans-un-article-scientifique ne marche pas toujours, parce que la recette ne tient pas compte de l’unicité de l’enfant et du dialogue psychique entre celui-ci et son parent. Bah oui, c’est dur parfois d'être parent. Pour ma part, j’avoue qu’il y a des jours où malgré tout l’amour du monde, je préférerais être tranquille sur une plage, ou partout ailleurs que là, avec mes petits…

Il faut voir la quantité de gens qui s’attroupent autour d’une nouvelle naissance pour dire à la maman quoi faire, comment le faire, l’étouffant de conseils souvent contradictoires, chacun portant l’effigie de sa génération. Si seulement ils pouvaient juste se taire et entourer la maman dans ces fragiles semaines qui suivent la naissance d'un enfant, surtout le premier. Comme dit Clarissa Pinkola Estés dans "Femmes qui courent avec les loups" : une mère a besoin d'être maternée.

Il m’arrive de penser que seuls les parents peuvent comprendre l’intense ambivalence des émotions que nous font vivre nos enfants. De l’amour, ça oui. De la haine aussi. De la tristesse. De la colère. De la surprise. De la joie, plein de joie. Enfant, je t’aime donc je te frustre. Si tu n'as pas faim, je ne te servirai pas de suce, désolée. Enfant, je t’aime, donc je te fais vivre des épreuves pour te préparer à la vraie vie, avec la plus grande compassion. Si je te laisse parfois seul alors que tu veux jouer avec moi, c’est pour t’aider à développer ta créativité et ta débrouillardise. Si je te dis non lorsque tu veux toujours manger la même chose, c’est pour t’initier à la diversité. Il y a des endroits pour crier. Il y a des endroits pour courir et sauter. L’escalier n’est pas un espace de jeu. Ouf, c’est fatigant tout ça. Répéter jour après jour après jour après jour. Puis un jour, c’est intégré et on se met à pérorer une autre règle, que l’enfant est assez mature pour intégrer. Puis on la répète jour après jour après jour après jour.
  
Il m’arrive de fantasmer qu’ils aient déjà tout compris pour que je puisse me reposer en leur compagnie. Ha ha! On peut toujours rêver… Peut-être que j’aurai un discours différent quand ils seront plus grands…

Pour l’instant, je vais aller lisser mes plumes multicolores...

mardi 5 novembre 2013

Les malentendus de langage entre les adultes et les enfants

Je ne me souviens plus du nom d’un collaborateur de Freud qui avait travaillé sur les malentendus entre le langage des adultes et celui des enfants. Ah merci Google! C’était Ferenczi. Françoise Dolto a repris et très bien étudié ce phénomène. Elle en donne des exemples surprenants dans « Tout est langage » et dans ses cas cliniques dans « L’image inconsciente du corps ».

Hier, mon petit bonhomme de 5 ans a vécu un épisode à l’école qui aurait pu mal tourner, si on n’avait pas récupéré la situation, sa professeure et moi.

J’étais au boulot quand mon cellulaire a sonné. Le responsable du service de garde me demandait de venir chercher mon fils, qui apparemment pleurait beaucoup et se plaignait d’un mal de gorge. Alarmée, j’ai appelé son père pour savoir s’il était malade en matinée et selon lui, il n’y avait aucun signe de virus à son arrivée à l’école. Mes antennes de maman étaient activées, je me doutais bien qu’il se passait quelque chose et je sais que mon coco a tendance à se trouver des bobos pour exprimer ses malaises ou se sauver de certaines conséquences…

En arrivant, j’ai trouvé un petit bonhomme remué, mais pas malade. J’ai demandé à la dame du service de garde s’il avait eu un conflit avec quelqu’un. Elle m’a dit qu’il avait refusé de faire une tâche assignée par la professeure. En l’interrogeant lui, il m’a dit qu’elle lui avait demandé de dessiner une école et que c’était trop difficile pour lui (en effet, mon fils n’aime pas trop dessiner). Tout de même, j’étais étonnée que ça ait pris une tournure aussi dramatique. En expliquant à mon garçon qu’il aurait pu essayer, il me répond : « mais madame S… m’a dit qu’il fallait que ce soit parfait. »

Du coup, j’ai compris que mon coco avait été dépassé par la tâche et qu’il s’est senti impuissant et peut-être sous pression, il a craqué. Il a prétexté un mal de gorge et comme la professeure n’était pas dupe, elle lui a donné une petite conséquence et il s’est mis à pleurer, tout décomposé. C’est là qu’ils m’ont appelée.

Nous avons dîné ensemble et je lui ai demandé de me dessiner une école avant le repos, en lui donnant quelques directives pour l’aider. Il l’a fait sans rechigner. Le téléphone a sonné et j’ai pu parler de la situation avec sa prof. Tout s’est éclairci, lorsqu’elle lui a demandé de faire son dessin, elle lui a demandé de « faire de son mieux », il a compris : « ça doit être parfait ». Voilà le malentendu.

C’est fou, hein?

Et voilà que je me retrouve à expliquer à mon fils que Madame S… voulait dire une chose et que lui, il a entendu autre chose. J’ai pataugé pour trouver des mots simples et justes, qu’il comprendrait, et à mesure que je parlais, j’ai pu voir le soulagement et la joie fleurir sur son beau visage.

Il y a des moments comme ça où il fait bon être maman.



lundi 4 novembre 2013

La haine

C’est étrange la haine. Ça fluctue. Une marée haute, une marée basse… Depuis un an, je monte et descends au rythme de ces fluctuations. J’ai beau savoir que j'y suis pour quelque chose, que je nourris cet état, je n’y peux rien. Ma haine est proportionnelle à mon amour et mon amour est grand, loyal, fidèle, intense… Quand ça chavire, son opposée est tout aussi grande, loyale, fidèle et intense.

Si vous saviez ce que je donnerais pour être capable de desserrer la mâchoire. On me dit « change-toi les idées » « rencontre d’autres hommes » « amuse-toi ». Oui, oui, je fais tout ça. C'est bon, merci. On dirait qu’en donnant naissance à mes enfants, j’ai désappris la spontanéité. Avec des enfants, je suis devenue quelqu’un qui prévoit tout, même ses temps de plaisir. Arriver un soir libre et décider que c’est maintenant qu’il faut s’amuser, malheureusement, ça ne marche pas tout le temps.

Je vis avec cette haine comme un moteur infatigable activé par une pédale hyper performante. Ouin. Vous m’excuserez les métaphores automobiles, j’ai une relation quasi amoureuse avec ma voiture et comme l’obtention de mon permis est encore récente, je ronronne toujours en partant le moteur et en m’amenant là où JE le veux, quand JE le veux. Oh! Je vois « live », en écrivant, comment ma pensée arrive à lier haine, moteur, ronronnement. 

Moment de réflexion...

Il est possible, en effet, que je tire un bénéfice à haïr autant. Ça me permet de me tenir debout… Ne pas m’effondrer, les enfants ont besoin de moi. Ne pas quémander. Ne pas aller dans des aspects de moi-même qui fantasment un retour de son amour. C’est affreux, de savoir que l’autre est ailleurs depuis longtemps et de se surprendre à rêvasser à ce qui aurait pu être différent, si… et si… et si… Ma tête, mon cœur, deux vitesses. Aimer = richesse ou pathétisme? En tout cas, quand l’autre ne veut pas et que toi tu veux, c’est facile de verser dans le pathétisme. Voilà où la haine devient utile, elle permet de lever la tête durant la tempête et de la garder bien haute.

Lorsqu’elle ne sera plus utile, elle s’éteindra, tout doucement.

J’ai hâte. Si vous saviez. Si seulement.

samedi 2 novembre 2013

Ruminations nocturnes

J’ai hâte au jour où je repenserai à tout ça en me disant que c’était pour le mieux. Maintenant, quand j’y pense, c’est juste du flou, de l’incompréhension, de la tristesse, de la méfiance. Je vois un homme, "mon" homme, se laisser déstabiliser par une femme avec une santé mentale chancelante qui se la joue victime et dépressive, qui ment, qui fait des cachotteries pour éviter de tout perdre de tous bords tous côtés, qui se croit une belle personne, qui cherche à vivre l’amour avec mon ex tout en se gardant son ex-mari sous sa coupe malgré tout, lui laissant juste assez d’espoir pour qu’il ne puisse pas passer à autre chose. C’est facile de l’extérieur de voir à quoi elle joue. Elle ne veut pas perdre complètement ni son mari, ni son amant. Ah bien sûr, elle ne doit pas voir à quel point elle joue avec les autres. On heurte les autres là où on souffre. Elle doit être en grande détresse pour agir de façon aussi tordue. Mais je m’en fous. Son existence a heurté mes enfants et ça, je ne suis pas capable de l’accepter. Mes enfants n’ont pas accès à un modèle relationnel solide et mature et oui, je blâme aussi son existence à elle et ses magouilles de petite conne pleurnicharde qui s’attache des mecs sauveurs pour la rassurer et s’ingénier de mille façons à lui prouver qu’ils sont à la hauteur. C’est ça sa game. Qui peut être assez tordu pour écrire à la femme trahie et lui raconter les choses de façon à être pratiquement prise en pitié? Il faut voir comment elle s’exprime : que d'enfantillages et de sombres drames! Pfff.

Puis c’est difficile d’avoir du respect pour le père de mes enfants, que j’ai tant aimé. C'est dur de le voir succomber pour du glissant, du compliqué et du dark quand il avait du possible et du lumineux. Tous les canaux étaient ouverts, j'aurais fait tous les efforts nécessaires pour rescaper la famille, sauf un : accepter leur relation. Je ne parle même pas de moi, en me référant au lumineux. Je parle de l’endroit où on se rejoignait, lui et moi. Certains passent à côté de certaines choses simples et pourtant merveilleuses. C’est l’histoire de ma vie. J’ai toujours cru que l’amour, c’est pas les gros papillons, les grands drames et les bouleversements. Comme entendu dans la série « In Treatment » (dans cette magnifique scène où Gina se lasse des attaques de Paul et qu’elle explose), pour moi l’amour, c’est aussi aimer qui on est lorsqu’on est près de l’autre. C’est cette connexion tranquille, cette sensation de familiarité si rassurante. On avait ça, mais il a choisi de basculer vers autre chose. L’histoire de ma vie, c’est de voir des hommes revenir des années plus tard pour me dire qu’ils ont compris que c’était précieux. Peut-être que j’en fais trop. Peut-être que je suis facile à prendre pour acquise alors je deviens inintéressante. Je ne sais pas. Ce soir, je suis triste et j’ai besoin de quelqu’un à blâmer. Ce soir, c’est la haine.

Un jour, je le sais, je réussirai à m’extirper complètement de ces émotions. Probablement que j’aurai même gagné en lucidité et en détachement. Je ne resterai pas fâchée avec l’amour. Il y a même de fortes chances que mon regard sur mon ex change au point de me dire avec une légère affection qu’il a choisi ce qui lui ressemble et que je suis mieux loin de tout ça. Je ne carbure pas au drame, moi. Plus maintenant.

On n’a qu’une vie à vivre, aussi bien en tirer le plus d'étincelles possibles!

mercredi 30 octobre 2013

Les dures vérités...

Certaines vérités font mal. En tout cas, elles sont dures à admettre. Je suis obligée de m'avouer que l'absence du père de mes enfants, en voyage pour 11 jours, m'a permis de respirer mieux. Le voilà de retour, j'ai déjà la mâchoire serrée et la haine au coeur. Qui dit retour du père dit départ des enfants et je suis obligée d'admettre que je suis bien plus heureuse quand mes enfants sont là. À un niveau très archaïque et animal, c'est comme si un intrus venait m'arracher mes petits de leur tanière. Puis ça me fait mal d'admettre que sa présence à lui me pèse et me dérange, que ça ramène ce gros nuage noir et familier, cet espèce de stress post-traumatique de la rupture et de sa trahison.

J'avais vu passer une phrase sur internet et je la partage avec vous, elle peut toujours servir : 

"L'amour supporte mieux l'absence ou la mort que le doute ou la trahison" (André Maurois)

Ces temps-ci, je pense beaucoup au pouvoir, aux rapports de force entre amis, amants, parents-enfants… J’ai souvent dit en riant que dans le monde animal, je suis une biche, je fige quand on braque les phares sur moi, je fuis quand on m’attaque et je veux juste vivre une petite vie tranquille, sereine. Il y a eu une époque où j’étais habitée par toutes sortes de fantasmes de grandeur, dans la danse surtout. C’est en atteignant certains buts, comme la reconnaissance de mon travail par mes pairs, que j’ai réalisé que je ne me sentais pas mieux. Tous ces efforts pour surmonter les difficultés techniques, pour apprendre à être à l’aise sur scène, pour oser créer et commencer à danser de façon personnelle, tout ça ne m’a pas rendue heureuse. Dans mon cas, le fait de chercher à réparer des blessures infantiles par l’admiration et la reconnaissance des autres, ça n’a fait qu’intensifier le vide et la solitude. Curieusement, c'est en acceptant d'être pas mieux que personne que j'ai trouvé la voie de la guérison...

En amour, je ne suis pas vite, moi. Si je m'attache vite, je me détache très lentement. Mon cœur met des années à compléter ses cycles. Il m’arrive de regarder autour de moi et de me sentir très différente. Il semble que certains aient de la facilité à changer de poste. Je ne comprends pas comment des gens peuvent utiliser d’autres êtres humains. Personnellement, je suis incapable de démarrer une nouvelle relation amoureuse sans avoir complété celle d’avant. Je ne comprends pas que certaines personnes perçoivent uniquement ce qu’ils peuvent soutirer d’une relation, prendre, puis partir. L’homme est-il réellement un loup pour l’homme? Il semble qu’à un certain niveau du développement humain, le pouvoir ait plus d’importance que l’amour. Ce stade un peu primitif est en chacun de nous, mais si ta jouissance c’est le pouvoir, ton cœur restera sec et vide. C'est moi qui te le dis!

En tout cas, même une biche peut apprendre à se battre pour sa survie psychique. Elle peut même découvrir qu'en fait elle était une louve depuis le début, couverte d'une peau de biche pour ne pas avoir trop froid... Ou déguisée en biche pour avoir l'air gentille, puisque c'est pas beau une femme en colère, à ce qu'il paraît...

mercredi 23 octobre 2013

Les voix intérieures et la course folle

C’est à vous que je m’adresse aujourd'hui, femmes et hommes. Je nous parle de toi, je te parle de moi, je parle de vous. Toi, moi, nous toutes et tous qui courons après la perfection. Course folle vers cette minute où l’harmonie s’installe. Cette course avec quelque chose devant, à l’horizon, qui agite notre corps et lui donne une direction. Ça peut être la recherche d’un travail qui nous convient mieux, un grand amour, la minceur, des enfants mieux ajustés, plus de tonus musculaire, un projet artistique, un marathon, etc. 

Vous, c’est quoi?

Je vais tout de suite dire ce que je ne veux pas dire. Il est impossible de donner du sens à sa vie si on ne peut pas donner forme à certains de ses rêves. Anticiper n’est pas négatif. Projeter dans le temps, c’est le gaz dans nos véhicules, l’étincelle qui permet de ne pas sombrer dans les temps difficiles, la pilule qui permet de tolérer la frustration provoquée par certains sacrifices…

Ça m’inquiète quand on court au point de se déconnecter du présent. Quand on n’est plus capable de se poser pour juste goûter à ce qu’on mange ou savourer la présence de ceux qu’on aime. Ça m’inquiète quand nos projections d’avenir servent à masquer le vide. Quand ça sert à éviter ou même dénier la confrontation avec des parties souffrantes, l'autre bord de ce qu'on voit. Quand ça devient une fuite vers l’avant. Je ne vais pas bien? Pas grave! J’entame un nouveau projet, qui masquera le cri en dedans… Le projet est fini et je sens le vide monter? Pas grave! Je démarre une nouvelle relation amoureuse! Ça ne va pas mieux? Pas grave! Je vais au gym me construire un corps à aimer! Pas mieux? Je fais un enfant!

Vous vous reconnaissez? Moi oui. J’ai fonctionné comme ça pendant des années. Et ce n'est pas toujours gagné...

Je viens de passer une année complète à contempler des aspects bien sombres de ma personne et du chaos de la vie. Ce faisant, j’ai continué à vivre et à côtoyer des gens. J’ai remarqué que certains sont inconfortables avec la colère, la tristesse. J’ai remarqué que certaines personnes ne m’appelaient plus, tout à coup. Nous avons tous connus ça dans le chaos des relations humaines : se sentir invalidés, incompris, seuls… Dans ma grisaille, je me suis dit avec beaucoup de compassion que si mes colères réveillaient des eaux dormantes chez l’autre, alors je le/la comprends de ne pas vouloir se frotter à moi. Je me suis sentie malsaine et en même temps, j’avais l’impression de faire ce qu’il fallait pour passer au travers. Ne rien fuir. Accepter la haine. Accepter de boire un peu trop par moments. Accepter d’être jalouse de ceux qui allaient bien, surtout des couples qui jasaient de leur souper en regardant leurs enfants jouer au parc.

Les petites insignifiances du quotidien, moi je les aime, bon.

Tout ce que j’ai envie de dire à moi-même et à tous ceux qui se reconnaissent dans leur course folle vers l’avant, c’est : comment ça va? Pas un comment-ça-va mondain, là, neu non. Un vrai, du genre : comment-tu-te-sens-en-dedans-si-tu-arrêtes-de-courir? Si tu lâches ton fantasme d’un amour parfait, d’un corps parfait, d’une job parfaite? Qu’est-ce qui résonne dans tes oreilles si tu t’arrêtes pour accueillir le silence? C’est quand la dernière fois que tu as vraiment été là, TOUT(E) là, sans penser à rien d’autre que ici, maintenant?

Tu vois, pour écrire, j’ai dû me faire violence et tout rendre silence ce matin. J’ai dû lutter contre l’envie folle de ranger et avoir une maison parfaite avant de m’asseoir. J’ai dû me dire que le potage pouvait attendre. Que ce n’était pas grave si le linge propre n’était pas plié. Le bol de céréales de mon aîné est encore sur la table, j’écoute de la musique et je sens l’air entrer et sortir de mes poumons. Pas de vide, juste le plaisir d’être seule. Juste le plaisir de sentir le noyau qui dit moi et la joie de l’apprécier, au lieu de l’aimer au conditionnel.  Vous savez, j'ai un bourreau à l'intérieur et je peux être une championne de l’amour conditionnel avec moi-même : « sois plus mince et je te trouverai belle » « ne t’énerve pas avec tes enfants, une bonne mère ne fait pas ça » « en toutes circonstances, tu dois toujours réagir avec classe et dignité ». Pfff.

Et vous, repérez-vous ces voix qui vous dictent des standards invivables, qui vous aiment au conditionnel?

À 20 ans, je me soumettais sans protester à ces critères invivables. À 30 ans, je leur faisais la guerre. À 41 ans, je les traite avec une affection amusée. Un peu comme lorsqu’on écoute un enfant protester contre son habit de neige alors qu’il fait -30 dehors. Ces voix peuvent s’exprimer, mais j’ai la capacité de ne pas leur accorder de pouvoir. Pour + de bonheur, + de ici-maintenant, + de sérénité.

C’est peut-être ça, être bien? J

vendredi 18 octobre 2013

Peut-on dire "ex belle-famille"?

Personne ne te dit, alors que tu tisses des liens de plus en plus solides avec ton partenaire et sa famille, que lorsque tu te sépareras, tu seras aussi séparée de ces personnes que tu apprécies et avec qui tu aimais passer Noël, le jour de l'An, les fêtes des enfants et toutes les occasions spéciales.

Personne ne te dit que même s’ils restent ouverts et accueillants, en souhaitant partager une fête avec eux, tu les mets sans le vouloir dans une situation inconfortable, un conflit de loyauté entre toi, la mère des petits-enfants/neveux et leur fils/frère. Puisque tu n'iras pas si lui est là.

Personne ne te dit l’inconfort que tu ressentiras quand tu prévoiras les fêtes à venir et que c’est avec eux que tu voudrais les passer, étant donné qu’aucune tradition n’a la cote dans ta propre famille. Mais tu ne voudras pas créer de malaise et tu hésiteras entre demander à y aller en compagnie de tes enfants ou rester seule, pendant que le père ira festoyer avec tes enfants et sa famille.

Personne ne te dit que ça deviendra insupportable pour toi de les entendre parler de lui alors que tu fais tout pour l'oublier et meubler avec autre chose l'espace laissé libre par son départ. Personne ne t'avertit que tu auras envie de hurler en entendant les siens le prendre en pitié ou te critiquer parce que tu lui en veux. La fissure dans la cuirasse lorsque tu les verras l'accueillir avec ses choix tordus pendant que toi, tu restes seule. Ce n'est pas TA famille, après tout, même si tu les adoptés...

C’est ainsi que tu te résignes à les perdre tranquillement, eux aussi. Puisque le malaise est évident. Puisque tu ne peux pas leur demander de choisir. Puisque la vie continue.

mardi 15 octobre 2013

Il y a des jours de lumière et des jours sombres...

Les jours de lumière, je me dis que ce nouveau concept familial est à créer et qu’il y a plein de belles choses à faire avec ça. Effectivement, quel enfant se plaindra d’avoir 2 noëls, 2 anniversaires? Les jours sombres, je m’en fais pour le modèle relationnel que mes enfants intégreront… Mais je sais que je me bats contre des moulins à vent! Il n’y aucune façon de prévoir ce qu’ils feront avec ça et tout ce que je peux faire, c’est me concentrer sur ce que je peux contrôler, c’est-à-dire moi-même et comment j’accompagne mes enfants.

Ma réflexion sur l’intimité se poursuit…

Les patterns destructeurs pour soi, les héritages inconscients, on peut les briser, mais ça ne se fait pas sans efforts, sans angoisse, sans inconfort. Et ce ne sont jamais les autres qui feront le travail à notre place! J’avais vu passer sur le profil d’une amie FB des paroles de Rose-Marie Charest, psychologue : « On dit souvent que notre couple ne fonctionne pas parce qu'on n'a pas trouvé la bonne personne. Je pense plutôt que c'est soi-même que l'on n'arrive pas retrouver. » (merci Geneviève L.!)

Dans mon monde à moi, à moins de vivre des situations liées à un problème de santé mentale du partenaire, le problème, CE N’EST JAMAIS L’AUTRE. L’autre est un miroir qui nous renverra nos manques, nos brèches, nos besoins, nos blessures. J’adore être en relation pour cette raison. Si je me heurte à un obstacle et que je prends la peine de le regarder, j’apprends quelque chose de ma réalité intime, du cri de l’enfant en moi qui s’agite pour demander… Je pourrais presque affirmer que dans une relation intime, si le sexe et la communication fonctionnent bien, on peut faire durer et durer cette relation en se rencontrant constamment, l’un et l’autre, puis soi-même. Il suffit d’y mettre l’effort et la bonne volonté. Il suffit d’accepter qu’il y aura des morts et des renaissance et que le couple aura un rythme à lui, oscillant entre ce qu’on met de soi-même dans la relation et comment on s’arrange pour répondre à nos besoins de réalisation et de construction de soi.

C’est là que j’étais quand j’ai décidé de m’engager et de fonder une famille. J’ai oublié de bien vérifier si on était à la même place. Je n’ai pas écouté la voix en dedans qui me disait que j’avais devant moi une personne qui n’était pas bien et que rien, absolument rien de ce que je ferais, ne pourrait parvenir à le guérir. Ce n’était pas mon rôle, même si j’ai eu la prétention de croire que j’y arriverais. Cette position lui a plutôt envoyé le message que je me croyais supérieure à lui et il s’est soustrait au dialogue, par défense. Je comprends un peu mieux maintenant la dynamique et j’apprends quelque chose de cette expérience. Ne pas prendre l’autre en charge, ne pas chercher à aider à tout prix quand l’autre se barricade derrière une porte blindée. Ne pas forcer sa lucidité dans le regard d'un autre qui n’est pas rendu à voir ce qu’on voit. Ne pas parler de sujets délicats concernant sa famille quand on ne sait pas comment ça a été vécu et quelles émotions se cachent derrière tout ça, pas encore prêtes à être libérées. Mais surtout, comprendre que si l’autre n’est pas intéressé à s’ouvrir, il est possible qu’on nourrisse une intimité à sens unique. Ça parle, ça aussi. Ça parle de la décision de continuer ou de s’en aller. J’ai eu envie de partir si souvent! Vivre auprès du corps de quelqu’un sans avoir accès à son âme, c’est probablement une de mes pires expériences de solitude. Je nourrissais un espoir infini que cet accès allait se rouvrir alors je gardais un silence amoureux pour lui signifier que j’étais là quand il se sentirait prêt à se dévoiler. C’est arrivé, il l’a fait. Mais pas avec moi.

Ça fait plus d’un an que je me demande : pourquoi elle et pas moi?

Cette question fait des bonds comme un galet lancé sur la surface d’un lac tranquille. Au début, ça frappait la surface pour dessiner de grands rayons sur mes eaux psychiques. Maintenant, c’est de plus en plus lointain et de plus en plus difficile à détecter. En fait, il est possible que le galet soit déjà au fond du lac. J’arrive à trouver d’autres hommes intéressants et attirants, c’est pour moi le signe que le deuil amoureux est bien terminé.

C’est le deuil de la famille que je voulais offrir à mes enfants qui pince et saigne encore. Qui me rend amère, agressive et désagréable. Je ne me reconnais plus, mais il semble que c’est ce tournant que ma vie a pris. À chaque contact humain, je réalise la plaie en constatant tous ces mots qui sortent, tout ce besoin d’être consolée, comprise, validée, prise au sérieux… Moi qui aime écouter et être disponible pour ceux que j’aime, je me retrouve à parler sans arrêt. Je prends. Je suis souvent en état de besoin. Dur constat et je réagis avec de la mauvaise foi envers mon propre déversement. Il me coûte de constater que c’est moi maintenant, souvent, qui ne suis pas bien.

Mais bon, ça, c’est dans les périodes de rechute, comme maintenant. Le père de mes enfants continue à s’investir dans cette relation avec elle. Ça challenge beaucoup mon fantasme de destruction. Étrangement, je me suis consolée toute l’année en me disant qu’on parviendrait à être des parents-meilleurs-amis-du-monde-qui-visent-l’harmonie-pour-un-développement-sain-de-nos-enfants, mais seulement lorsque leur relation serait finie, détruite. Je ne peux pas envisager que cette relation dure et lorsque je pense à cette option, je ne vois qu’une brisure dans la vie des enfants. Je ne la côtoierai pas, par respect pour mon amour-propre. Je ne la côtoierai jamais. Trop inacceptable, ce qu’ils ont fait. Tromper deux partenaires investis (elle était mariée), briser deux familles (elle a 2 enfants), imposer à 4 enfants un déménagement hebdomadaire... Et pour quoi? Sont-ils vraiment plus heureux? Amère, la mère, très amère...

Il l’aurait connue après, je m’en serais fait une alliée pour favoriser un bon partage de l’autorité parentale, mais là, c’est juste impossible. Gros défaut qui est le mien : je ne connais pas le pardon.

Quand même, dans mon cœur, il y a définitivement un mouvement ascendant. J’ai retrouvé ma lumière dans cette fragilité. J’ai eu la chance de retoucher à la danse, de recommencer à écrire, d’éduquer mes enfants comme je l’entends durant mon temps de maman, de bouger quand j’en ai envie et de me dire que j’ai appris quelque chose de très important. J’ai appris à ne plus ramer seule dans une relation.

samedi 12 octobre 2013

Les inquiétudes

Ce qui me tue, c’est de penser aux futurs albums de photos de famille, aux fêtes diverses, à tout ce qui est censé réunir mais qui soulignera désormais la désunion. Je n’aurai pas accès à la moitié de leur enfance. Des photos seront prises que je ne verrai jamais. Ils auront des morceaux d’eux-mêmes dispersés entre deux maisons et je me demande souvent, plus vieux, quand ça ne va pas, quel sera leur port d’attache? J’ai tant voulu mettre des enfants au monde et leur donner un port d’attache, un endroit où se construire, apprendre, être soutenus et accompagnés, pouvoir prendre une pause du monde extérieur, pour se ressaisir, se reposer, se déposer.

Ils n’ont pas de chez-eux L

Ils ont « chez papa » ou « chez maman ». Ils sont petits, ils s’adaptent, d’accord. J’avoue que je suis une mère très protectrice. Mes connaissances en psychologie, mon enfance revisitée en thérapie, ça ne m’aide pas à prendre ces sujets à la légère. Je pourrais profiter du silence et de l’espace laissé vacant par l’absence des enfants, j’y arrive de mieux en mieux, mais c’est encore une déchirure chaque fois qu’ils quittent pour aller chez leur père. Au début, c’était comme me faire arracher une jambe ou un bras. Maintenant, ça me fait mal le jour de leur départ, mais rapidement, je profite de ce temps pour vivre. Pour faire toutes ces choses que les mamans n’ont pas le temps de faire, parce que j’ai la moitié de mon temps de maman qui est vacant. J’ai hâte que ce temps soit accueilli avec joie.

On s’adapte à tout. C’est ça qui est incroyable. On finit même par trouver des avantages à chaque situation. Je me dis que je suis en bonne santé et à partir de là, tout est possible. Sauf peut-être faire cesser la voix de maman dans ma tête qui me dit que les avantages d’une garde partagée sont peut-être plus profitables aux parents qu’aux enfants. Et rebelote l’inquiétude.

vendredi 11 octobre 2013

Questionnements au sujet de l'intimité

Est-ce que, dans les relations humaines, tout ce qu’on vit ne se résume qu'à une question d’investissement? Pas l’investissement bancaire, on s’entend. L’investissement émotionnel. On se retrouve déçus à la hauteur de nos attentes et dans notre folle solitude désireuse d’une connexion, on se choisit une personne et on investit sur elle nos attentes, nos blessures, nos fragilités, nos insécurités pour se retrouver parfois gratifiés, parfois déçus, peut-être rejetés? Vous avez deviné, bien sûr, que je parle d’intimité amoureuse. Personne ne peut réussir à effacer la solitude qui est inhérente à chaque humain, sauf dans de brèves périodes d’illusion-fusion. Je l’ai lu, je l’ai toujours cru et je le dis : on naît seul, on meurt seul. La mémoire de ma mémé agonisante vient me confirmer cet énoncé. Au salon funéraire, chaque personne qui parlait d’elle semblait parler plus de sa construction personnelle du personnage que de son essence à elle. D’ailleurs, qui aurait pu la sentir, cette essence, sinon elle? Et elle morte, qu’en reste-t-il?

Dois-je vous dire que l’année dernière, je me suis séparée du père de mes enfants? Que cette séparation a marqué le début d’un chemin entièrement nouveau et inconnu? Le chagrin d’amour, je connaissais. J’avais même mes automatismes et connaissais toutes les étapes de la guérison : le chocolat, la boîte de kleenex, les copines, le film de filles... Mais là, avec deux enfants, on ne peut pas effacer la personne. On doit vivre avec. Dans mon cas, vivre avec l’odieux : ma deuxième grossesse, son infidélité, ses aveux, sa cruelle indécision et l’impression de n’être rien à ses yeux, de ne pas valoir une bataille. 

Maintenant, je vis avec des enfants en garde partagée. Je vis avec un ex qui a refait sa vie sans pause entre une relation et une autre et j’écoute mon fils me raconter des bouts de leur vie. Même si j’ai bien vécu mon deuil, même si j’ai bien compris que cette personne n’était pas pour moi (ceux qui ne te cherchent pas, ne les cherche pas), ça bouge encore en-dessous de la cuirasse. La blessure, l’injustice, mais surtout, par-dessus tout, une plaie béante, purulente, sanglante sur ma valeur en tant que partenaire intime. Écorchée vive.

J’ai compris beaucoup de choses depuis un an. J’avais rencontré cet homme, l’avais choisi, me suis stationnée là et j’avais décidé d’y aller à-la-vie-et-à-la-mort. La première grossesse est survenue très tôt, par surprise. Je pense qu’il a coupé le contact durant cette grossesse. Il ne la souhaitait pas, mais il l'a assumée. Moi je m’en réjouissais, j’étais prête. Il n’était pas mauvais, il a fait de son mieux. Moi non plus, moi aussi. Il a coupé le contact du fil précieux de l'intimité et du dévoilement au 4ème mois de grossesse et j’ai eu très peur de le perdre, alors je me suis appliquée à devenir parfaite. La parfaite conjointe, la parfaite mère. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’était qu’à s’appliquer à autant de perfection, on en oublie d’être vraie. J’ai ravalé mes frustrations, mes colères, mes chagrins pour ne lui offrir que de la bonne humeur, croyant bien faire.

J’ai tout fait pour ne pas le perdre et je n’ai pas compris qu’il n’y avait rien à faire. Nous voguions déjà dans des bateaux différents. Je vis dans un monde de choix, de responsabilités. Il vivait dans un monde où les choses « arrivent » et il s’adapte. Il ne m’a pas choisie comme moi je l’avais choisi. Pas investie comme moi je l’avais investi.

Faut-il s’étonner que lorsque j’ai commencé à exprimer mon malaise dans ce couple, sa réponse maladroite fut : « faisons un deuxième enfant » et qu’une fois la grossesse enclenchée, il ait succombé aux avances d’une employée aussi mal que lui dans son âme, son propre couple et sa vie de famille?

Je vous raconte mon histoire, en sachant que tous, nous avons nos propres perceptions et que rien n’est tout noir, ou tout blanc. J’ai besoin d’en parler, pour me sentir moins seule, moins fâchée. Je me demande s’il y a une fin à la colère, à l’injustice, à la rancune? Il m’arrive de passer plusieurs semaines sans y penser, à me lier à des êtres qui me font sentir bien. Puis mon fils me raconte une anecdote incluant son père et elle (je suis incapable de la nommer, c’est la façon que j’ai trouvée de diminuer la blessure d’amour-propre) et je vacille.

Je déteste l’idée que je devrai vivre avec cette réalité toute ma vie. Il m’arrive que cela s’obscurcisse tellement que l’idée du suicide devient presque une porte de sortie, un havre de paix. C'est bref, intense. Puis je pense à mes enfants, mes adorables petits cocos, et je me ressaisis. Ça passe. Ils méritent que je me batte pour aller de l’avant.

Une grosse réflexion sur l’amour et l’intimité a fait suite à cette rupture. Je n’aime pas qui je suis lorsque j’aime. Je ne sais pas aimer sans m’oublier et si j’ai compris quelque chose, c’est que c’est une très mauvaise idée de renoncer à des parties de soi pour plaire à l’autre. Très mauvaise, vraiment.

Avant lui, j’étais bien toute seule. J’avais été célibataire plusieurs années, par choix, pour me dédier à l’art, à la danse. Je n’avais pas d’espace à offrir, trop occupée par ma relation avec moi-même à travers la création. Lui parti, j’ai retrouvé cet espace avec joie, et il était intact. J’avais presque mauvaise conscience de l’avoir ignoré durant autant d’années.

5 ans. C’est le nombre d’années où je n’ai plus été moi-même, croyant de bonne foi que c’était ce qu’il fallait faire pour faire marcher une relation amoureuse.

Qui suis-je?

Dire qui je suis ne voudrait pas dire grand-chose puisque chacun se définit comme il le peut, selon ses valeurs et sa conception du monde. Je pourrais dire que je suis humaine, ça oui. Avec tout le bataclan de bons coups et de mauvais coups que ça implique.
Aujourd'hui, j'ai eu l'idée de ce blog.
Je ne sais pas trop quelle forme ça prendra, mais j'ai envie d'écrire et j'ai aussi envie d'être lue.
Assumer ce désir, c'est être ici, maintenant, et cliquer sur "publier".